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L’ESCALIER DES SAGES

BARENT COENDERS VAN HELPEN


PREFACE

Amis Lecteur

Puisqu’il semble que le Monde, à présent est charmé d’un si grand


désir de posséder des trésors d’or et d’argent, et que les hommes
n’emploient leurs esprits à rien, avec plus de zèle, qu’a tâcher
d’acquérir des grands biens et des grandes richesses, afin de satisfaire,
s’il est possible, à cette furieuse famine qu’ils ont après l’argent, et
qu’il viennent pour cela faire peu de cas, et même à mépriser les plus
grands bien, qui doivent véritablement être désirés ; à savoir la vraie
sapience, qui consiste dans la connaissance de Dieu leur Créateur, et
leur Premier Etre, et dans celle de ses créatures, laquelle, encore
qu’elle soit plus haute et la plus nécessaire de toutes, ils la regardent
de travers, comme superflue, et d’une façon tellement dédaigneuse,
que, lorsqu’on vient à découvrir la vraie Philosophie, on ose bien
effrontément répondre : Non est de pane lucrando, c’est à dire : ce
n’est pas pour gagner du pain, ou pour faire profit.

Ces sortes de gens ne pensent à rien qu’aux paroles très salutaires de


Salustre :

Non oportet nos vitam silentio transire veluti pecora, sed studebimus
memoriam nostram quam maxime longam essicere.

C’est-à-dire : Il ne faut pas que nous passions la vie sous silence,


comme sont les bêtes, mais nous devons nous étudier, de faire en
sorte, que l’on se souvienne de nous aussi longtemps qu’il est
possible.

Ayant considéré mûrement cette inclinaison telle illicite et perverse,


un désir m’a pris de tacher de tendre l’arc de mon petit esprit, pour
considérer, s’il ne serait pas possible d’approcher à un but plus
considérable et d’imprimer à mon prochain des pensées plus relevées
en concevant une petite Philosophie, qui ne consista pas en une
grandissime quantité de beaux mots, ni en des disputes hargotteuses,
mais qui ne fut au contraire que fondée simplement et succinctement
au possible sur des démonstrations Géométriques, et sur des
expériences Chimiques : Voici pourquoi que j’ai cru que le titre de
l’ESCALIER DES SAGES ne conviendrai pas mal à cette
Philosophie, et je ferais bien de la faire paraître en manière de
Dialogue entre FRANÇOIS et VREDERIC, étant le premier celui qui
tiendra son propos fondé principalement sur la Théorie, et l’autre sur
la Pratique et sur des expériences.

J’ai jugé que ce susdit titre serait donné à bon droit à cette
Philosophie, à cause que les Anciens Sages, comme le père de tous les
Philosophes, Hermès Trimégiste, Moïse le Prophète, St. Tomas
d’Aquin, Le Roi Geber, et une infinité d’autres vrais Philosophes ont
fait leurs démarches sur cet ESCALIER, et qu’ils ont obtenu du grand
Dieu leurs sciences tant incomparables par l’ascension infatigable
d’icelui. Je tâcherai de suivre et de poursuivre fidèlement et autant
qu’il me sera possible les pas de ces Sages, et diviserai pour cette fin
ce Traité en Quatre Livres, qui livreront à peu près les DIX DEGRES
de l’ancienne sapience, et réduirai chacun Degré en plusieurs
paragraphes, vu que les susdits Dix Degrés auront leur source de ces
QUATRE LIVRES comme le nombre de Dix a son origine et son
accomplissement des quatre premiers nombres.
Car,
Le PREMIER LIVRE LIVRERA, Le PREMIER ETRE.
Le SECOND, Les DEUX CONTRAIRES.
Le TROISIEME, Les QUATRE ELEMENTS.
Et le QUATRIEME, Les TROIS PRINCIPES.

Les nombres desquels, étant aussi assemblés, font de même le nombre


de dix, comme nous venons de dire des Quatre premiers nombres.

Ce sont, dis-je, ces DIX DEGRES que les Ancien Sages ont montés,
et étant parvenus sur la sommité d’iceux, ils ont vu par les jeux de leur
entendement, que, comme on avance avec bon ordre depuis l’Unité
jusqu’au nombre DIX, comme tous les nombres sont compris sous ce
nombre dix, et qu’il ne se peut faire aucun progrès à d’autres nombres
outre le nombre Dix, par aucune autre voie, qu’en retournant à l’Unité.
Qu’ainsi de même on monte par ordre de l’Unité de Dieu ou du
Premier Etre de tous les êtres, aux Deux Contraires, aux Quatre
Eléments, et aux Trois Principes, jusqu’au nombre Dix ; que toutes
choses sont aussi comprises sous ce Nombre, et qu’il ne se peut non
plus faire aucun progrès outre ce nombre Dix à aucun être que par le
retour à l’Unité, qui est le Premier Etre de tous, et qu’ainsi la plus
haute science, à savoir la connaissance parfaite du Créateur et de ses
créatures est à espérer et à Comprendre par cette connaissance.

Je tacherai ainsi de monter à ces Dix DEGRES de sapience le mieux


que je pourrai et quand j’aurai le bonheur d’être parvenu jusqu’à la
sommité de cet ESCALIER ; d’étendre mes esprits et mes expériences
sur les Trois Royaumes des Composés, qui sont, le Royaume des
Végétaux, des Animaux et des Minéraux, comme du Centre jusqu’à la
circonférence ; de considérer les DIX DEGRES de sapience autant
qu’il me sera possible en chaque Royaume à part, et de diriger à la fin
mon pèlerinage en telle sorte que j’aurai quelque espoir de parvenir
aussi au havre éternel de l’Unité de notre grand Dieu et Créateur.

LE LECTEUR SE CONTENTERA, S’IL LUI PLAIT, PAR


PROVISION, AVEC CETTE PREMIERE PARTIE DE
L’ESCALIER DES SAGES JUSQU’AU TEMPS QUE NOTRE
GRAND DIEU ME FAVORISE DE SES GRACES POUR
PRODUIRE ET ACCOMPLIR LA SECONDE PARTIE, QUI EST
AUSSI COMMENCEE. JE LE SUPPLIE QU’EN LISANT CE
TRAITE IL NE S’ATTACHE TROP A LA LETTRE NI A
L’ECORCE DES CHOSES QUE JE REPRESENTERAI, MAIS
QU’IL EN VEUILLE REGARDER LA SUBSTANCE ET LA
MOELLE D’UN ŒIL ATTENTIF, ET QU’IL JOUISSE AINSI DU
FRUIT DE CE LABEUR QU’ON LUI PRESENTE D’UN CŒUR
OUVERT ET SINCERE.

ADIEU.
PREMIER LIVRE

DE LA PHILOSOPHIE DES ANCIENS


TRAITANT
DE L’UNITE DE DIEU DU PREMIER ETRE ET DE LA
PREMIERE MATIERE DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES.

DIALOGUE ENTRE FRANÇOIS ET VREDERYK.


LE PREMIER DEGRE

FRANÇOIS Commençant à monter

CHAPITRE I

De la connaissance du Créateur et des créatures. De l’Unité. De


Dieu. Que les anciens Philosophes ont exprimés le Créateur et les
créatures par des caractères. Comme aussi les lettres. Que toutes
les lettres ont leur origine de l’O et de l’I démonstration
Géométrique de cela.

Mon très cher ami : je vous trouve bien pensif et dans une bien
profonde méditation : Paix soit avec vous, et le CREATEUR de toutes
choses vous veuille rendre véritablement riche de paix (Vrederik c’est
à dire en Flamand Riche de paix) selon votre nom de baptême qui
vous est donné au nom de Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit.

VREDERYK
Mon plus cher ami : je vous remercie très affectueusement d’un abord
tant aimable et vous souhaite réciproquement que vous soyez envoyé
du grand DIEU du Ciel et de la Terre à tous les humains pour tacher
d’aider à les retirer du gouffre des ténèbres et d’ignorance, où la
plupart, (hélas !) est plongé pour le présent et pour les transplacer à
une étendue infinie de clarté et de connaissance : c’est sur ce sujet que
j’ai fixé mes pensées, et que j’adresse mes soupirs, car je vois, de plus
en plus clairement, que le monde d’à présent devient tellement obscur,
et ignorant à la connaissance de Dieu et de sa Nature, qu’il se trouve
un nombre infini de personnes lesquelles (encore qu’ils soient savants
à parler curieusement plusieurs langue et qui passent pour ça pour des
grands savants) sont pourtant peu savants à la connaissance de leur
Dieu, et de la nature de leur Créateur ; Des Deux Qualités Contraires ;
Des Trois Principes ; et des Quatre Eléments : desquels, es quels, avec
lesquels, et par lesquels toutes choses sont faites, soutenues,
gouvernées, et auxquelles elles sont réduites : et (ce qui est
grandement à plaindre) qui ne s’étudient à rien plus qu’à amasser de
l’argent et des biens à droit ou à tort, ou par quelle voie que ce soit,
afin de se rendre grand et bien venus par-là auprès des impies et
auprès des ignorants es sciences Divines et Naturelles, ne songeant à
rien moins, qu’à la connaissance du Créateur et des Etres créés, qui est
la science la plus relevée de toutes les sciences, et par laquelle la
félicité éternelle est à espérer et à acquérir : selon les propres paroles
de Jésus Christ St. Jean c. 17. v.3. Cette est la vie éternelle, qu’ils te
connaissent seul vrai Dieu, et Jésus Christ que tu as envoyé.
Et selon la maxime très véritable des Doctes confirmant les divines
paroles de notre Sauveur, par ce sens,

Scientia virtutis cultum praecedit, nemo exim fideltrer apperre potest


quod ignorat.

FRANÇOIS
Je vous suis obligé d’un souhait tant gracieux que vous avez la bonté
de me refaire, et m’estime heureux de vous rencontrer ici, afin d’avoir
occasion de tenir avec vous un propos sérieux et fondamental sur cette
matière qu’il vous à plu d’entamer de la plus haute science de Dieu le
tout puissant, et de sa Nature. Je vous promets que ce sera avec une
probité et une sincérité très grande que je vous entendrai.

VREDERYK
Je m’estime aussi bien heureux de l’honneur du rencontre, que le bon
dieu m’a fait naître d’avoir avec vous ; et puisque j’aperçois que, nous
sommes à peu près, d’un même génie, d’une même inclinaison, d’une
même étude, et d’un même calibre, je tiendrai fort volontiers un
discours avec vous qui soit bien fondé, et même sur des
démonstrations et sur des expériences Mathématiques et Chimiques.

FRANÇOIS
Le grand Dieu de paix soit avec nous par son Saint Esprit ! Et nous
veuille envoyer des telles influences dans nos esprits que, nous
puissions heureusement parfaire notre dessein, puisque nous sommes
bien intentionnés de le produire en lumière à sa plus grande gloire,
pour le service du Christianisme et pour le salut éternel de nos âmes.

VREDERYK
Je joins mon souhait au votre et ce d’un zèle autant ardent qu’il peut
être exprimé.

FRANÇOIS
Je prendrai donc, si vous plaît le commencement de notre discours sur
moi ; mais pur tacher de savoir, si le grand DIEU a également illuminé
nos esprits de la lumière de sa grâce, tellement que nous soyons en
tout environ d’un même sentiment, je prendrai la liberté de vous
demander tout premier, qu’elle est votre opinion de l’origine des
Etres?

VREDERYK
Vous commencez sagement votre discours, puisqu’il n’y a rien qui
n’ait un commencement, et tout ce qui est, qu’il faut nécessairement
qu’il ait une origine.
Pour vous répondre donc quel puisse être mon opinion de l’origine de
tous les Etres : je vous dirai là dessus, que le commencement ou
l’origine de tous les Etres est un Etre Unique ; et comme tous les
nombres prennent leurs origines de l’Unité, qu’ainsi tous les Etres
prennent leurs commencements d’un seul Etre, aussi bien les
Supercélestes que les Célestes, tant les Supernaturels que les Naturels
ou Elémentaires, ou de quel nom qu’on les puisse nommer.

FRANÇOIS
Je suis bien du même sentiment avec vous, mais comment est appelé
un tel Etre Unique duquel toutes choses ont leurs origines ?

VREDERYK
Un tel Etre Unique est appelé DIEU et n’est pas autre que DIEU.

FRANÇOIS
Qu’est ce donc DIEU, et comment en ferez vous la définition selon
votre connaissance?

VREDERYK
Vous me demandez une chose difficile, car de faire la Définition d’un
Etre qui est infini et qui est Tout, cela n’est pas bien possible de faire
pour qui que ce soit : je vous en exprimerai pourtant mon sentiment
selon la petite proportion de mon chétif esprit, qui est tel :
Dieu est une Unité infinie, et un Etre éternel incréé de tous les Etres :
une source de tout bien et de toute puissance, qui a pour sa demeure
toutes les choses Supercélestes, Supernaturelles, Célestes, et
Naturelle, et particulièrement une Lumière inaccessible et très grande :
duquel, en quel, par lequel et auquel toutes les choses ont été et seront
en toute éternité. En un mot :

DIEU EST TOUT EN TOUT

FRANÇOIS
Vous direz fort bien, que DIEU est une Unité Infinie, et un Etre
éternel incréé et infini de tous les Etres, et un principe de toute
puissance : vu que les plus Anciens des Philosophes, à savoir les
Hébreux, ont exprimé le mot DIEU par une seule lettre JOD, qui est à
dire : Une divine Essence, et une fontaine de toute vertu et de toute
puissance : et qu’ils n’ont exprimé aucun autre mot par l’Unité (à mon
savoir) que celui-ci, et sans doute l’ont-ils fait à cette intention, qu’ils
ont voulu exprimer par un tel caractère, que, comme il n’est pas
possible de tirer aucune ligne qu’elle ne prenne son origine d’un point,
qu’ainsi de même, il est impossible qu’aucune créature puisse prendre
l’origine de son être que de l’Unité de son Créateur.

VREDERYK
Vous n’avez pas mal approfondi cette affaire : j’ai eu aussi autrefois
des spéculations sur des choses pareilles à celle-là ; il me semble que
les Anciens ont aussi exprimé la Divinité par une simple Figure ronde,
qui est un Cercle, pour Signifier par-là, que la Divinité est sans
commencement et sans fin, comme un cercle n’a ni commencement ni
fin, et que la Divinité est l’unique Etre parfait, comme le cercle est
l’unique Figure la plus parfaite de toutes les Figures Géométriques.
FRANÇOIS
Je crois que c’est ainsi comme vous dites : et je ne doute pas qu’ils ne
l’aient fait à cette intention, et qu’ils n’ont pas exprimé le
CREATEUR tout seul par un Caractère, mais qu’ils ont fait de même
de la plus grande parties des créatures, et qu’ils ont proportionné les
caractères à proportion de la perfection des créatures.

VREDERYK
Assurément : et que plus est, qu’ils ont même formé les lettres à cette
intention, et qu’ils les ont composés des lignes droites et courbées,
afin que par composition et par conjonction d’icelles ils pussent
former des mots, pour pouvoir exprimer des mystères par-là, et les
rendre ainsi manifestes à ceux qui font des recherches infatigables des
merveilles de Dieu et de sa Nature.

Mon très cher amis, puisque nous sommes sur le propos des
Caractères, et des lettres, je ne puis pas bien m’empêcher à vous faire
un petit récit d’une spéculation que j’ai eu, il y a quelques temps,
lorsque étant dans ma solitude, j’avais dirigé mes méditations sur
l’histoire Divine et Supernaturelle de notre Sauveur Jésus Christ,
depuis sa conception jusqu’à son ascension glorieuse, et ce qui m’est
tombé dans l’esprit après avoir fait une délinéation curieuse de ces
trois mots :

DEUS MARIA JESUS

Mais puisque les vrais Caractères et Figures des lettres Latines sont
devenues fort barbares, et que la vraie proportion d’icelle n’est pas
connue à tout le monde, et afin qu’un chacun puisse lui-même prendre
et faire le mesurage à la règle et au compas de ce que nous allons
proférer, je n’ai pas jugé mal à propos de faire ici la description
fondamentale des lettres susdites auparavant avec leur juste
proportion, vous suppliant, qu’encore que ce discours nous fera pour
mener un peu depuis le centre jusqu’à la Circonférence, que vous ayez
autant de patience que je les couche de bon ordre pour servir
d’instruction pour les ignorants, et pour un Alphabet de notre
Philosophie.
FRANÇOIS
Très volontiers : j’ai désir de vous entendre, et d’avoir aussi occasion
par après de produire quelque chose de même.

VREDERYK
Prenez donc garde si vous plaît, afin que vous puissiez comprendre la
démonstration que je m’en vais vous en faire au compas et à la règle.

Nous avons dit ci-devant, que les lettres Latines sont composées de
lignes droites et courbées régulières, mais nous n’avons pas spécifié,
lesquelles, ni combien de ces dites lettres sont faites d’une seule ligne
droite, ou d’une seule ligne courbée, ni combien il y en a qui sont
composées des lignes droites et courbées tout ensemble ; ni les
spéculations qu’il y a à prendre, comme je vous démontrerai ensuite.
Sachez, si vous plaît, que les Latins ont donné la plus grande vertu, et
attribué la plus grande puissance à leur lettre voyelles, et que les
consonantes ne sont proprement que des lettres assistantes et muettes,
et lesquelles ne peuvent être prononcées sans l’assistance des voyelles,
car vous savez que le mot vocalis a sa dérivation du mot vox, qui est à
dire voix, et qu’aussi le mot consonant est composé de la proposition
cum et du verbe sono, qui est à dire en Français, je sonne avec.

Or ces dites voyelles étant cinq en nombre, une d’icelles est un Cercle
parfait à savoir l’O.

Une est faite d’une ligne droite comme la voyelle I.

Une de deux lignes droites comme sont les voyelles A et E.

Il est à remarquer que la voyelle O pourrait être prise, avec assez bon
fondement, pour une devise, marque ou Signature du Premier Etre,
pour les raisons susdites.

La voyelle V (U) pour une marque ou Signature des deux qualités


contraires, à cause du nombre de deux qu’on voit en icelle.
La voyelle A pour une devise des Trois Principes à cause des trois
lignes qu’elle contient, qui constituent un Triangle Equilatre.

Et les lettres E et I, pour une signature des Quatre Eléments, vu que


leurs lignes jointes régulièrement font paraître un Quadrangle
Equilatre.

Il est aussi à noter que le nombre de toutes ces lignes droites de ces
voyelles susdites font le juste nombre de DIX, duquel nombre les
Anciens ont fait grand cas, et beaucoup d’état comme vous savez.

FRANÇOIS
Vous faites fort bien de traiter si méthodiquement, et que vous
commencez notre Traité de Philosophie de l’origine des Lettres même,
afin que nous agissions ainsi fondamentalement des grandes
merveilles de Dieu, et que nous tachions de donner une telle
instruction avec le compas et la règle aux ignorants tout de même
comme si votre intention était d’apprendre les enfants à écrire.

VREDERYK
Il est nécessaire de l’entreprendre de cette façon là, vu que la vraie
Philosophie est bien fort simple, mais qu’on la couvre et l’obscurcit
tellement pour le présent, qu’elle n’est presque plus à connaître.

FRANÇOIS
Vous dites la vérité, car la grandissime quantité de Définitions, de
Division, d’Argumentation et tant d’autres altercations obstinées
causent une si grande confusion, et font tellement éloigner des choses
Divines, qui sont si proches et comme dans le Centre, à une étendue
ou circonférence si grande, qu’ils font paraître par leurs distinctions
subtiles par la délicatesse de leurs langages, que les choses, qui sont
véritablement très faciles à comprendre, et si claires à apercevoir,
comme la clarté de la lumière du soleil même, paraissent si obscures
et tellement éloignées de la vérité, que tout est presque couvert
d’obscurité et de ténèbres : Et (ce qui est fort à plaindre) c’est que la
plupart des savants d’à présent se font à croire, qu’ils ne peuvent faire
voir la subtilité de leurs esprits, ni de leur sagesse en rien plus, qu’à la
subtilité des disputes et à rendre toutes choses confuses.

VREDERYK
C’est ainsi comme vous dites fort bien : mais pour retourner à notre
propos, et pour tacher de faire éloigner les ténèbres de ce centre
lumineux autant qu’il nous sera possible, et ce par le moyen de la
petite étincelle que le bon Dieu a allumé en moi par sa grâce infinie, et
pour montrer qu’une créature raisonnable est obligée d’imiter et
d’obéir à la volonté et aux commandements de son Créateur, qui a
aussi chassé les ténèbres arrière de sa lumière à la circonférence,
lorsqu’il à fait la création générale de tout l’Univers, je tacherai de
poursuivre ma petite entreprise touchant la démonstration
Mathématique des lettres et particulièrement celle des cinq voyelles.

Prenez un Compas, posez l’un de ses pieds sur le Papier, étendez


l’autre pied d’une telle distance que bon il vous semble et décrivez un
cercle, ainsi aurez vous la voyelle O dont vous pourrez voir la Figure
Num. I.

Coupez cette lettre O (de laquelle vous verrez, que toutes les autres
lettres prennent leur origine) par le milieu en deux parties égales,
appliquant la règle depuis la circonférence au travers du centre, et
vous tirerez le Diamètre qui est votre voyelle I. Voyez la Figure Num.
2.

Prenez ce Diamètre de la voyelle O qui est ladite I tires la


Horizontalement, et formez un Triangle par-dessous selon l’art, dont
vous laisserez la ligne horizontale imaginaire et les deux autres vous
les écrirez avec de l’encre, et ainsi trouverez vous votre voyelle V (U).
Voyez en la Figure Num. 3.

La lettre A sera formée de cette manière : faites ledit Triangle


contraire à celui de l’V, divisez les deux lignes en deux parties égales
et figurez un Triangle par-dessous, dont la pointe finira au Centre de
la voyelle O susdite, ainsi aurez vous la voyelle A. Voyez la Figure
Num. 4.
La lettre E soit façonnée de cette sorte : tirez le Diamètre de la lettre O
perpendiculairement, divisez ce Diamètre en quatre parties égales,
posez le tout entier horizontalement à la droite du bas de la
perpendiculaire ; trois parties d’icelle de même au haut d’icelle, et une
partie du centre de la même perpendiculaire ou Diamètre, et ainsi
formerez-vous parfaitement la lettre, ou la voyelle E. Voyez la Figure
Num. 5.

Ainsi trouverez-vous la description des cinq voyelles fondamentales


faites selon les règles de la Géométrie.

Touchant les autres lettres Latines elles sont formées toutes au compas
et à la règle de la même manière, et elles ont aussi comme les
voyelles, leur origine de la lettre O, et de son Diamètre, qui est la I,
desquelles un chacun pourra faire la délinéation et description sur les
mêmes fondements, que nous avons fait des cinq voyelles, jugeant le
temps trop précieux de les coucher toutes ici.

FRANÇOIS
Il n’est pas besoin non plus de nous arrêter plus longtemps à la
figuration des lettres, je vous prie de poursuivre à me révéler les
mystères que vous m’avez promis de me faire connaître et comprendre
des lettres de ces trois mots ou noms.

DEUS MARIA JESUS

Je suis (comme vous savez) un amateur de toutes sortes de belles


sciences et de curiosités louables, c’est pourquoi que j’aspire
d’entendre ce que vous pouvez proférer.

J’ai bien lu les Livres des Anciens Cabalistes, et j’ai vu entre autre des
Caractères fort étranges et en grande quantité dans les livres de
Cornélius Agrippa, par lesquels il a produit des effets prodigieux et
inouïs, à ce qu’il dit, et qui sont pour moi (je confesse ma faiblesse)
quasi incroyable, mais je n’ai jamais entendu ni lu, qu’il y a quelque
vertu cachée dans la signature des lettres, laquelle je désire fort
d’entendre de vos grâces.
VREDERYK
Si vous croyez que je vous produirai des Caractères et des grimaces
comme Cornélius Agrippa a fait, vous vous trouverez bien trompé, vu
que mon intention n’est nullement de mettre en lumière des choses si
subtiles et si artificielles qu’il a fait, mon esprit n’est pas assez subtil
et mon cerveau trop flegmatique pour en concevoir des telles, et
encore moins capable pour les faire comprendre et croire aux autres,
ce pourquoi je les laisse en leur être pour ceux qui sont doué d’un
Esprit plus astral que le mien, et qui ont la foi plus grande que moi ; ce
n’est pas non plus mon intention de vouloir attribuer quelque vertu
aux lettres ou aux Caractères, et de faire à croire que l’une doive être
plus et l’autre moins estimée à cause de la différence de leurs lignes :
mais ma simple intention n’est autre que de tacher de faire voir à mon
prochain, qu’étant dans une profonde Méditation de notre grand Dieu,
de la très Sainte Trinité, et de l’histoire supernaturelle e la conception,
de la passion, de la mort, résurrection et de l’ascension de notre
sauveur Jésus Christ, j’ai écrit Géométriquement les trois noms
susdits, et qu’ayant très curieusement examiné la signature de leur
lettres, j’ai découvert (moyennant les influences divines) les choses et
les mystères suivants.

Au nom de DIEU, nous commencerons par la signature des lettres qui


composent le nom de DIEU : en Latin DEUS.

DEUS en langue Grecque est autant à dire que, voyant tout, à savoir
DEOS :

J’espère que le DIEU tout voyant nous fera la grâce d’illuminer


tellement les jeux de notre entendement et de notre corps que nous
passerons pas un atome (pour parler ainsi) qui soit compris es lettres
de son très saint Nom, sans que nous ne voyons tout et que n’en
fassions des démonstrations et des interprétations tendentes à
l’augmentation de sa plus grande gloire et au profit de notre prochain.

Le mot DEUS comprend donc en soi un Cercle et Six Diamètres du


même cercle, comme je vous ferais voir ici ensuite.
La ligne droite de la première lettre du mot DEUS est le Diamètre AA.
lequel étant divisé en deux parties égales, en B, et la demi-
circonférence étant tirée depuis l’un bout d’icelle jusqu’à l’autre, la
lette D sera formée ; à laquelle demi-circonférence AA. la dernière
lettre du même mot, à savoir la lettre S, étant appliquée par les deux
bouts, vous trouverez la construction d’un Cercle parfait coupé par
son Diamètre AC, AD.

Vous ferez sur ce Diamètre, de sa longueur, une intersection E de


laquelle vous tirerez un cercle FFF. par les deux bouts du Diamètre
AA, et mettrez sur icelui l’une des lignes de la même lettre marquée
AG. depuis A en G. et l’autre ligne de la même lettre marquée AGH.
depuis la lettre G en H. La quatrième ligne à savoir la basse ligne
horizontale de la lettre E marquée HI, depuis H en I. La cinquième
ligne marquée IL, qui est la perpendiculaire de la même lettre, depuis I
en L. Et la sixième ligne qui est composée des deux autres lignes de la
même lettre marquée LMM. Depuis L in A. Et ainsi recevez-vous, par
une seule extension de votre compas, un Hexagone parfait comprenant
très parfaitement et très régulièrement toutes les lignes des lettres du
mot de notre grand DIEU, sans les augmenter ou diminuer d’un seul
point. Voyez en la Figure Num. 6.

Vous pouvez remarquer aux lignes de ce mot, DEUS que le Centre,


qui est son commencement, dénote et enseigne l’Unité de laquelle
tous les Etres du Monde ont eu leur source, et proviennent
incessamment, et à laquelle ils doivent aussi retourner : car lorsque
vous posez un point sur le papier, et que regardez alors s’il y a moyen
de tirer par aucune autre voie quelque ligne, de quelle nature qu’elle
soit, devant que vous ayez mis le point, vous le jugerez assurément
impossible, et comme il faut très nécessairement, que toutes les lignes
aient leur commencement d’un point ; ainsi faut-il que tous les Etres et
tous les Nombres aient leurs principes de l’Unité.

Mais afin que vous sachiez ce que c’est qu’un Nombre, vous
observerez, si vous plaît, qu’un nombre n’est autre chose qu’une
répétition de l’Unité, c’est de quoi nous prendrons occasion d’en
parler ailleurs plus amplement.
Il est donc assez évident que le point ou le centre, et la circonférence
ou le Cercle, qui se trouvent à la description des lettres susdites,
enseignant assez clairement, qu’il y a un commencement et une fin de
toutes choses, car il n’y a rien eu plutôt qu’un et il n’y aura rien plus
tard qu’un.

Il y a un Commencement de toutes choses et toute chose retourne à


l’Unité, il n’y a rien outre cette Unité, et toutes les choses qui sont,
désirent la même Unité, à cause que le tout à pris son origine de
l’Unité : Et pour afin que toutes choses devienne une seule chose, il
est très nécessaire, que le tout soit participant et partageant de cet un ;
car comme tous les Etres sont inclinés de retourner à cette Un Etre,
duquel ils sont sortis, et il est besoin que toutes choses se privent de la
multitude.

C’est pourquoi que nous attribuons ici l’Unité Circulaire à DIEU,


lequel, étant lui-même unique et sans nombre, a pourtant fait et créé
de lui des Etres innombrables, et les crée et les comprend en lui
comme toutes les lignes, Lettres, Nombres, Caractères et Figures on
leur principe et leur source d’un féal Point, qui est sans nombre,
comme nous avons dit ci-devant.

Voyons à cette heure que les lignes droites du susdit mot DEUS nous
découvrent :

Il me semble que la lettre V ne fera pas mal entrer nous pensées à la


création des Etres, vu que la V est composée de deux Diamètres, et
que le nombre de Deux est appelé des Anciens le germe de l’Unité, et
la Procréation la première : comme aussi, que le grand Dieu, étant
comme sorti hors de son Unité, a créé et crée encore tous les jours
toutes les créatures, par le moyen de ses DEUX QUALITES
contraires qui sont le Sec et l’Humide, desquelles nous discourrons,
Dieu aidant, plus amplement, lorsque nous tiendrons propos de la
Création des Végétaux, des Animaux et des Minéraux.

Lorsqu’on applique les deux bouts de la lettre V susdite aux deux


bouts du Diamètre ci-dessus exprimé, on verra la figure d’un Triangle
équilatre qui ne représente pas mal un Caractère de la Trinité, et le
nombre Trois Principes dans tous les mixtes.

Et pour découvrir sur ce même fondement un Caractère des Quatre


Eléments ; on pourra commodément appliquer les lignes de la lettre E
sur le même Diamètre du susdit cercle, et ainsi se présentera aussi un
Quadrangle parfait, qui exprime le nombre des Quatre Eléments, et de
cette manière sera le :

PREMIER ETRE représenté par le Centre et la Circonférence,


marqués du Nombre 1.1.1.

Les DEUX QUALITES contraires par la lettre V marquées 2.2

Les TROIS PRINCIPES par le TRIANGLE équilatre marqué de 3.3.3.

Et les QUATRE ELEMENTS par le QUADRANGLE marqué de


4.4.4.4. Voyez en la Figure Num.7.

Le nombre des lettres du mot DEUS donne aussi à connaître le


nombre des Eléments ; et que plus est chacun de ces quatre lettres ne
pourrait pas mal exprimer un caractère d’un Elément à part, de cette
sorte :

La Lettre S étant fléchie et formée de la façon que les deux bouts


viennent à toucher l’un l’autre, représentant une Rondeur parfaite,
laquelle n’enseignera pas mal un caractère de l’Elément du FEU : car
comme le centre d’un cercle étend tous ses rayons alentour se soi à la
circonférence : tout de même fait le soleil, lequel, étant sphérique, le
cœur et le centre de tout le monde, et la cause de tout le feu dans
icelui, jette les rayons de sa lumière alentour de lui à la circonférence,
et donne à tous les être composés des vicaires, qui sont proprement les
vies dedans les corps, lieux de leurs résidences, desquelles étendent de
même les rayons de leur feu dedans leurs Microcosmes depuis le
centre jusqu’à la circonférence, comme le Soleil leur père les darde à
la circonférence de son Macrocosme.

FRANÇOIS
Je vous entends fort volontiers : mais je vous prie de me faire le plaisir
de me donner un peu d’éclaircissement touchant le centre et la
circonférence du Macrocosme et du Microcosme, devant que vous
avanciez davantage votre discours, car vous savez qu’il y a des
opinions bien différentes touchant cette matière entre les Philosophes ;
dites en moi votre sentiment si vous plaît, et puis je vous en dirai le
mien.

VREDERYK
Il est vrai que cela se pourrait fort bien faire par cette occasion, mais
puisque notre entretient n’est ici que des lignes, caractères et des
lettres, vous m’obligerez de me permettre d’achever ce que j’ai
commencé, et de différer ce que vous me demandez, jusqu’à ce que
nous entamions le discours de l’écriture de Dieu même, qui sont les
créatures.

FRANÇOIS
Si vous le jugez ainsi, vous pourrez poursuivre.

VREDERYK
La lettre D (à ce qu’il me semble) ne nous enseigne pas mal un
caractère de l’Elément de l’Air, à cause que cette lettre est composée
d’un Diamètre et d’un demi cercle : car comme la rondeur de cette
lettre enseigne la perfection, la Spiritualité et l’activité du Feu, et la
ligne droite, l’imperfection, la corporalité et la matière souffrante et
concevante : ainsi est aussi l’Air un Elément lequel est principalement
composé d’une Eau étendue à la circonférence et imprégnée du Feu.
Il me semble que l’Elément de l’Eau, ne serait pas mal exprimé par le
caractère de la lettre V, à cause qu’elle est composée d’une telle façon,
qu’elle contient deux Diamètres, lesquels s’unissent en bas en forme
d’un coin, dont les deux pointes montant en haut démontrent les deux
Eléments supérieurs, comme la pointe d’en bas enseigne l’Elément le
plus bas, à savoir la Terre, desquels elle est composée : et que plus est,
la courbure de cette lettre donne à connaître la propriété de la
flexibilité et de la fluxibilité de l’Eau : et la forme angulaire d’icelle
donne à savoir que l’Eau conjointe avec les deux Eléments supérieurs
est un Agent sur et dedans la Terre, comme un coin est un instrument
propre pour fendre quelque matière dure, soit bois, soient pierres ou
autres.

La Signature de la lettre E ne se fait pas tant mal aller nos pensées à


l’Elément de la Terre, car, comme trois lignes de trois longueurs
différentes se présentent sur la perpendiculaire d’icelle, que les trois
Eléments supérieurs sont aussi de trois qualités différentes, puisqu’ils
sont de trois distances différentes, et qu’il faut qu’ils fassent leurs
opérations et imprégnations dans la Terre par trois degrés différents,
comme nous dirons plus amplement en son lieu.

Voyez comment les lignes des lettres du mot DEUS donnent à


connaître plusieurs choses bien remarquables, et qu’elles donnent
encore à remarquer, qu’il y a une rotation ou conversion perpétuelle,
aussi bien des Eléments, que de tous les composés de la Nature, ainsi
que la Figure Num.8. représente le nombre parfait de Dix, vous
enseignera très clairement, et dont la description Géométrique est telle
: Posez un Point sur le papier et le notez Nombre 1.

Mettez l’un des pieds de votre compas sur ce point, étendez son autre
pied d’une telle distance que vous voulez, et marquez le point de votre
distance Nombre 2.

Faites de cette même étendue du Compas un Cercle et le signez des


Nombres 3.3.

Tirez le Diamètre de ce Cercle depuis Num.2. au travers du centre


jusqu’à la rencontre de la circonférence, et en notez le dernier bout du
Nombre 4.

Faites sur ce Diamètre, de la longueur d’icelui, une croisée et marquez


le milieu d’icelle du Nombre 5.

Laissant l’étendue de votre compas de la même distance vous décrivez


du Nombre 5 une circonférence par les deux buts du Diamètre du
premier cercle 2. et 4. et la marquez du Nombre 6.6.6.6.6.6.
Mettez l’un des pieds du compas, toujours de la même distance du
Diamètre du premier, ou du Demi-diamètre du second cercle, sur
Nombre 2. et mettez l’autre pied d’icelui sur la circonférence, et
marquez le premier point du Nombre 7. Le second du Nombre 8. Le
troisième du Nombre 9, et le quatrième du Nombre 10. Ainsi avez-
vous une démonstration très nette du Nombre parfait de Dix, lequel est
procuré des lignes du mot DEUS, par dix opérations différentes du
compas et de la règle. Voyez en la Figure Num. 8.

Voyez ici comment tous les nombres, toutes les lignes, tous les
Caractères et toutes les figures ont leurs origines de l’Unité : Car d’un
proviennent Deux, puisque deux fois un font deux. L’unité fait le
centre et le nombre de Deux fait le Rayon.

De un et de Deux proviennent Trois, vu que un et Deux font Trois.

Comme le nombre Deux, à savoir le Rayon, forte de l’Unité ou du


Centre : et comme le nombre Trois provient de l’Unité et du nombre
Deux, ainsi proflue la circonférence du centre et du Rayon ; auquel
nombre Trois l’Unité étant ajoutée, à savoir le Rayon prolongé depuis
le centre jusqu’à la circonférence, vous trouverez le Nombre de
Quatre, puisque Trois et un font Quatre, tout ainsi que le Centre, le
Rayon, la Circonférence et le Diamètre font Quatre en nombre, tout de
même comme un, un et Deux par la Règle de l’Addition font Quatre.

Et comme les Quatre premiers nombres de l’Arithmétique, 1, 2, 3, et


4, étant aussi perpendiculairement mis les uns sur les autres, selon la
Règle de l’arithmétique susdite, parfont le Nombre parfait de Dix.

Ainsi proviennent aussi, et sont formé toutes sortes de lignes et


Figures d’un Centre, d’un Rayon, d’une Circonférence, et d’un
Diamètre, et très particulièrement la Figure Hexangulaire régulière,
laquelle prend son commencement de l’unité, et monte jusqu’au
nombre parfait de Dix (comme nous avons dit ci-devant) ou elle cesse,
puisqu’alors la perfection de sa Figure est accomplie, et qu’elle est en
état de multiplier sa Figure en infini.
Tout de même comme à ce nombre de Neuf, l’Unité étant ajoutée le
parfait nombre de Dix se trouve : laquelle unité est alors un
commencement de la multiplication des nombres premiers jusqu’à une
étendue quasi infinie et inexprimable, car outre le nombre de Neuf il
n’y a plus de nombre simple.

C’est de cette manière qu’on va naturellement et démonstrativement


de l’Unité à un Nombre innombrable, du centre à la circonférence, et
c’est de cette manière que le Créateur s’étend infiniment dans ses
créatures, et que les créatures retournent à leur Premier Etre, duquel
toutes choses sont sorties : comme un certain Philosophe en parle
aussi très sagement et très fondamentalement, en disant :

Omnis Naturae consistens linitibus operatio mirandorum ex


UNITATE per BINARUM in TERNARIUM descendit, non prius tamen
quam à QUATERNARIO per ordinem graduum in SIMPLICITATE
consurgat.

Nam cum QUATOR numerare velis, non aliter quam ab UNITATE


scis inchoandum, ut cum dicis : Unum, Duo, Tria, Quator, quae simul
sumpa, facinut Decem.

Hoec omnis numeri perfecta consummatio est, qui tunc sit regressus
ad unum, et ultra denarium non est numerus simples.

Quicunque hujus purae simplicitatis simplici notitia sublimatus est, in


omni scientia consummatus erit, perficiet que opera mirande, et
stupendos inveniet effectus.

C’est à dire : Toute l’opération des merveilles de la Nature, qui


consiste en des limites ou bornes, descend hors de l’Unité par le
nombre de Deux au nombre Trois, non plutôt pourtant, qu’elle ne
monte du nombre de Quatre par un ordre de degrés en Simplicité : car
vous savez que lorsque vous voulez compter Quatre, qu’il faut
commencer que de l’Unité, comme quand on dit. Un, Deux, Trois,
Quatre, lesquels étant pris ensemble, font dix.
Celle-ci est la parfaite consommation de tout nombre, à cause qu’il se
fait alors une régression à l’Unité : et qu’il n’y a pas de nombre simple
autre le nombre Dix.

Celle-ci est la parfaite consommation de tout nombre, à cause qu’il se


fait alors une régression à l’Unité : et qu’il n’y a pas de nombre simple
outre le nombre Dix.

Tout icelui qui est sublimé à la connaissance simple de cette simplicité


pure, il sera parfaitement consommé en toutes sortes de sciences, il
fera des œuvres dignes d’admiration, et trouvera des effets prodigieux.
C’est d’une telle manière qu’il faut entendre que le Monde est créé de
rien, et qu’il retournera à rien, quand ce sera ainsi le bon plaisir de
l’Unité éternelle et incréée.

Outre les choses susdites vous pourrez regarder les Figures qui suivent
ici, qui serviront pour confirmer notre discours.
Voyez, mon cher, combien les lettres du mot DEUS nous font
comprendre clairement : le PREMIER ETRE ; Les QUATRE
ELEMENTS : et les TROIS PRINCIPES : et de quelle façon il faut
entendre que tous les Etres sont sortis d’un seul ETRE.

Outre ce que je viens à vous dire, il me semble que je vous pourrais


encore faire comprendre la création des composés, et de quelle façon
le créateur s’est étendu dedans les créatures, d’une autre manière ; et
ce par les lignes des lettres du mot JESUS.

Lorsque vous conférez ensemble les lignes du mot JESUS avec celle
des lettres du mot DEUS vous pouvez apercevoir parfaitement, de
quelle façon la seconde Personne de la Divinité est sortie de la
Première, et comment il est à comprendre qu’elle est réunie à la
Première :

Considérant curieusement les lignes des lettres du mot JESUS, vous


trouverez effectivement, qu’elles ont les même que le mot DEUS
contient, et qu’il n’y a que cette différence ; que celui-ci n’a que
quatre, et celui-là cinq lettres, de telle sorte que la première et la
troisième lettre du mot JESUS sont faites de la première lettre du mot
DEUS.

La lettre S, qui contient le milieu du mot JESUS (faisant ici


l’augmentation et le changement du mot DEUS) pourrait être prise ici
pour un Caractère de la Quintessence : car comme les deux bouts de la
lettre S, étant joints ensemble, font une figure ronde au milieu du mot
JESUS, et comme elle a son origine de la première lettre du mot
DEUS, ainsi le fils de Dieu est aussi la Rondeur parfaite, ou la
quintessence sortie des flancs de DIEU le PERE.

Comme les lettres du mot JESUS redeviennent un même mot avec le


mot deus, lorsque le lettre S est réunie à la lettre I, qui refont un D,
ainsi est le Fils de Dieu un même Dieu, mais la Deuxième personne
procréée de Dieu le PERE. Comme il est écrit :

Celui-ci est mon fils bien aimé, que j’ai engendré aujourd’hui.

Je tacherai de vous démontrer, avec la règle et le compas, de quelle


façon cette génération s’est pu faire, et ce, en faisant une description
parfaite de ces deux mots susdits.

Prenez pour cette fin une plume, de l’encre, un compas, une règle et
du papier, écrivez, selon la susdite proportion des lettres, le mot
DEUS, et formez des lignes de ces lettres un hexagone régulier, de
cette manière :

Tirez la ligne AB de la même longueur qu’est celle de la lettre D, ou


de la lettre I du mot susdit de JESUS, de la manière que nous avons dit
ci-devant : divisez cette ligne en deux parties égales, posez l’un des
pieds de votre compas sur le milieu d’icelle, étendez l’autre pied
d’icelui jusqu’au deux bouts de cette ligne, et écrivez un demi cercle
finissant aux deux bouts susdits, qui formera la lettre D, ici marquée
par la figure de C.C. faites continuer votre demi cercle de la ligne de
la lettre S, qui est au milieu du mot JESUS, de la même façon : faites
de la longueur de la ligne AB à chaque coté d’icelle un Triangle
équilatre ADB. Ecrivez de la même étendue de votre compas hors de
D les cercles EE. Continuez de la même étendue de transporter le pied
dudit compas de A en F, qui est ici la ligne du bas de la lettre E, aussi
bien de celle qui est au mot JESUS que celle du mot DEUS, mettez de
même la perpendiculaire de ces mêmes lettres EE sur GG. Comme
aussi la longueur des deux autres travers de ladite lettre jointe
ensemble sur HH, et les deux lignes des deux lettres VV, qui sont
comprises aux mêmes mots, sur II et LL. Ainsi voyez-vous que les
lignes du mot JESUS sortent d’un même centre, d’un même Rayon,
d’une même circonférence, et d’un même Diamètre du mot DEUS, et
que cette figure démontre par les lignes des lettres dont elle est
composée, de quelle façon qu’on peut faire un enseignement très net
et clair, comment il est à comprendre comme Dieu le Fils est sorti de
Dieu le Père, comme Dieu le Père et Dieu le Fils ne font qu’un, au
regard de la Divinité, mais Deux au respect de leurs personnes. Voyez
les Figures au feuillet suivant.

Nous pourrions bien faire ici un discours fort ample de cette matière,
mais puisque notre intention n’est autre que de faire seulement des
trois mots susdits, nous verrons, s’il n’est pas possible, d’apercevoir
de leurs lignes et signes comme aussi par celles des lettres du mot
MARIA, la conception, la nativité, la passion et la mort de DIEU le
Fils.

Ayant arrêté ma contemplation sur ce mot susdit, j’ai jugé digne de


remarque, que la Sainte mère de notre Sauveur Jésus Christ appelée
Maria, qui est un mot qui à sa dérivation du mot Latin Mare, vu que
Maria en Latin est autant à dire que Mers en Français, car comme les
Mers reçoivent les semences spirituelles et astrales, étant comme la
matrice des deux Eléments générant, qui sont le Feu et l’Air ; de la
sainte vierge devrait de même concevoir la semence spirituelle de
Dieu, et qu’elle devrait aussi devenir enceinte par le Saint Esprit de
Dieu le Père, ce que la ligne courbée du mot susdit montre quasi au
doigt à la lettre du milieu, à savoir le R, ou les deux lignes courbées
(qui dénotent la perfection) touchent la ligne droite d’icelle, (qui
signifie l’imperfection) de deux manières, l’une qu’elle y est comme
attachée et arrêtée, et l’autre comme en ressortante ; comme le Saint
Esprit de Dieu le Père s’est pénétré dedans la sainte vierge, et qu’il en
est ressorti avec la très glorieuse nativité de Jésus Christ.
Il est aussi remarquable que les lignes droites du mot maria fassent
douze en nombre, et qu’elles sont justement un nombre d’autant que
sont les lignes droites des deux mots susdits DEUS et JESUS tout
ensemble.

Ces dites douze lignes étant jointes en quatre Triangles équilatres


représentent justement les douze cotés des quatre plans d’un Tétraèdre
comme il est à voir à la Figure Num. 1.

Les six lignes droites, du mot JESUS aussi bien que de celui de
DEUS, sont aussi les six coins réguliers et égaux du corps régulier du
tétraèdre, comme il est aussi à mesurer par la proportion de leurs
lettres, et comme il est à voir à la Figure Num. 2.

Outre ce que je viens de dire, j’ai considéré les lettres du dit nom
d’une manière, s’il ne serait pas possible d’enseigner la composition
de ses lignes, de quelle façon il est à comprendre que le verbe (selon
l’Evangile de St. Jean) est devenu chair : ou bien l’Esprit corps, ou
l’incorporel corporel, et ayant fixé mes spéculations là-dessus, j’ai
trouvé, qu’on le pourrait comprendre aisément, lorsqu’on met les
quatre Triangles susdits par ordre et successivement, comme les lignes
des lettres du nom MARIA s’entresuivent, et présupposant que les
lignes courbées expriment la perfection (comme nous avons dit ci-
devant) ou la spiritualité, on verra ici que les dites lignes courbées de
la lettre R étant fléchies en rondeur, formeront un cercle, lequel vient
lui-même s’appliquer dedans le troisième Triangle, qui se forme par
ordre des lignes desdites lettres, selon le nombre qu’elles
s’entresuivent, comme vous les pouvez voir ici en suivant, car en
commençant par la première ligne de la lettre M, vous trouverez que
les trois premières lignes d’icelle donneront le premier Triangle.

Que la Quatrième ligne de la même lettre, et les deux lignes de l’A,


qui la suivent, donneront le deuxième Triangle.

Que le troisième Triangle est formé de la dernière ligne de cette dite


lettre, de la ligne droite de la lettre R, (laquelle fait tourner
naturellement ses lignes courbées) et de la lettre I, laquelle donne
l’accomplissement au troisième Triangle : d’une telle manière que ces
lignes courbées étant tournées en cercle viennent d’elle-même s
‘appliquer dedans ce troisième Triangle.

Et le quatrième Triangle se fait des trois lignes de la dernière lettre A.

Tellement que les lignes des cinq lettres du nom MARIA donnent, de
cette manière, bien clairement à connaître : de quelle façon la nature
divine se devait joindre à la nature humaine, et ce au milieu de la
matrice de la vierge, comme le milieu de la ligne courbée le démontre
Géométriquement sur la lettre du milieu de son nom. Voyez les
Figures Num. 3 et Num. 4.

Remarquons ici, mon très cher FRANÇOIS ; que la recherche de cette


conception supernaturelle du Fils de Dieu, que j’ai observé, par cet
examen des lignes du nom de vierge, a fait étendre mes
contemplations à la conception et à la génération de tous les Etres
composés, et m ‘a fait considérer, que la conception d’iceux peut être
comprise de la même manière comme celle-là, vu que la semence
ignée, joint à l’air, et spirituelle, après qu’elle est devenue corporelle
et spermatique, par la conjonction de l’Elément de l’Eau, elle devient
à être semée dans la terre, (qui est la nourrice générale des mixtes) et
enfermée et nourrie d’icelle, jusqu’à que l’opérateur général de la
nature en produise ou un végétable, ou un Animal, ou bien un Minéral
en sa perfection, selon le cours du temps et selon la période pour cette
fin ordonnée du créateur tout de même comme la semence
supernaturelle et divine de Dieu le Père a transpercée
incorporellement et spirituellement la virginité de la vierge, par
l’adombragement du St. Eprit, pour produire le fruit de Dieu le Père
au bout du terme ordonné et prédestiné pour la perfection de sa
nativité.

Touchant la conjonction des lignes des lettres des trois mots sus
mentionnés, DEUS JESUS et MARIA, considérez, si vous plaît :

Premièrement le nombre des lignes droites de ces trois mots, lequel est
justement de celui du monde de toutes les lettre Latines, à savoir de
vingt et quatre ; et figurez-vous que c’est aussi par-là que notre grand
Dieu nous fait connaître, que nous devons sur toutes choses employer
les lettres à l’expression de la contemplation de notre créateur, et de
l’histoire supernaturelle de notre Médiateur et de notre Sauveur Jésus
Christ, puisque c’est par-là que les trésors éternels et incorruptibles
des âmes sont uniquement à trouver, et que tous les Esprits de tous les
hommes du monde ne sont pas capables ni suffisants de comprendre
avec leur esprit, de retenir par leurs mémoires, ni d’exprimer avec
leurs langues la cent millième partie de la sapience et de la puissance
inexprimable et des bien inépuisables qui y sont compris.

Secondement : que les vingt quatre lignes susdites étant divisées en


six parties, et en ayant formé six carré parfaits, sur la figure d’un
Hexagone, vous trouverez une telle symétrie et une telle
correspondance du dit Triangle avec le Quadrangle, qu’ils se laissent
régulièrement joindre et unir ensemble depuis le centre même jusqu’à
une étendue de circonférence telle qu’il vous plaît ; de sorte que
l’extension de l’Unité à la multitude, de ces figures, ne peut être faite
par aucune voie plus régulière, que par celle-ci, car par cette voie
l’unité s’étende infiniment et régulièrement à la circonférence, sans
qu’il se commette aucune confusion de figures, ce qu’il n’est pas
possible de faire par aucune autre sorte de figures, vu que toutes les
autres figures, hormis celles-ci, de quelle façon qu’on pense de les
joindre, causent toujours une irrégularité et une confusion. Voyez en
les figures qui suivent ici. Num. 1. 2. 3.

Tiercement : que les vingt et quatre lignes de ces trois mots étant
jointes d’une telle manière, que dix huit d’icelles soient élevées
perpendiculairement, et six de travers, entre la deuxième et la
troisième ligne, en figure de croix, prenant la longueur de chaque
ligne de la mesure d’un pied, cette croix sera peut être de la même
grandeur de celle de Jésus Christ ; et lorsque vous appliquez les lignes
courbées des dits mots, les bouts d’icelles tenant ensemble, à la dite
croix, vous verrez la figure d’un Serpent pendu à la croix, comme
Moïse avait ordonné au Juif, dont vous pourrez voir ici la Figure A.

En Quatrième lieu : que les six carrés susdits étants mis d’une façon
qu’un d’iceux soit au milieu de quatre autres, et que le sixième soit
appliqué dessous le cinquième, comme il est à voir à la Figure B, vous
trouverez alors une façon d’une croix composée de six carrés
réguliers, dont les six Plans, étant pliés ensemble forment la superficie
du corps stétéométrique régulier du Cube, dedans lequel les deux SS
du mot JESUS étant enfermés, en sorte que les deux bouts soient joins
ensemble en cercle, l’enterrement de notre seigneur Jésus Christ
pourrait être observé.

Car, comme les Philosophes nous assurent, que l’Or, (qui à


naturellement la signature sphérique) lorsqu’il est joint à son sel
(auquel la nature a donné la signature cubique) et qu’il a été son temps
limité enterré dedans le feu infernal des Philosophes, qu’il en sortira
glorieusement, et qu’il sera alors une médecine très glorieuse pour ses
frères qui sont es royaume végétable, Animal et Minéral Ainsi notre
sauveur Jésus Christ a transformé et glorifié son corps composé des
Eléments par la descension de son St. Esprit aux enfers, et par le
retour d’icelui à son corps, qu’il a pu rendre son corps incorporel
selon son bon plaisir divin ; en telle sorte, qu’il a pu transformer et
qu’il a pu transmuer de même, par son St. Esprit, tous ceux qu’il lui
plaît, d’une manière, que cependant leurs vies, et après leur mort, ils
ont pu faire des grands miracles, comme il a paru aux Apôtres, dont
les ossements, après leurs morts, ont même pu ressusciter des corps
morts, comme le nouveau Testament nous en donne quantités
d’exemples, et d’histoire. Vous pourrez regarder les figure ci-dessous
qui vous confirmeront ce que nous venons de dire, dont la dernière
cubique est celle marquée de la lettre C.

Voilà ce que j’avais à vous dire des nombres, lignes et Caractères


lesquels me sont tombés dans l’esprit lorsque j’avais arrêté un peu ma
méditation à l’histoire de notre Seigneur Jésus Christ en regardant les
lettres des trois mots DEUS JESUS et MARIA. Je vous supplie, mon
très cher, d’excuser la simplicité de mon style et la chétiveté de mon
propos, puisque mon discours n’a été jusqu’à présent que des
nombres, des lignes et des lettres, j’attends quelque chose de plus beau
de votre faveur.
CHAPITRE II

Que c’est la volonté de Dieu que les Créatures raisonnables


cherchent à connaître le Créateur par la connaissance des
créatures. Que toutes les créatures proviennent d’un seul Dieu,
comme tous les nombres de l’Unité. Description de Hermès
Trimégiste de la création du Monde. Moïse de la création du
Monde. Que Dieu est dit souvent d’être un feu.

FRANÇOIS
Je vous ai entendu volontiers et vous remercie de tout mon cœur de la
peine qu’il vous a plu de prendre ; ce ne sont pas seulement des lignes
et des lettres desquelles vous avez discouru, et lesquelles doivent être
considérées simplement comme des lignes et des lettres, puisque vous
en avez commencé à faire une écriture laquelle démontre le grand
Tout, non seulement avec la plume, mais même avec le compas et
avec la règle : Vous ne sauriez non plus arrêter mieux vos pensées, ni
aiguiser votre esprit qu’à des choses qui tendent à la gloire de Dieu, et
qui sont utiles pour la procuration de notre salut éternel ; C’est aussi à
ces choses là qu’on doit employer très particulièrement beaucoup de
peine et de labeur, puisqu’on acquière par-là des trésors qui ne
périssent pas, mais qui sont divins et éternels ; C’est aussi la volonté
du créateur, que les hommes, à qui il a eu la bénignité de donner une
âme raisonnable, outre toutes ses autres créatures, apprennent à le
connaître par la connaissance des créatures, afin que les hommes
connaissants bien leur Créateur par la connaissance d’icelles, se
rendent de plus en plus capable de l’adorer, de le servir et de le louer :
Car il est impossible d’estimer grandement une chose qu’on ne
connaît pas, et qu’on ne sait pas ce que c’est, comme la plus part des
hommes (hélas !) ne savent pas ce que c’est Dieu : C’est une chose
honteuse de le dire, et il le faut pourtant dire, puisque c’est la vérité ;
ils sont provenus de Dieu, ils sont en Dieu, ils subsistent par Dieu, ils
ne sont rien sans Dieu, et il faut qu’ils retournent à Dieu à la fin,
puisqu’il est leur commencement et leur fin, étant pourtant sans
commencement et sans fin, et encore ne connaissent-ils pas Dieu :
n’est-il pas grandement à plaindre, que l’ignorance est si grande dans
le monde qu’entre des milliers de personnes ils ne s’en trouvent pas
quelquefois une qui connaisse bien son Dieu, son Créateur, ou son
Premier Etre, et qui sait ce qu’il doit répondre, quand on lui demande
ce que c’est que Dieu ? Comment telles gens trouveront-ils Dieu
puisqu’ils ne le connaissent pas ? Comment estimeront, honoreront et
loueront-ils Dieu vu qu’ils ne savent ce que c’est que Dieu ? Comment
peut un lourdeau ou un paysan faire état de la pierre des Philosophes
quand il ne sait pas ce que c’est ? Ne la dédaignera pas comme si elle
était de nulle valeur ? encore qu’elle serait purifiée mille fois par le
feu de purification des Philosophes, et qu’elle serait d’une valeur de
cent mille millions d’Or ?

VREDERYK
Il en est ainsi comme vous dites, et il en a été de même il y a quelques
milles ans, car il me souvient des paroles du plus ancien des
Philosophes, savoir Hermès Trimégiste desquelles il s’est servi dans
son Pimandre, au Chap. 7. avec une très grande cordialité aux
ignorant, et lesquelles je ne puis m ‘empêcher de réciter ici.

Ces paroles sont les suivantes :

O hommes étourdis qui avez bu le vin de l’ignorance lequel vous ne


pouvez souffrir ! Mais le vomissez ! Vers où vous emportez-vous ?
Soyez sobres et voyez avec les yeux du cœur : si vous ne le pouvez
pas faire tous, voyez seulement vous qui le pouvez, car la perversité
de l’ignorance surnage toute la terre et fait abîmer l’âme déplorable
dans son corps, ne souffrant pas qu’elle aborde les ports du salut. Ne
vous mettez donc pas en péril au grand flux, mais approchez le port de
sauveté au travers des ondes contraires autant que vous le pouvez
aborder. Cherchez le guide qui vous apprenne le chemin qui mène à la
porte de l’intelligence ou est la lumière brillante sans aucunes ténèbres
: où personne n’est ivre, mais où que tout le monde vit sobrement, et
regarde avec le cœur celui qui veut être regardé, car il ne peut être ouï,
prononcé, ni vu avec les yeux, mais avec le cœur et l’esprit ; Il faut
que vous tachiez de déchirer l’habit d’ignorance que vous portez, le
firmament de la malice, le nœud de la corruption, le circuit ténébreux,
la mort vive, la charogne sensible, le sépulcre que nous portons avec
nous, le larron locatif, celui qui hait par les choses qu’il aime, mais qui
est envieux par les choses qu’il hait. Tel est l’habillement ennemi
lequel vous êtes couvert, qui te suffoque toi-même, que ne puisse
recevoir la vue, et qu’ayant arrêté tes spéculations à la beauté de la
vérité et le Bien qui repose en elle tu ne haïsses la méchanceté d’icelle
après avoir pénétré ses embûches avec lesquelles elle l’épiée, faisant
les choses qui semblent être visibles et sensibles, insensibles, et les
étoupant de quantité de matière, et les emplissant d’une volupté
abominable pour ne pouvoir ouïr les choses que tu devrais ouïr, et
pour empêcher de voir les choses que tu devrais voir.

FRANÇOIS
Mon très cher, ne faisons pas de la sorte, et ne soyons trouvé parmi
une troupe de pourceaux qui aiment la saleté, mais acceptons avec
ardeur cette belle admonition de Hermès, ruminons la bien, imitons la
pieusement, et montrons que nous aimons la pureté et que nous
l’estimons outre tous les trésors du monde, puisqu’elle forte de la
pureté même, vu que Dieu n’est que Pureté lui-même, et qu’aucune
impureté n’est en lui : le soleil est pur et clair, et les ténèbres ne
peuvent avoir aucun lieu en lui, puisqu’il est habité de la lumière de
Dieu : et la Pierre des Philosophes est pure puisqu’elle est composée
des rayons concentrés du soleil, et c’est pourquoi qu’elle ne souffre
aucune impureté près d’elle, mais qu’elle transforme tout en pureté ;
cherchons ceux-là particulièrement, et tachons d’apprendre à les
connaître, car le soleil est le Lieutenant du Grand Dieu au ciel, et la
Pierre des Philosophes est le Lieutenant de Dieu sur la Terre, et c’est
par connaissance de ceux-ci que nous pourrons apprendre à monter
l’Escalier des Sages, et par icelui jusqu’à la connaissance de Dieu.

VREDERYK
Vous parlez fort bien : sed hic labor hoc opus. C’est-à-dire c’est là où
gît la difficulté.

FRANÇOIS
Il est bien vrai : mais vous savez aussi le proverbe, qui dit : Omnia Dii
vendunt laboribus : et labor improbus omnia vincit. C’est-à-dire : Les
Dieux vendent toutes choses pour le labeur : et que le labeur
infatigable surpasse toutes choses.
Vous avez bien commencé à discourir : que comme tous les nombres
sortent de l’Unité qu’ainsi toutes les créatures proviennent d’un seul
Dieu ; touchant le premier vous l’avez démontré assez clairement,
mais il me semble que le dernier doit être étendu un peu plus au large.

VREDERYK
Vous avez raison : j’attends cela de votre grâce, et ne doute pas que
vous ne donniez à tous les amateurs de Dieu, de la nature de Dieu, et
d’eux-mêmes, une très grande satisfaction par votre entretient.

FRANÇOIS
Au nom de Dieu : je tacherai de faire mon possible pour exprimer et
pour mettre en lumière ce qu’il a plu à notre grand Dieu de
communiquer par ses influences divines à ma chétive personne, qui ne
m’estime qu’un petit vers de terre, écoutez dons si vous plaît.

VREDERYK
J’ai désir de vous entendre.

FRANÇOIS
Mon très cher aimable ami : il faut que vous sachiez, que devant qu’il
y a eu commencement d’aucune chose, qu’il n’y a eu rein autre chose
que Dieu tout seul, qui a fait et créé toutes choses de soi, en soi, par
soi et avec soi, lequel Dieu n’a pas d’autre propriété, nature, ni autre
volonté, que de produire toutes choses parfaites, selon sa propre
image, qui est la perfection même : car Dieu parla (dit Moïse en la
Genèse) et c’était, et Dieu vit que cela était bon.

Le grand Dieu, étant tout en tout, et comme enceinte, laissa provenir


en public pas son Saint Esprit la Lumière et les Ténèbres, qui sont le
Ciel et la Terre, le pur et l’impur, (pour parler en tel terme, puisqu’au
respect de la création il n’y a rien d’impur) étant combiné ensemble ;
auquel l’Esprit de Dieu ayant été étendu, comme une âme dedans son
corps, il l’a séparé, par sa vertu divine, en des choses hautes et basses,
subtiles et grossières, spirituelles et corporelles, naturelles et
supernaturelles, célestes et supercélestes : car le Saint Esprit de Dieu a
fait paraître tout premier, dans son grand tout, les deux qualités
contraires, savoir le Chaud et le Froid, lesquels étaient ennemis
ensemble in gradu intenso, mais amis in gradua remisso.
Ces deux qualités contraires ont commencé tout aussitôt à travailler
ensemble, et ont produit l’humidité et la sécheresse : De ces quatre
sont provenu les quatre Eléments ; le Feu, l’Air, l’Eau, et la Terre : de
ceux-ci sont sortis les Trois Principes : le Soufre, le Mercure ou
l’Esprit, et le Sel ; et de tous ces susdits. Du premier Etre ; Des Deux
Qualités contraires. Des Quatre Eléments ; et des Trois Principes ont
tous les mixtes ou composés leur origine, aussi bien les célestes que
les terrestre, aussi bien les purs que les impurs, ou les subtils que les
grossiers, comme je donnerai l’honneur de vous enseigner ici ensuite
et de bon ordre ; faisant comme vous, avec justice, mon
commencement du Premier Etre, avec intention de tacher de clarifier,
autant qu’il nous sera possible la lumière pour le présent fort couvert
d’obscurité, et d’en chasser les ténèbres comme ses ennemis à une
circonférence inaccessible à la vérité.

Voyons, mon très cher, ce qu’Hermès Trimégiste (qui a vécu environ


un siècle et demi devant Moïse, selon Patricius) donne à connaître du
Premier Etre de la nature de Dieu, et combien de désir qu’il a eu
d’apprendre à savoir ce que c’était de Dieu et de sa nature, et auquel
degré de perfection il a été illuminé, lorsqu’il parla avec l’Esprit de
Dieu, quand Poemander (qui était l’Esprit de Dieu) lui demanda ce
qu’il désirait d’apprendre et de savoir, et qu’il répondit : Je désire
d’apprendre les Etres du Monde, d’entendre leur nature, et de
connaître Dieu : Poemander lui parla alors, en disant : comprenez-moi
derechef dans votre esprit, et je vous apprendrai ce que vous désirez
d’enquérir. Hermès lui dit.

Lorsqu’il avait dit ceci, il transforma son idée, et le tout me devint


manifeste dans un moment, et je vis une vision infinie. Il devint une
lumière, laquelle était fort aimable et fort agréable ; peu après il s’en
sépara une ténèbre fort triste et affreuse et laquelle se finissait à une
courbure en forme de cercle, tellement qu’il me sembla que la ténèbre
se transforma à une nature humide étant inexprimablement confuse,
laquelle faisait sortir d’elle une fumée comme de feu, et une résonance
triste.
Il en sortit par après une vois confuse, laquelle je croyais être la voix
de la Lumière.

Une sainte parole monta en après hors de la lumière sur la nature, et le


feu pur s’éleva en haut de la nature humide, et il était léger, subtil, et
de grande puissance.

L’Air, qui était aussi léger, suivait l’Esprit, et monta de la Terre et de


l’Eau jusqu’au feu, comme s’il était suspendu sur icelui.

La Terre et l’Eau demeurèrent mêlées ensemble, en sorte que la Terre


ne pouvait pas être vue à cause de l’Eau, et elles recevaient la motion
de la Parole Spirituelle qui était épandue sur icelle.

POEMANDER
Poemander me dit alors : avez-vous bien entendu cette vision, et ce
qu’elle signifie?

HERMES
Je parlais : J’y penserai.

POEMANDER
La Lumière, je le suis, l’Esprit, votre Dieu, qui est devant la Nature
humide, qui a paru hors des ténèbres : la Parole qui luit hors de
l’Esprit : le Fils de Dieu.

Le Père de toutes choses (l’Esprit étant Lumière et vie, mâle et


femelle) a procréé l’homme son semblable, et l’a animé, lequel croyait
de comprendre avec son esprit la puissance de celui qui a la place de
sa résidence dans le Feu, et c’est pour cela que l’homme est outre tous
les animaux devenus d’une composition double, à savoir mortel selon
le corps, et immortel à cause de l’homme substantiel.

Mais l’homme est devenu de la vie et de la lumière à une âme et un


Esprit : de la vie à une âme, et de la Lumière à un Esprit, et il est
demeuré dominant ainsi par-dessus tous les membres du Monde
sensuel, jusqu’à la fin du but, et générant.
Ecoutons encore son sermon sanctifié : Dieu dit-il, et la Divinité, et la
nature divine, est la gloire de toutes choses.

Dieu est le commencement et l’Esprit, et la Nature, et la Matière, et


l’Opération, et la Nécessité, et la Fin, et la Rénovation de toutes
choses.

Car il y avait des ténèbres infinies sur l’abîme, et l’Eau et l’Esprit


intellectuel subtil étaient comme cachés dedans le Chaos.

La Lumière sainte provenait, et les Eléments se sont séparés de la


nature humide sur le sable, et tous les Dieux (ou Planètes) séparaient
la nature séminale.

Et alors que le tout était auparavant sans ordre et sans préparation, le


léger fut séparé à la hauteur, et le pesant fut établi sur le sable humide
: et le feu entourait tout ceci : et lorsqu’il était suspendu, il fut porté de
l’Esprit.

Et le ciel devenait visible en sept cercles, et les Dieux paraissaient par


les Idées d’étoiles avec tous les signes d’icelles, et les étoiles furent
divinisées et comptées avec les Dieux qui étaient parmi elles, et la
circonférence devenait environnée de l’Air, et fut portée par l’Esprit
divin d’un cours circulaire.

Les Dieux produisaient de leur propre vertu ce que leur était ordonné :
et ils furent produits des animaux à quatre pieds, des reptiles et des
volatiles ; toutes les semences fertiles, les herbes, fleurs, et l’herbe
verte retenaient les semences de la génération elle-même.

Et aussi la génération des hommes pour la connaissance des œuvres de


Dieu, et pour un témoignage opérant de la Nature, et pour la
multiplication des hommes, pour la domination sur toutes les choses
qui sont sous le Ciel, et pour la connaissance du Bien, et qu’ils
croissent et se multiplient en quantité.

Comme aussi toutes les âmes dans la chair, et la sémination


monstrueuse par le moyen des Dieux circulaires pour la contemplation
du Ciel, des Dieux, des ouvrages divins, des œuvres de la Nature, et
pour des signes des choses bonnes pour la connaissance de la
puissance divine.

Comme de même toutes les générations de la chair animée, des fruits,


des graines, et de tous les ouvrages artificiels, et les choses qui sont
diminuées seront renouvelées par la nécessité.

Car toute la température du monde étant renouvelée par la Nature,


c’est la Divinité ; puisque la Nature consiste dans la Divinité.
Or mon fils, j’écris ces choses ainsi par amour envers les hommes, et
par devoir envers Dieu.

Car il ne se peut pas faire de devoir plus juste, que lorsqu’on observe
les Etres, et que l’on témoigne de la gratitude à celui qui les a fait,
auquel je ne manquerai jamais.

Tachez d’être doué de probité, puisque c’est icelui qui est le plus
grand Philosophe, car il est impossible de la posséder sans
Philosophie.

VREDERYK
La sainte Ecriture, les œuvres de Trimégiste et de tous les vrais
Philosophes sont bien remplis de telles matières que vous proférez ici,
mais vous faites pourtant for bien d’en faire quelque récit afin qu’on
puisse voir combien que notre Philosophie concorde avec celle des
Anciens.

FRANÇOIS
Il est vrai : car au commencement du vieux Testament, Moïse le
Prophète, parlant de la création du Monde au Premier chapitre de la
Genèse, en fait aussi mention de cette sorte :

Dieu créa au commencement le Ciel et la Terre. Et la terre était sans


forme et vide : et les ténèbres étaient sur les abîmes, et l’Esprit de
Dieu était épandu par-dessus les eaux.
Et Dieu dit : Qu’il y ait lumière : et la lumière fut.
Et Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des
ténèbres.

Et Dieu appela la lumière jour : et les ténèbres il les appela Nuit : lors
fut fait du soir et du matin le premier jour.

Derechef Dieu dit : qu’il y ait une étendue entre les Eaux : et qu’elle
sépare les Eaux avec les Eaux.

Dieu donc fit l’étendue et divisa les Eaux qui étaient sous l’étendue
d’avec celles qui étaient sur l’étendue, et fut ainsi fait.

Et Dieu appela l’étendue Ciel : lors fut fait du soir et du matin le


second jour.

Puis Dieu dit : que les eaux qui sont sous le ciel soient assemblées en
u lieu, et que le sec apparaisse, et fut ainsi fait.
Et Dieu dit, que la terre produise verdure, herbe procréant semence, et
arbre fructifiant faisant fruit selon son espèce, lequel ait sa semence en
soi-même sur la terre, et fut fait ainsi.

La terre donc produisit verdure, herbe procréant semence selon son


espèce, et arbre faisant fruit, lequel avait sa semence en soi-même
selon son espèce.

Et Dieu dit : Qu’il y ait luminaires en l’étendue du Ciel, pour séparer


la nuit du jour et soient en signes, en saisons, en jours et ans.

Et soient pour luminaires au firmament du Ciel, afin de donner


lumière sur la terre, et fut fait ainsi.

Dieu donc fit deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour
gouverner le jour, et le moindre pour gouverner la nuit, et les étoiles.

Et Dieu les mit en l’étendue du Ciel pour luire sur la terre, et avoir
gouvernement sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière des
ténèbres : et Dieu vit que cela était bon.
Lors fut fait du soir et du matin le quatrième jour.

En après Dieu dit : que les eaux produisent reptiles ayant âme vivante
: et que volatile voltige sur la terre envers l’étendue du Ciel.

Dieu donc créa des grandes baleines et toute créature vivante se


mouvant, que les eaux avaient produites selon leur espèce, et toute
volaille ayant des ailes chacune selon son espèce : et Dieu vit que cela
était bon.

Adonc il les bénit, disant : fructifiez et multipliez, et remplissez les


eaux en la mer : et que la volaille se multiplie en la terre.

Lors fut fait du soir et du matin le cinquième jour.

Outre Dieu dit : que la terre produise créature vivante selon son
espèce, bétail et reptile, et animaux de la terre selon leur espèce, et fut
ainsi fait.

Dieu donc fit l’animal de la terre selon son espèce et le bétail selon
son espèce, et tout le reptile de la terre selon son espèce, et Dieu vit
que cela était bon.

Outre plus Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et selon notre
ressemblance, et qu’ils aient domination sur les poissons de la mer, et
sur les oiseaux du Ciel, et sur les bêtes et sur toute la terre, et sur tout
reptile qui bouge sur la terre.

Dieu donc créa l’homme à son image, il les créa à l’image de Dieu,
mâle et femelle il les créa.

Et Dieu les bénit et leur dit : Fructifiez et multipliez et remplissez la


terre, et l’assujettissez : et ayez seigneurie sur les poissons de la mer,
et sur les oiseaux du Ciel, et sur tous les animaux qui se bougent sur la
terre.
Et Dieu dit : voici je vous ai donné toute herbe portant semence qui est
sur toute la terre, et tout arbre qui a en soi fruit d’arbre portant
semence, afin qui vous soient pour viande.

Même aussi à tous les animaux de la terre, et à tous oiseaux du Ciel, et


à toute chose mouvante sur la terre, qui a en soi âme vivante, j’ai
donné toute verdure d’herbe pour manger : et fut ainsi fait.

Et Dieu vit, que tout ce qu’il avait fait, était bon : lors fut fait du soir
et du matin le sixième jour.

VREDERYK
Il est digne de remarque, que Poemander, ou l’Esprit de Dieu dit à
Hermès : Qui a sa résidence dans le feu.

FRANÇOIS
Il est bien vrai : mais vous savez aussi ce que David dit sur le même
sujet, en parlant de Dieu : Qui tabernaculum suum posuit in Sole.
C’est à dire : Qui a posé son tabernacle dans le Soleil.
Et que le tout puissant est appelé plus souvent dans la St. Ecriture une
Lumière et un Feu, qu’aucun autre être, et qu’il est aussi bien souvent
comparé à iceux, et ce, sans doute, à cause que la nature de la lumière
et du feu est de soi-même mouvante, générante et reconsummante ;
comme Moïse en fait mention au Deutéronome Chapitre : 4ème :

Le Seigneur ton Dieu est un feu consumant.

Et Exode chapitre 3. v.2. et 3 :


Et l’ange du Seigneur s’apparut à lui en une flamme de feu au milieu
d’un buisson, et il regarda, et voici le buisson ardait au feu et le
buisson ne se consumait point. Lors Moïse dit : je me détournerai
maintenant et verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne brûle
point. Adonc le Seigneur vit qu’il se détournait pour regarder, et Dieu
l’appela du milieu du buisson : etc.

Exode chapitre 14. v. 24.


Et advint en la veille du matin que le Seigneur étant en la Colonne de
feu et nuée, regarda sur le camp des Egyptiens, et étonna le dit camp
des Egyptiens.

Exode chapitre 19. v. 18.


Et le mont Sinaï était tout en fumé, pourtant que le Seigneur descendit
de dessus en feu, et la fumée d’icelui montait comme la fumée d’une
fournaise, et toute la montagne tremblait fort.

Lévitique chapitre 10. v. 1. et 2.


Les enfants de Aaron Nadab et Abihu offrirent du feu étrange devant
le Seigneur, lequel il ne leur avait point commandé : A donc le feu
issit de devant le seigneur, et les dévora.
Nombre chapitre 6. v. 22, 23, 24.
Le Seigneur parla à Moïse, disant. Parle à Aaron et ses fils et leur dit
vous bénirez ainsi les enfants d’Israël, en leur disant : Le Seigneur te
bénie et te regarde. Le Seigneur fasse reluire sa face sur toi et ait
merci de toi.

VREDERYK
Tout ce que vous rapportez ici, est bien très excellent, très plausible et
ne doit être contredit de personne, puisque ce sont les paroles du Saint
Esprit même prononcées par le Prophète et par le Père des
Philosophes lesquelles découvrent avec assez de clarté l’obscurité de
la création du Monde et des Etres composés : mais il me semble que la
science et le maniement de la Pierre des Philosophes ne donnera pas
aussi peu de lumière aux esprits ignorants à la connaissance du
créateur et des créatures : Et puisque je sais fort bien que vous en avez
lu quantité d’Auteurs qui en ont écrit savamment, qui l’ont aussi
possédé assurément, et que vous avez vous-même passé beaucoup de
temps et pris bien de la peine à la culture de la Terre des Sages, j’aurai
bien de l’inclinaison de tenir propos avec vous de cet illustre sujet tant
relevé et tant cherché.
CHAPITRE III

Si la science de la Pierre des Philosophes est véritable. Récit des


Auteurs qui ont possédé la science de la Pierre des Philosophes. La
vérité de la science de la Pierre des Philosophes tirée de la St.
Ecriture.

FRANÇOIS
Vous le savez : j’en suis d’accord ; faisons en donc un commencement
pour autant que le petit talent de notre connaissance le permet, et
descendant de la Lumière inaccessible de Dieu le Créateur, tournons-
nous vers les créatures, et demeurant pourtant arrêté à l’Unité,
entretenons-nous quelque temps de la Pierre des Philosophes, de
laquelle on a fait tant de bruit dans le Monde, et laquelle a été de tout
temps, et est encore aujourd’hui tant recherchée des plus grands et des
plus savant de toute la Terre, et voyons si nous avons juste raison
d’oser dire que c’est par la science d’icelle que les Anciens Sages ont
monté, et que les vrais savants modernes ont apparence d’approcher
l’ESCALIER des SAGES. Voyons donc premièrement s’il est
conforme à la vérité que la Pierre des sages a été au Monde, et si elle y
est encore : et puis en découvrons à l’un l’autre avec probité et avec
sincérité nos sentiments et nos expériences.

VREDERYK
Je suis prêt de philosopher avec vous de cette matière tant pure et tant
illustre ; de vous produire ce que j’en ai lu et entendu, et puisqu’il y a
plusieurs années que j’ai aussi tenu infatigablement la main à la
charrue, je vous promets de vous rendre participant avec candeur de
mes expériences, et de vous montrer que je pourrais toujours vérifier
mes paroles par des effets : si vous en faites de même, il y aura
espérance que notre Dialogue ne sera pas inutile.

FRANÇOIS
Hé bien, je ne ferai pas moins le devoir d’un homme d’honneur, et
désire déjà de savoir, si vous êtes sur le vrai chemin ou point, et si
vous avez consumé et perdu votre temps et vos dépend en vain avec
tant d’autres ; mais devant que d ‘avancer jusqu’à là, voyons
premièrement ce qui est la vérité de la chose, et ce que les vrais
Philosophes en disent.

VREDERYK
J’en suis content : mais soyons auparavant d’accord lesquels auteurs
sont acceptables pour les vrais Philosophes, et lesquels peuvent
subsister pour tels, puis voyons et considérons, ce qu’ils disent de la
Pierre des Philosophes, et finalement de quelle façon notre œuvre est
concordant avec celui des Philosophes.

FRANÇOIS
Fort bien ; qu’est ce qu’il vous semble de :

Hermès Trimégiste ?
De Moïse ?
De Morienus ?
De Calid ?
De Plato ?
De Pretrus Bonus Ferrariensis ?
De Johannes de Padua ?
De Geber ?
De Rafis ?
De Hamel ?
De Virgile ?
D’Ovide ?
De Bernardus Comes Trevisanus ?
De Basilius VAlentinus ?
De Sendivogius ?
De D. Tomas Aquinatus ?
D’Arnoldus de villa nova ?
De Raimundus Lullius ?
D…

VREDERYK
Cessez, je vous prie, de faire un plus grand récit d’auteurs, car
j’entends bien que vous en avez lu les bon et les vrais : je les ai aussi
lu la plupart et encore bien d’autres par delà, dont le nombre serait
ennuyeux de réciter ici, poursuivez votre propos : si vous plaît.
FRANÇOIS
Je poursuis, et vous prie d’avoir seulement la patience d’écouter ce
que les bons auteurs profèrent unanimement de la vérité de l’être de la
Pierre des Philosophes : Et Premièrement, ce qu’en dit :

HERMES
In secundo septem Tractatuum
Sachez, mon fils, que toutes les sapiences, qui sont dans le Monde,
sont sujettes à cette notre sapience, car elle est acquise et finie dans
des Eléments admirablement cachés en elles.
Le même : Le livre des Philosophes, je vous l’ai appelé la clef de tous
les biens.

Le même : Et ainsi aurez vous la gloire de la clarté de tout le monde.

MORIENUS
Celle-ci est la science qui doit être le plus recherchée entre les autres
puisqu’on peut parvenir par icelle à une autre plus admirable.

Le même : L’utilité de cet art est double : car elle orne l’âme d’une
réjouissance bien heureuse et délivre le corps de pauvreté et de
servitude.

PLATO
Celle-ci est une lanterne d’un Sage comme une lumière luisante en sa
vie : mais les enfants de la nature sont tourmentés dans un lieu
ténébreux et sont privés d’icelle.

HERMES
Il est vrai, sans menteries certain, et très vrai : ce qui est en haut est
comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en
haut, pour considérer les merveilles d’une chose.

MORIENUS
Ayant bien pris garde aux choses que je vous ai dit, et bien considéré
les témoignages des Anciens, vous connaîtrez bien à découvert, que
nous sommes tous d’accord, et qu’il est tout vrai ce que nous disons.

ARISTOTELES
10 Ethicorum
Il semble que les opinions des Sages sont consonantes. Ce pourquoi il
n’est pas besoin, que personne, qui est savant es choses naturelles,
vient à céder que l’Art de l’Alchimie n’est pas vraie, encore qu’il ne la
sache, car il suffit d’avoir des témoins tels qu’Isocrates, Hermès et
plusieurs autres.

PETRUS BONUS FERRARIENSIS


Cette science est plus noble que toutes les sciences spéculatives et
pratiquées (excepté la loi, dans laquelle le salut de l’âme est étendu
par la révélation divine) car presque tous les hommes qui ont dessein
d’apprendre quelque chose, en quelles sciences que ce soit, ils les
apprennent à cause de l’inclinaison qu’ils ont pour l’or ou pour
l’argent, puisque c’est par iceux qu’on peut acquérir toutes sorte de
nécessités. Puisque toutes les choses qui sont donc nobles d’eux-
mêmes, sont plus à désirer et à choisir, que celles qui sont nobles à
cause de quelqu’autre, ou par aventure, ce pourquoi, pour autant que
cela est, cette science surpasse toutes les autres. Mais cette science, on
l’apprend pour l’amour d’elle-même, à cause que l’or et l’argent
intérieur et non pas l’extérieur, et l’inquisition de la vérité est en elle.
Et puisqu’elle est un sujet noble, auquel toutes choses obéissent, et qui
fournit toutes choses, elle est très noble.

Le même : Plusieurs anciens Philosophes affirment et apprennent, que


cet art est très véritable et une suivante de la nature, et réglante la
nature dans sa propre matière, jusqu’à la fin, selon l’intention de la
nature, laquelle la nature seule ne pourrait jamais atteindre.

Le même : Toute l’opération est naturelle à raison de la génération et


de la mixtion, mais au regard de l’administration elle est artificielle
comme il paraît à la cuisson des viandes.
SENDIVOGIUS
in Novo Lumine
S’il y a quelqu’un qui doute à la vérité de l’Art, il n’a qu’à lire les
écrits très abondants des très anciens Philosophes qui sont vérifiés par
la raison et par l’expérience : auxquels il ne faut pas déroger la foi,
comme à des personnes qui sont dignes de foi en leur art : si pourtant
quelqu’un fait difficulté de les croire, nous savons qu’il n’y a pas à
disputer contre une personne qui nie les principes.

Le même : Quelle prérogative auraient toutes choses dans le monde


plus que les métaux ? pourquoi les séclurons-nous seuls de la
bénédiction universelle du créateur par la dénégation de la semence
?ce serait injustement, vu que la Sainte Ecriture affirme, qu’elle est
donnée et communiquée, depuis le commencement du Monde, à
toutes les choses créées : Si les métaux ont donc une semence, qui est
ce qui sera si fol qui ne croie qu’ils peuvent être multipliés dans leurs
semences ? L’Art de la Chimie est vrai dans sa nature, la nature est
aussi vraie, mais il se trouve rarement un vrai artiste.

Le même : Toute chose qui est sans semence, au regard de sa


composition, est imparfaite : celui qui n’ajoute pas foi à cette vérité
indubitable, n’est pas digne de se mêler de faire inquisition aux secrets
de la nature : car il ne naît rien dans le monde qui soit privé de
semence. La semence des métaux est véritablement et réellement mise
dans eux.

JOHANNES DE PADUA
On ramasse toujours telle semence que l’on a semé, et on reçoit le
double, puisque d’un seul grain on attend le fruit, et puis de ce fruit il
y a d’autres fruits à espérer. Car moi Jean de Padoue, je jure à la
dernière heure de ma vie, et veux mourir là dessus que cet Art tant
excellent se trouve juste et véritable, comme elle est écrit ici sans
aucune suppression, mais de mot à mot, de la main à la main.

DIVUS THOMAS DE AQUINO


In Tractatu de Lapide Philosophico
J’ai séparé les Quatre Eléments de quelques corps inférieurs par l’aide
de la nature et par artifice, tellement que j’avais chacun à part, à
savoir, l’Eau, le Feu et la Terre : et j’ai purifié chacun à part soi autant
que j’ai pu de leurs accidents, et ce par quelque opération secrète ; j’ai
joint à la fin ce que j’avais dépuré, et il m’est venu une chose
admirable, qui ne se laisse subjuguer à aucun de ces Eléments
inférieurs. Car si elle demeurait toujours sur le feu, elle ne se brûlerait
ni se transmuerait ou changerait jamais.

Un peu de cette Pierre rouge, jeté sur beaucoup de cuivre, parfaisait de


l’or très pur.
Dieu soit bénit, qui a donné une telle puissance aux hommes, qu’étant
imitateur de la nature, il peut changer les espèces naturelles et que la
paresseuse nature opère cela de long temps.

Cette œuvre est bien vraie et parfaite, j’ai pourtant souffert un si grand
labeur et tant de puanteur et aussi une si grande incommodité de mon
corps, que je me résoudrai bien de ne recommencer jamais cette
œuvre, à moins que d’y être contraint par la nécessité.

Qu’est ce qu’il vous semble, mon très cher, ces témoins ici seront-ils
suffisant pour confirmer la vérité de la science des Philosophes, ou
bien vous en plaît-il encore d’avantage ? je pourrai fort bien satisfaire
à votre désir par le moyen de l’autorité de plusieurs centaines d’autres
auteurs qui ne seront pas moindres que ceux que je viens d’alléguer.

VREDERYK
Monsieur, il n’est pas besoin que vous vous donniez cette peine là, et
encore que je sois assez assuré de la vérité de la chose, sans
l’allégation de tant de braves savants, je ne trouverais pourtant pas mal
à propos de tacher de vérifier la science de la Pierre des Philosophes
par le moyen de la Sainte Ecriture même.

FRANÇOIS
Vous ne feriez pas mal, si cela se pouvait.

VREDERYK
Je ne sais si vous avez lu dans l’Exode de Moïse au chapitre 28 verset
30ème ce qui à mon avis, peu fort bien être appliqué à la Pierre des
Philosophes.
FRANÇOIS

J’ai bien lu et relu la Sainte Ecriture plusieurs fois, mais je ne sais si


j’ai justement pris réflexion sur ce que vous avez dessein de proférer.

VREDERYK
Je vous dirai donc les paroles que notre grand Dieu parla à Moïse : Tu
mettras au Pectoral de jugement Urim et Thummin lesquels seront sur
le cœur d’Aaron, quand il viendra devant le Seigneur.

Or à cette heure, vous savez, que Urim est autant à dire que Lumière
en Français, et Thummin autant que perfection.

Vous savez aussi que la Première matière ou le Menstrue des


Philosophes (duquel, dedans lequel, par lequel et avec lequel, selon le
dire des Philosophes, l’universel doit être fait) est une matière
luisante, à laquelle les vrais Philosophes ont aussi pour cela donné le
nom de Aqua glacialis lucida, qui est à dire : De l’eau glacée luisante :
et que la dernière matière qui en doit provenir est l’Etre le plus parfait
de tout le Monde, cela est aussi assez connu à tous les vrais
Philosophes : et lorsque ce Urim est produit par la nature et par l ‘art
jusqu’à l’être de Thummin, ou jusqu’à la perfection de la Teinture, il
me semble que ma soutenue ici n’est pas fort égarée de croire que
l’Urim et Thummin, que le Tout puissant avait ordonné à Aaron de les
porter continuellement sur son cœur, ont été la Lumière commençante
et la fin perfectionnée de la Pierre des Philosophes.

Je crois aussi que vous êtes d’accord avec Moi que Moïse à possédé la
science du grand universel.

Voyons ce qui en est écrit chez EZRA au deuxième verset du chapitre


huitième, du Livre Troisième : Tout ainsi que si tu interroge la terre,
elle te dira, qu’elle produit beaucoup de matière terrestre pour faire les
pots : mais pour faire l’or elle ne donne qu’un petit de poudre etc.
C’est par-là qu’il est à voir que l’Or a été fait en ces vieux temps par
un peu de poudre. Et je vous prie quelle poudre peut ce avoir été autre
que celle de la Pierre des Philosophes ? en Latin appelle Pulvis
projectionis, et en Français Poudre de projection.

Mon très cher il ne faut pas entendre, qu’il est parlé ici de la poudre de
la Terre vulgaire, mais de celle que la Terre des métaux produit par la
conduite d’un vrai artiste.

Qu’est ce que nous en trouvons écrit dans le Livre second des


Machabées au Premier chapitre, verset 18 et suivants.

V.18. Nous donc qui voulons faire la purification du Temple au


vingt cinquième jour du mois de casleu il nous a été dit qu’il était
nécessaire de vous le signifier, afin que vous solennisiez pareillement
le jour de la fête des tabernacles, et le jour du feu, quand Nehemie
offrit les sacrifices, après qu’il eut édifié le Temple et l’Autel.

V.19. Car quand nos pères furent menés en Perses, les


Sacrificateurs qui alors adoraient Dieu, prirent secrètement le Feu de
l’Autel, et le cachèrent en une vallée, là où il y avait un puits profond
et sec : et le gardèrent là, tellement que le lieu fut inconnu à tous.

V.20. Et quand plusieurs ans furent passés et qu’il plut à Dieu que
Nehemie fut envoyé du Roi de Perse, il envoya les neveux de ces
sacrificateurs qui avaient mussé le feu, pour le requérir ; et comme ils
nous ont récité, ils ne retrouvèrent point de feu, mais trouvèrent de
l’Eau grasse.

V.21. Et leur commanda de la puiser, et de lui apporter : et le


Sacrificateur Nehemie commanda que les Sacrifices qui étaient sur
l’autel, et le bois, et les choses qui étaient mises sus, fussent arrosées
de cette Eau.

V.22. Et quand cela fut fait et que le temps vint, que le soleil
resplendit, lequel était auparavant couvert d’une nuée : un grand feu
s’alluma si que tous s’en émerveillaient.
V.23. Et tandis que le sacrifice brûlait, tous les sacrificateurs
faisaient oraison, Jonatan commençait, et tous les autres répondaient.
etc.
Et aux versets suivant :

V.31. Et quand le sacrifice fut tout brûlé, Nehemie commanda que les
plus grandes Pierres fussent arrosées du demeurant de l’Eau.

V.32. Quand cela fut fait, la flamme s’alluma d’icelles : mais elle fut
consumée de la lumière qui resplendissait de l’autel.

V.33. Et quand cela fut manifesté, il fut rapporté au Roi de Perse,


qu’on avait trouvé de l’Eau au lieu ou les Sacrificateurs qui avaient été
transportés avaient mussé le feu, de laquelle Nehemie, et ceux qui
étaient avec lui avaient purifié les sacrifices.

V.34. Et quand le Roi eut diligemment examiné la chose, il environna


le lieu de muraille, et le fit saint.

V.35. Et y donna grands biens et les y distribua.

V.36. Et Nehemie appela ce lieu là cepthar, qui est interprété


Purification : mais de plusieurs Nepthar.

Et au troisième chapitre du même Livre est fait mention aussi bien de


la Cendre Sainte que du Feu saint : car il est dit au : V. 5. Or il y avait
au même lieu une tour de cinquante coudées de haut pleine de
cendres, laquelle avait une machine se tournant de toutes pars en bas
en sallé.

V. 6. Celui qui était convaincu de sacrilège, ou qui avait commis


quelque autre grand crime, était jeté de tous à la mort.

V.7. Or il advint que ce prévaricateur mourut de telle peine, sans être


enseveli.
V.8. Ce qui advint justement : car pour ce qu’il avait commis
beaucoup de péchés auprès de l’autel de Dieu auquel était le feu pur et
la cendre, aussi lui-même a été condamné à mourir en cendre.

Voyez, mon bien aimé, s’il n’est pas très apparent que ce Feu Saint de
l’autel n’a pas été le même qu’est la matière de la Pierre des
Philosophes ? laquelle, étant séchée, est capable d’allumer en un
moment les matériaux qui sont faciles à concevoir la flamme, et de
causer en très peu de temps un feu prodigieux, comme celui qui est
causé par l’éclair, là où cette dite matière ne se consume pas elle-
même, mais devient par l’attraction de l’air une Eau grasse, laquelle
est sans doute capable de faire toutes les opérations que l’Eau de
l’autel a pu faire, de laquelle nous discourons (Dieu aidant) plus
amplement quand nous traiterons de la Matière de la Pierre ou du
Menstrue des Philosophes.

Touchant la Cendre Sainte : il est aussi très apparent, que cela à été la
cendre des Philosophes, puisqu’il se laisse séparer une Terre ou
Cendre très fine de la matière des Philosophes très ressemblante à la
Cendre des bois ou des tourbes pour l’aspect extérieur, laquelle peut
être procurée par des circulations itératives de ses Eléments, de
laquelle nous parlerons aussi plus au large lorsque nous tiendrons
propos des Quatre Eléments, et spécialement de la Terre des
Philosophes, laquelle peut être produite par le NEPTHAR ou
CEPTHAR à une si grande pureté et à une telle perfection qu’elle est
capable de faire les mêmes merveilles que les cendres de l’autel.

L’Or même, qui est le plus pesant de tous les métaux, peut être réduit,
par cette purification ou Cepthar, à une cendre si fine et si légère qu’il
peut même nager sur l’eau comme la cendre commune, de la même
manière que Moïse a sans doute pulvérisé le veau d’or qu’il a épars
sur l’eau comme il est a voir au Deutéronome Chap. 9. V.21 où il est
dit :

Puis je pris votre péché que vous aviez fait, savoir le veau, et le brûlait
au feu, et le brisait en le bien broyant jusqu’à ce qu’il fut menu
comme poudre et jetais la poudre d’icelui au fleuve qui descend la
montagne.
Il est ici à remarquer, en passant qu’il est dit : Je le brûlais au feu, et le
brisait en le bien broyant jusqu’à qu’il fut menu.

Moïse aura sans doute se servi de la matière des Philosophes pour


brûler le veau d’or au feu, pour le briser et pour le broyer ; à cause que
l’or, comme vous savez, ne se laisse pas brûler, briser, ni broyer menu
par d’autre voie que par celle du feu humide de la matière de la Pierre,
comme nous dirons ailleurs.

Ne vous semble il pas que ce que nous avons dit ici pour la
confirmation de la vérité de la Pierre des Philosophes, et qu’il y a
plusieurs siècles qu’elle a été dans le monde, doit suffire ? Je suis
autrement prêt de vous le vérifier encore d’avantage par des histoires
de la vraie transmutation des métaux en or, qui sont même arrivées
dans le siècle que nous vivons : mais puisqu’il me semble, que ce que
vous et moi avons récité et allégué ici abondamment doit suffire pour
des personnes qui sont douées d’un esprit raisonnable, et qui aiment la
recherche de la vérité, je cesserai de douter avec tant de milliers de
personnes, si la Pierre des Philosophes a été autrefois au monde et si la
connaissance d’icelle y est encore, mais commencerai de parler avec
une assurance indubitable de la Matière de la Pierre des sages.
CHAPITRE IV

De la Matière de la Pierre des anciens Sages. Récit du Labeur


inutile de l’auteur. Le sentiment de l’auteur de la matière de la
Pierre des Philosophes.

FRANÇOIS
Tout ce que vous avez rapporté de la Sainte Ecriture est fort digne de
remarque, car cela met le sceau sur notre discours, ceux qui ne se
veulent pas contenter avec tout ce qui est dit ici, ils se pourront
contenter de la façon comme il leur plaira, il nous en importe peu.
Continuons de poursuivre notre intention, et voyons, ce que c’est de la
vraie Matière de la Pierre des Philosophes et de quoi elle doit être
préparée.

VREDERYK
Hé bien François, qu’est ce qu’il vous en semble ? Soyez franc et
parler franchement.

FRANÇOIS
En vous parlant franchement : je vous puis dire que j’en ai lu plusieurs
Auteurs, et que j’en ai discouru avec beaucoup de personnes de ma
connaissance qui ont aussi travaillé longtemps à la Chimie, et ai
trouvé, qu’ils ont, aussi bien que moi, travaillé longtemps en vain avec
le comte de Trévisan et avec une infinité d’autre tout en sauvage et
sans aucuns fondements, et qu’ils ont fait des grands frais et des
sottises innombrables es végétaux, Animaux et Minéraux, à cette
heure dans un seul, après dans plusieurs ensemble ; aussi dans le
Soufre commun, dans le Mercure commun, dans le sel commun, et
dans une infinité d’autres sujets particuliers. Mais que je n’ai à la fin
trouvé rien de meilleur que le Mercure double, qui est réduit par son
père à une Eau laquelle le poisson Rémora rend toujours trouble, et
dans un état qu’elle est capable de réduire tous les métaux et minéraux
à leur première matière, et de là à un être meilleur qu’ils n’ont été :
lequel double Mercure, sans addition d’aucune chose étrange, de lui-
même, en lui-même, avec et par lui-même un sage artiste peut faire
passer par la couleur noire à la blanche, et de là à la rouge : qui sont
les trois couleurs capitales, par lesquelles il faut que la matière de la
Pierre passe, selon le dire de tous les Philosophes.

VREDERYK
Vous dites là bien des choses en peu de paroles, et si vous y mettiez
encore quelques-unes unes auprès, il ne vous ferait pas fort difficile de
me faire à croire que vous possédez l’universel vous-même.

FRANÇOIS
Non, mon très cher, je ne possède nullement ce haut secret, mais ce
que je viens de dire, et ce que je tacherai de proférer ensuite, je le puis
faire en homme d’honneur, et encore que je m’estime indigne de ce
grand trésor des sages, je me trouve pourtant obligé de poursuivre
mon entreprise, sous espérance que le St. Esprit arrosera mon dessein
de sa rosée céleste ! Et vous, mon amis, n’avez vous pas aussi bien fait
des choses et des sottises devant que vous étiez parvenu à quelque
chose de bon ? ou bien n’avez vous encore rien qui vaille?

VREDERYK
Non non, j’ai aussi quelque chose de bon, mais si je vous disais, que je
n’ai pas employé un labeur indicible et que je n’ai pris une peine
incroyable en vain, j’épargnerais la vérité : et pour vous montrer que
je ne vous veux rien sceller, mais que je vous veux déclarer le tout en
toute sincérité comme au meilleur ami que j’ai au monde, je vous
supplierai d’avoir la patience d’écouter un peu combien j’ai été facile
de croire les belles paroles des imposteurs, en combien de sortes de
matières j’ai été occupé, et combien d’années j’ai été séduit : il est
bien vrai qu’il me serait impossible de vous dire le tout, puisqu’on en
écrirait un gros livre, ce qui n’est pas ici notre intention, je vous en
raconterai seulement quelques-uns uns, et scellerai cependant les
noms des séducteurs, encore qu’ils mériteraient bien qu’on les mette
en publique : ceux pourtant qui auront lu de leurs livres les
reconnaîtrons fort bien.

L’an 1654 étant en France j’ai eu la rencontre d’une Dame de


Condition, qui disait avoir demeuré à la cour du Roi, et d’avoir reçu
un secret du père défunt de son mari, pour faire grader l’argent en Or :
moi, ayant été dès ma jeunesse curieux et désireux d ‘apprendre toutes
sortes de sciences et de curiosités honnêtes, je m’adressais auprès de
cette dite Dame, et après beaucoup de civilités j’obtenais autant de sa
grâce, qu’elle me communiqua son eau gradante, laquelle n’était rien
autre chose que de l’eau de pluie assemblée en temps d’orage d’éclair
et de tonnerre, de laquelle il fallait amasser dix à douze pots, et la
distiller tant de fois par-dessus les atomes d’argent de coupelle jusqu’à
tant que tout l’argent fut gradé en Or : je faisais assembler cette eau
susdite en France, et après que j’avais fait travailler longues années
avec grand soin, selon l’ordre de la dame susdite, il n’en est demeuré
rien que de l’eau et de l’argent de la même façon qu’on les avait joint
ensemble ; je donne à penser à tous ceux qui ont la moindre
connaissance, si ce n’était pas une très grande sottise de s’amuser à
des choses si peu fondées, vu que l’eau de pluie n’a point d’ingrès
dans l’argent, et qu’elle ne peu ensuite y faire aucune altération, et
encore moins aucun amendement.

L’an 1656. un certain Liégeois s’est adressé à moi, proposant qu’il


pouvait faire transmuer le vif argent en argent très fin, et ce en vingt et
quatre heures de temps, et que cette gradation du vif argent étant une
fois faite, que la même eau pouvait faire la même gradation plusieurs
fois de suite avec un grandissime profit : il demandait pour cette
science une somme de deux mille écus, mais moi, étant bien désireux
de l’apprendre, je souhaitais de lui d’en voir une épreuve, devant que
de m’engager avec lui d’aucune chose, il m’octroya ma demande, et
mis dans une bouteille, (qui contenait environ deux pintes d’humidité)
une once de vif argent dedans une eau qui paraissait claire comme de
l’eau de roche, lequel se transforma en vingt et quatre heures de temps
au froid en argent très fin de coupelle ; laquelle opération j’ai fait deux
fois de suite de mes propres mains, et nonobstant que j’étais alors
encore bien ignorant aux opérations chimiques, j’avais pourtant la
prévoyance, qu’après avoir vu le Mercure coagulé en cristaux
transparents, que je les pesais sur une balance, et après avoir aperçu
que ces cristaux pesaient bien trois ou quatre fois plus que le mercure
avait pesé avant, et qu’après la fonte il n’en sortait non plus d’argent
que l’argent vif avait pesé, j’ai pourtant encore pu connaître pour alors
autant, que la chose n’était pas sincère, sans en avoir pu donner
aucune raison fondamentale ; ce pourquoi je l’ai considéré comme un
trompeur, et n’ai pas voulu traiter avec lui : ayant pensé par après à
cette affaire, j’ai trouvé que cette eau gradante (comme il disait) n’a
été rien autre chose qu’une solution d’argent fin, et que le vif argent
en a attiré autant d’argent comme il était environ pesant, lequel est
envolé en fumée, avec les esprits de l’eau forte qui étaient coagulé
avec lui lorsqu’on l’a mis pour le fondre, et ainsi laisse l’argent dans
le creuset.

Le même avait aussi un secret, de priver le cuivre rouge de sa rougeur


et de le blanchir, lequel il estimait aussi beaucoup ; ce qu’il faisait
effectivement en jetant une poudre blanche sur le cuivre rougi au feu,
car le cuivre devenait blanc mais cassant, et le borax qu’il jeta dessus
en ressortait rougeâtre : mais puisque je remarquai qu’en jetant de
cette poudre sur le cuivre il se garda fort de la fumée qu’elle causa, je
n’ai pas voulu avoir à faire avec lui, jugeant dès ce temps que la
fumée était vénéneuse, comme elle l’est véritablement, puisque cette
dite poudre n’a été autre chose que de l’arsenic, comme j’ai
expérimenté assez par après en des opérations pareilles.

Après ceci il m’a fallu converser quelques années (par ordre de mon
patron) un certain vieux et vénérable Alchimiste Allemand, qui avait
beaucoup labouré et expérimenté à la Chimie, et qui croyait aussi de
posséder quantité de particuliers et des universels : mais hélas ! j’ai
trouvé qu’il a su fort peu de choses de la science métallique. Car au
commencement de sa conversation il me faisait travailler avec de
l’esprit de sel armoniac sur des atomes d’argent, lesquels il fallait tenir
longtemps en digestion sur un feu de lampe, lequel y devait grader
beaucoup d’or, mais, j’ai expérimenté que l’esprit de sel armoniac a
dissous avec le temps le cuivre, qui avait resté auprès de l’argent, et en
avait fait une solution bleue de couleur Saphir foncé, et qu’il avait
laissé l’argent sans être gradé aucunement.

Après cette belle opération m’a fait digérer longtemps de l’esprit de


sel sur des atomes d’argent fin, et ce dans des matras d’argent fin,
pour empêcher que les verres ne se cassent par le feu de lampe ; il
n’en est rien venu qu’une chaux d’argent fort fusible à cause des
esprits de sel qui y étaient concentrés, mais il ne s’y est pas trouvé de
l’or gradé dedans : il a décrié cette chaux d’argent être un Mercure de
Lune, et lui a attribué beaucoup de vertus, aussi bien pour les
transmutations particulières que pour les universelles, mais il ne s’est
rien trouvé à la réduction que de l’argent fin.

Celle-ci étant réussie comme auparavant, il m’a fait faire plusieurs


fulmens, auxquels il faisait ajouter les métaux en forme de poudre,
disant que les âmes des métaux passeraient par le moyen de ces
fulminations, et que d’icelles on pouvait fixer des teintures : je n’ai
trouvé par l’examen que des chaux des m étaux très fine qui étaient
passées.

Que de l’or tonnant on pouvait tirer l’âme par la même méthode, et


qu’alors on la devait fixer : mais vrai comme auparavant.

Que l’huile de vitriol digérée avec du tartre devrait produire une


teinture : mais vanité.

Que par le moyen de l’eau forte cohobée par-dessus des cheveux


d’hommes on pouvait procurer une teinture : mais ô teinture capable
d’étreindre la vie des hommes, et de les mettre à mort par la puanteur
épouvantable qui en sot !
Que de l’huile de soufre tout seul on pouvait fixer une teinture.

Que par le moyen du susdit Mercure de Lune prétendu joint aux


cendres d’étain et cimenté avec des raclures de cuivre, le cuivre se
devait changer en argent contenant beaucoup d’or : mais l’argent est la
plus par évanoui sans laisser aucune apparence de l’or.

J’ai fait de telles opérations par centaines, lesquelles n’étaient


qu’imaginaires, ni aucunement fondée sur des moindres fondements
de l’art métallique ; jusqu’à, qu’au bout d’environ seize ans, un amis
qui avait pitié de moi, et de mes labeurs infatigables, m’a présenté
cordialement le vrai Menstrue des Philosophes lequel j’ai accepté avec
joie, et avec un grand témoignage de gratitude.

Mais devant que je cesse à vous faire de mes opérations vaines, il faut
que je vous sois encore opportun avec la narration d’une opération ou
deux encore, lesquelles paraissaient extérieurement d’avoir quelque
apparence de fondement.
Une bonne eau royale distillée par-dessus de l’Antimoine prend avec
elle par l’alambic un Soufre très rouge qui devrait être une teinture
pour les métaux.

Une solution d’or précipitée par une solution d’argent faite par l’eau
forte, et le précipité étant dulcifié par l’eau commune devrait donner
une teinture par la digestion.

Le vif argent étant digéré avec de l’or potable (comme il l’appelle) le


vif argent se transmue effectivement en or très fin (comme il paraît)
mais je n’ai jamais gagné mais bien perdu de l’or à des telles
opérations : Il m’est arrivé entre autre, que j’avais fait une bonne
partie de ce dit or potable, lequel j’avais mis dans une bouteille de
porcelaine, sur laquelle j’avais appliqué un col long d’une fiole de
verre ; y ayant versé une bonne quantité de vif argent dedans, je l’ai
appliqué sur le feu libre, afin que (selon les ordres de Monseigneur. le
Philosophe) le vif argent, en montant et descendant souvent, se pu
fixer en quantité et avec bon profit : mais lorsque j’avais fait sublimer
le vif argent la première fois au Col de ma bouteille, il s’y refroidit, et
descendant en assez bonne quantité en bas sur l’or potable fondu et
rouge du feu, sur lequel il était, ma bouteille de porcelaine se cassa en
mille pièces d’étonnement, tellement que j’ai ainsi perdu ma bouteille
de porcelaine avec mon or potable et mon vif argent, non pas sans
grand péril de ma vie. L’auteur de cet or potable à fait publier par un
livre imprimé, qu’il allait faire la démonstration de cette transmutation
du vif argent en or publiquement à Amsterdam, et l’a fait aussi en la
présence de plusieurs personnes de considération et d’étude, qui
étaient venu pour ce sujet de Vienne en Autriche, de Frankfurt, de
Dresde en Saxe, de Leide, de la Haye, d’Amsterdam, et de Frise
lesquelles je pourrais bien nommer de nom et de surnom, puisque j’en
suis le témoin oculaire, et ai entendu les discours et les disputes que
ces Messieurs faisaient ensemble touchant cette transmutation du
mercure en Or, et puis dire en vérité qu’ils ne l’ont tous considéré
autrement, que pour une transmutation véritable de vif argent en Or, et
qu’ils l’ont accepté tous pour telle avec grande admiration et
applaudissement : pour ce qu’il me regarde, je l’ai aussi considéré
longtemps après pour telle, et en ai fait la démonstration depuis à
plusieurs personnes de condition, mais pour le présent, j’en ai un autre
sentiment nonobstant que c’est quelque chose de bien rare de voir l’or
joint au soufre par un sel Alcali.

Je cesserai ici à vous faire plus long discours de cette matière ; je vous
ai seulement voulu faire connaître combien que le monde courre
aveuglément à la chimie, combien il y en a qui passent pour des
braves Philosophes, et même des Professeurs des Universités, qui
n’ont pas la moindre connaissance de la transmutation des m étaux : et
combien il y en a qui se gâtent de fond en comble eux-mêmes et
quantité d’autres avec eux.

Je vous dirai à cette heure mon sentiment de quelle matière qu’il me


semble que la Pierre des Philosophes doit être fabriquée, et puis je
tacherai de vous confirmer mon sentiment par l’autorité de quantité de
très excellents auteurs.

Il est très vrai ce qu’il vous a plu de dire de la matière de la Pierre des
Philosophes ; je sais aussi fort bien, qu’elle a son origine du vif argent,
mais la plus grande difficulté que nous aurons, consistera en cela, de
quelle façon il faudra préparer ce vif argent pour le rendre propre et
capable d’effectuer tout ce qui en est dit et écrit.

Il m’est fort bien connu aussi qu’il faut que le Mercure soit lavé
plusieurs heures durant de ses saletés et de ses impuretés noires, qu’il
soit séché, amalgamé, distillé, sublimé et préparé d’une telle manière
qu’il puisse par une vertu aimantine attirer à lui les rayons du Soleil et
de la Lune, et qu’il les puisse rendre corporels devant qu’il puisse
mériter le vrai titre de la matière de la Pierre.

Je tiens donc pour certain et pour un fondement inébranlable, que la


matière de la Pierre, ou le menstrue des Philosophes ne peut être fait
hors le royaume minéral, ni particulièrement sans le vif argent, et
qu’icelui vif argent est la base seule, sur laquelle tous les ordres des
colonnes de toute la Nature, du règne minéral se reposent.
Nous parlerons en son temps, de quelle façon ce dut argent vif, peut
être réduit, par l’aide des deux autres Principes, savoir par le soufre et
par le sel, en un tel état, que la naissance glorieuse et incorruptible de
la Pierre des Philosophes en doive suivre par la seule circulation et
conversion de ses Quatre Eléments propres sans addition d’aucune
chose étrangère. Vous pourrez poursuivre si vous plaît avec
l’allégation des Auteurs, et moi je demeurerai cheminer avec
constance sur l’unique chemin que mon amis m’a enseigné, et sur
lequel j’ai trouvé conforme à la vérité tout ce que les Philosophes ont
écrit du maniement de la matière de la Pierre des Philosophes.
CHAPITRE V

Due c’est une seule chose de laquelle la Pierre des Sages se doit
faire, et éprouvé par les vrais auteurs. Des noms étranges desquels
la Pierre des Philosophes est nommée. Confirmation des auteurs,
que la Pierre des Philosophes est faite d’une seule matière, et
d’une seule manière et disposition. Que le Menstrue ou la matière
de la Pierre des Philosophes comprend en soi le nombre parfait de
Dix.

FRANÇOIS
Fort bien : j’entends bien autant, que vous n’avez pas été endormi en
votre temps non plus, et que vous n’avez pas épargné vos mains moins
que moi à les noircir en maniant les charbons ; que vous avez aussi
pris de la peine assez ; et que nous demeurons jusqu’à présent tout
doucement d’accord touchant la matière de laquelle la Pierre des
Anciens Sages doit être préparée : Tachons à cette heure de vérifier
avec une grande quantité d’auteurs irréprochables, ce que nous avons
soutenu, et éprouvons tout premier que ce ne doit être qu’Un SEUL
ETRE lequel contienne-le tout depuis le commencement jusqu’à la
fin.

Voyons ce qu’en dit :

HERMES TRIMEGISTE in TABULA SMARAGDINA :


Quod est superius est sicut id quod est inferius, et quod inferius sicut
id quod superius, ad considerandum miracula rei Unius : et sicut
omnes res fuerunt ex UNO meditatione UNIUS, sic omnes hæ res
creataæ sunt ex UNA jac re adaptatione. etc.

C’est à dire : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui
est en bas comme ce qui est en haut, pour considérer les merveilles
d’UNE chose, et comme toutes choses ont été d’UN par la médiation
d’UN, ainsi toutes ces choses sont créées de cette UNE chose par
approbation. etc.

ZENIOR ZADITH : in digressione autoris ad alia.


Sophismata sapientum dicunt : Res nostra est ex una re : non opinetur
aliquis quod sit ex una re, sed ex diversis quæ præparatæ factæ sunt
unum.

C’est à dire : Les devises provoyants des Sages disent : Notre affaire
est d’UNE chose : Qu’on ne pense pas qu’elle soit d’UNE chose, mais
des choses différentes, lesquelles préparées sont faites UNE chose.

Le même : Est unum quod non moritur quamdiu suerit Mundus, et


vivificat quodlibet mortuum, et manifestat colores occultos, et celat
manifestos.

C’est à dire : De l’opération de la Teinture : Il y a une chose qui ne


meure pas tant que le Monde dure, et qui vivifie toute chose morte,
qui rend les couleurs cachées manifestes, et les manifestes cachées.

BERNHARDUS
In re non variant autores, cum illa semper sit unica, sola, et eadem
materia et ejusdem semper naturæ, in qua nihil ingreditur quod non
sit extractum ab ea, et hoc quod ipsi proximum, et de sua natura est.

C’est à dire : Les auteurs ne varient pas dans la chose, vu qu’elle est
toujours UNE, seule et la même matière, et toujours d’une même
nature, dans laquelle il n’entre rien qu’il ne soit tiré d’elle, et ce qui lui
est le plus proche et de sa nature.

FRATER FERRARIUS
Lapis unus est, medicina una in qua totm magisterum consistit, cui
non additur res extranca aliqua, neque minuitur nisi quod in
præparatione superflua removentur.

C’est à dire : C’est une même Pierre, une même médecine dans
laquelle tout le magistère consiste, à laquelle on n’ajoute aucune chose
d’étrange, ni on n’en ôte rien, sinon qu’à la préparation d’icelle on ôte
les choses superflues.

Le même : Materia omnium generabilium et corruptibilium est UNA,


nec deversificatur nisi per formas.

C’est-à-dire : La matière de toutes choses qui naissent, et qui sont


sujettes à la corruptibilité, est UNE, et elle n’est pas diversifiée que
par les formes.

Le même ailleurs : Et una res totum est. C’est à dire une chose est le
tout.

BERNHARDUS
Per Calib fatis aperte patet in hac arte non esse nisi duas materias
spermaticas UNIUS, et ejusdem radicis, substantiæ et essentiæ,
scilicet Mercurialis, solius substanciæ viscosæ et siccæ, quæ nulli rei
jungitur in hoc Mundo nisi corporibus.

C’est-à-dire : Il paraît assez à découvert par Calib, qu’il n’y a dans cet
art que deux matières spermatiques d’une même racine, à savoir d’une
substance et d’une essence Mercurielle, qui est seule substance
visqueuse et sèche, laquelle ne se joint à aucune chose dans ce monde
qu’aux corps.

Le même : Opus nostrum ex unica radice, et ex duabus sustantiis


Mercurialibus, crudi, assumptis et ex minera tractis, puris et mundis,
igne conjunctis amicitiæ, ut exigit ipsa materia, assidue coctis, usque
dum ex duobus fiat UNUM, in quo quidem UNO corpus spiritus, et
iste corpus facta sunt a commixtione.
C’est-à-dire : Notre œuvre se fait d’une seule racine, et de deux
substances Mercurielles, crues, prises et tirées de la mine, jointes par
le feu d’amitié comme la matière le requière, qui sont continuellement
cuites, jusqu’à tant que de deux ils deviennent un, pourtant que dans
cette un le corps soit fait esprit, et l’esprit corps, par la commixition.

SENDIVOGIUS : in Dialogo.
Scito quod miji UNUS talis tantum est filius, UNUS ex septem est, et
primus est ; ipse quoque omnia est qui UNUS tantum crat ; nihil est,
et numerus ejus enteger est ; in illo sunt quatuor Elementa, qui tamen
non est elementumm ; Spiritus est qyi tamen corpus habet. etc.

C’est-à-dire : Sachez, que je n’ai qu’un tel fils, il est un des sept, et est
le premier, il est aussi tout, qui était seulement Un ; il est rien, et son
nombre est entier ; les quatre Eléments sont en lui qui n’est pourtant
pas un Elément ; il est esprit qui a pourtant un Corps. etc.

Le même : Scito etiam pro certo, quod hæc scientia non in fortuna,
neque casuali inventione, sed in reali scientia locata est, et non nisi
hæc UNICA materia est in Mundo, per quam et ex qua præparatur
lapis Philosophorum.
C’est-à-dire : Sachez aussi pour certain que cette science ne consiste
pas à la fortune, ni à une invention casuelle, mais qu’elle a son lieu
dans une science réelle, et il n’y à que cette matière Unique dans le
Monde par laquelle et de laquelle la Pierre des Philosophes est
préparée.

JOANNES DE PADOUA
Notre Eau, quand on la prépare, est appelée Une Eau éternelle
toujours durable et persistante, laquelle ne peut être tirée que d’Un
seul Rayon, qui est beau comme la lueur du soleil.

Le même : Puisque tous les métaux deviennent visiblement à être


transmués par cet artifice en vif argent, il est un signe agréable et
évident ; que tous les métaux ont été vif argent.

PETRUS BONUS
Exprese patet Solum Argentum vivum esse perfectium hujus operis,
fine alicujus sulphuris vel alterius rei commixtione.
C’est-à-dire : Il paraît expressément que le seul vif argent est le
perfectant de cette œuvre, sans la commixtion d’aucun soufre ou
d’aucune autre chose.
RASIS : in 70. præceptis
Le Mercure est la racine d’une chose, et c’est lui seul qu’il faut
préparer, et il sortira de lui une bonne teinture, une impression forte, et
la fortidude.

ALPHIDIUS
Toute l’œuvre des Sages et des Philosophes consiste dans le vif argent
seul, car ceux qui parvenaient à la science du vif argent, ne savaient
pas, que la perfection de tout leur œuvre était dans le vif argent,
duquel vif argent ils ignoraient auparavant lea substance.

GEBER
Si vous le pouvez parfaire par le vif argent seul, vous serez un
enquêteur d’une perfection très précieuse.

PETRUS BONUS
Le vif argent seul est la cause matérielle entière, et toute la substance
de la Pierre des Philosophes.

Le même : Il faut que nous progénions un Argent vif par quelque


artifice très secret et divin, de l’Argent vif seul, et ce par le moyen de
l’action d’un Soufre extérieur qui lui est mêlé de la nature.

Le même : Toute la perfection consiste dans le vif argent seul.

En voilà assez de l’Unité de la Matière de la Pierre des Philosophes :


je tacherai de vous rendre à cette heure certain que cette UNIQUE
MATIERE doit être une Eau Mercurielle. Voici l’autorité des auteurs
qui en sont d’accord avec moi.

BERNARDUS. en parle ainsi


Quand cette nature paraît sous la forme de l’eau, les Philosophes l’ont
appelé de l’Argent vif, de l’Eau permanente, du Plomb, du crachat de
Lune, de l’Etain : etc.

Le même : Il faut savoir que notre eau mercurielle est vive, et un feu
ardent, mortifiant et restringeant l’or plus que le feu commun : et voici
pourquoi, tant mieux qu’il est mêlé, frotté, et broyé avec lui, tant plus
le détruit il, et tant plus devient-il à être atténué par cette eau vive
ignée.

Ex Epistola EDUARDI KELLÆRI. Angli An. 1587


Tous les Philosophes concluent ensemble, que la Pierre n’est autre
chose que de l’Argent vif animé : mais si ce vif argent n’est animé, il
n’est pas de leur intention.

GEBER.in summa
Nous avons très exactement examiné tout à part, et ce avec des raisons
éprouvées : nous n’avons pu jamais trouver rien de permanent au feu,
que l’humidité visqueuse, la seule racine de tous les métaux, toutes les
autres humidités s’enfuient facilement du feu par l’évaporation et par
la séparation de l’un Elément de l’autre, comme l’eau se fait par le
feu, dont l’une partie s’en va en fumée, l’autre en eau, l’autre en terre
demeurant au fond du vase ; ainsi en tous les autres : parce que ceux
qui ne sont pas bien unis en l’homogénéation se consume au moindre
feu, et se séparent de leur composition naturelle. Mais l’humidité
visqueuse, savoir le Mercure, ne se consume jamais en lui, ni se
sépare de sa Terre, ni d’aucun autre de ses Eléments ; car ou ils
demeurent tous, ou ils s’en vont tous ensemble, afin qu’il ne périsse
rien de leur poids.

ARNOLDUS DE VILLA NOVA


Que toute votre étude ne soit autre qu’à digérer et cuire la substance
Mercurielle, et elle rendra les corps, (lesquels ne sont autre chose
qu’une substance Mercurielle cuite) dignes selon leur dignité.

MORIENUS & AROS


Notre soufre, disent-ils, n’est pas un soufre vulgaire, mais un soufre
fixe et point volatile, de la nature du Mercure et non pas d’aucune
autre chose. Nous suivons très exactement la nature, laquelle n’a pas
d’autre matière dans ses mines dans laquelle elle fasse son opération
qu’une pure forme Mercurielle, comme il paraît aussi par des très bons
raisonnements, autorités et par l’expérience : Il y a du soufre fixe et
incombustible dans ce Mercure, qui parfait notre œuvre sans aucune
autre substance qu’une pure substance Mercurielle.
AROS & CALIB
Le Feu (disent-ils) et le Mercure vous suffisent en tout notre œuvre, au
milieu et à la fin, mais il n’en est pas ainsi au commencement : parce
que ce n’est pas notre Mercure, ce qui est très facile à entendre.

SENDIVOGIUS : in Dialogo
La première matière des métaux est de deux sortes, mais l’une ne crée
pas le métal sans l’autre : La Première et la principale est l’humidité
de l’air mêlée de la chaleur, celle-ci les Philosophes l’ont appelé
Mercure, lequel est gouverné des rayons du soleil et de la Lune dans la
Mer des Philosophes : la seconde est la chaleur sèche de la Terre
laquelle ils ont appelé soufre.

Le même. Au traité 7ème.


Les Quatre Eléments sont dégoutter, à la première opération de la
Nature, par l’Archée de la Nature, au centre de la Terre une vapeur
d’eau pesante, laquelle est appelée Mercure à cause de sa fluxibilité.

Le même. Au même traité.


Nous ne disons pas que le Mercure des Philosophes est quelque chose
de commun, et qu’il est nommé ouvertement, mais la matière de
laquelle les Philosophes font leur soufre et leur Mercure : vu que le
Mercure des Philosophes ne se trouve pas de soi sur la terre, mais il
est produit par l’art du soufre et du Mercure joins ensemble : il ne
vient pas au jour, car il est nu mais il est merveilleusement enveloppé
de la Nature.

Le même. Au même traité.


Le soufre et le Mercure sont la mine de notre Argent vif (conjoint
pourtant) le quel Argent vif à le pouvoir de dissoudre les métaux, de
les occire, et de les vivifier, laquelle puissance il a reçu du soufre aigre
de sa propre nature.

Le même : Le Mercure vulgaire ne dissout pas l’Or ni l’Argent, qu’il


ne se sépare plus arrière d’eux, mais notre Argent vif dissout l’Or et
l’Argent, et n’est pas séparé deux en éternité comme l’eau mêlée avec
de l’eau.
Le même : Nous disons que le vif argent est la Première matière de
cette œuvre, et il n’est véritablement autre chose : tout ce qu’on lui
ajoute a son origine de lui.

Le même : Je vous jure saintement que le soufre est le plus parfait


dans l’Or et dans l’Argent, mais qu’il est le plus facile dans le
Mercure.

Le même : Préparer le vif argent et le soufre, et donnez le verre.

Le même : Saturne : Les Philosophes n’ont rien fait sans le vif argent,
au royaume duquel le soufre est déjà roi, et moi je ne sais rien faire
autrement aussi.

Le même : Si vous ne sublimerez le soufre du soufre et le mercure du


mercure, vous n’avez pas trouvé l’eau, qui est la quintessence laquelle
se crée et distille du soufre et du Mercure : il ne montera pas qui n’a
pas descendu.

JOHANES DE PADOUA
Notre Pierre se tire du mercure, lequel est nécessaire pour notre
œuvre, qui est un corps, âme et esprit, mais lequel provient et se fait
d’un corps irréductible, parfait et très pur.

Le même : Notre soufre et mercure sont la première matière.

Le même : Notre eau résolvante, le mercure vif, est le serpent


vénéneux dans lequel notre roi se dissout et se mortifie.

Le même : La rivière qui court et passe au travers du jardin du


Paradis, et qui se divise par après en quatre rivières capitales pour
arroser l’arbre de vie, laquelle est notre racine, n’est autre chose que
notre Eau Mercurielle, dans laquelle il y a beaucoup d’or qui est
précieux, entendez notre racine, qui est environnée de l’or fin Indien.

Le même : La rivière capitale, et la première Eau divisée appelée


Pison, est en comparaison notre Eau Mercurielle, car elle est la
première rivière de laquelle les autres eaux et rivières se divisent,
entendez les Eléments.

Le même : Puisque tous les métaux se changent par artifice


visiblement en Argent vif, c’est un signe plaisant et certain que tous
les métaux ont été de l’Argent vif.

EXPOSITOR IN LUMINE LUMINUM


Il ne se faut pas confier au Mercure sublimé, mais à celui qui est
calciné après la sublimation : parce que lorsque le Mercure des
Philosophes blanc est sublimé il est de son naturel volatil ; mais quand
il est coagulé de sa pressure, il se laisse calciner, fixer, et retenir, et
cette pressure est l’Or des Philosophes, et leur clef.

LUCAS : in Turba Philosophorum


Prenez l’Argent vif qui est sorti du mâle, et le congeler selon la
coutume.

PETRUS BONUS
La Nature fait la génération des corps de tous les métaux de l’Argent
vif et du soufre.

Le même : Rien ne demeure attaché aux métaux que le soufre et le vif


argent, et ce qui est d’eux, puisqu’ils sont d’un même naturel.

GEBER : De Procreatione Veneris


Vous devez vous étudier en tous vos ouvrages de vaincre l’Argent vif
en la mixtion.

Le même : La considération de la chose qui parfait à la fin, est la


considération du choix d’une pure substance de l’Argent vif, et c’est le
moyen, qui a pris son origine de la matière et elle est faite d’elle.

Le même : Le Dieu le bénit, le glorieux et le très haut soit loué, qui l’a
créé, à savoir l’Argent vif, et qui lui a donné une substance et des
propriétés de substance, lesquelles il n’est pas permis à aucune des
choses dans la Nature, qu’elle puisse être trouvée en elles.
Le même : C’est ce même Argent vif qui surmonte le feu, et n’est pas
surmonté d’icelui, mais se repose amiablement en lui, étant volontiers
avec lui.

MORIENUS
Si la fumée blanche n’était pas, l’Or pur de la chimie ne se pourrait
jamais faire.

PETRUS BONUS
Le soufre rouge, lumineux, et caché dans l’argent vif, puisqu’il est les
formes de l’Or, il teint et transforme toute sorte de métaux en Or.

Le même : Il est à remarquer que les Philosophes ont attribué : Le


Plomb à Saturne : L’Etain à Jupiter : le Fer à Mars : l’Or au Soleil : le
cuivre à Vénus : l’Argent à la Lune : mais qu’ils n’ont attribué aucun
métal au Mercure, vu qu’il ne se trouve d’autres métaux, que lesdits,
qui sont six en nombre : à savoir qui sont parvenus jusqu’à la
coagulation, joint la liquéfaction et l’extension. Et c’est pourquoi que
les Philosophes sont retournés à la propre matière, de laquelle les
métaux ont pris leur origine, puisque la matière même est leur
substance, et ils ont tous dit, que c’était l’Argent vif, qu’ils ont
attribué au Mercure : de sorte qu’étant contraint de la vérité même, ils
ont mis la matière des métaux du nombre des métaux pour emplir le
nombre d’iceux selon le nombre des Planètes.

Le même : Si l’Or se doit faire des Eléments, il faut nécessairement


qu’il passe par des dissolutions ordonnées : savoir qu’il s’en fasse une
Eau Visqueuse enceinte d’une Terre soufreuse très subtile, qui soit de
l’Argent vif, mais qu’après cela moyennant la mixtion et l’action du
soufre extérieur, il se fasse dans icelui (vif argent) de l’Or, ou quelque
autre métal, qui devienne de l’Or par après.

Le même : La première Matière, la proche et la plus proche, et


l’univoque de tous les métaux c’est l’Argent vif, non pas comme il est
en sa nature, mais comme il est coagulé de son propre agent es
minéraux de la terre, à savoir du soufre fusible, comme du soufre
même, c’est donc la Matière.
Le même : Ceux donc qui travaillent en autre chose, qu’en l’argent vif
avec le soufre, comme la Nature l’a apprise, ils travaillent en vain.

Le même : Le fruit de l’homme provient du sperme comme de la


cause efficiente, et du menstrue comme de la Matière. Delà même
manière disons-nous aussi, que l’Or et la Pierre des Philosophes
provient assurément du soufre comme de la cause efficiente, et de
l’Argent vif comme de la Matière.

Le même : Puisque l’Or est donc engendré, nourri, parfait, et accompli


de la Nature, du vif argent seul digéré de son soufre extérieur, et à la
fin dépouillé d’icelui : La Pierre des Philosophes doit donc être
engendrée, nourrie, parfaite et accomplie des même que l’Or, et non
pas des choses étranges.

Le même : Celui qui a désir de suivre la Nature par l’Art chymique, il


n’emploiera pas son labeur à l’Argent vif seul, savoir à l’Argent vif
vulgaire, ni au soufre seul, savoir le soufre commun, ni avec aucunes
autres choses entre mêlées, mais ni à ceux de la Nature, ni même à
l’Argent vif et soufre joins ensemble, ce qui semble peut être
admirable : mais en celui dans lequel ils sont joints de la Nature,
puisque la Nature les a préparée pour l’art comme une servante. Mais
la Nature les joint dès les commencements de la génération, comme
elle joint le beurre, le fromage et le petit lait dans le lait, lesquels elle
digère par après et les sépare d’ensemble, et les met en séquestre : de
même fait l’Art.

VREDERYK
Mon bien aimé François, vous nous faites presque les matines trop
longues, en récitant tant d’Auteurs qui ont écrit de la Matière de la
Pierre des Philosophes.

FRANÇOIS
Mon très cher, il est nécessaire que je le fasse, à cause que la plupart
des gens, des savants aussi bien que des ignorants, n’ont pas
seulement de la peine de croire qu’elle soit dans la Nature, mais nient
même absolument son être, et puisque nous n’avons pas d’autre
intention que de produire des choses conformes à la vérité et à
l’expérience, c’est donc le fait des gens de bien et d’honneur, de ne se
point tacher de menteries mais de vérifier leurs paroles par l’autorité
des auteurs et savants, et qui sont estimé tels de tous ceux qui ont de la
vertu et de la connaissance.

VREDERYK
Vous avez raison, et vous en avez cité assez pour faire croire à toutes
personnes raisonnables, qu’il faut que la Matière de la Pierre soit
procurée hors des métaux, dans les métaux, avec les métaux, et par les
métaux, et particulièrement par l’Argent vif : et qu’il faut qu’il soit
réduit à un Etre Unique, appelé d’Hésiode, d’Ovide et d’autres Chaos
: vous savez aussi qu’elle est nommée de plusieurs noms : de
quelques-uns uns Fontina et Aqua glacialis lucida : par d’autres Aqua
viscosa : Menstrum Philosophicum : Aqua unctuosa : Aqua manus
non madesaciens : Superius et Inferius : Azoth et Groene Leew : Aqua
Pontica : Mercurii spiritus, Aqua Cælica : Miraculum miraculorum :
Wit Leliensap : Lunæ water ou Argentum vivum : Acetum acerrimum :
Lac virginis : Sapo sapientum : Unfer Wurtzel : Spiritus vitæ, et avec
une infinité d’autres noms, mais que les Philosophes n’ont pourtant
entendu par-là qu’Une et même matière, et qu’un même maniement ;
tellement que l’Art de l’Alchimie n’est pas seulement une au regard
de la Matière, mais en toute façon ; en sorte que toutes les choses, qui
sont requises en cet art, se réduisent toujours à Une chose, comme à
son genre général, lequel ne n’accepte aucune diversité : Et une
marque certaine se cette Unité et celle-ci, est, que tous les savants en
cet art s’entre entendent toujours, encore qu’ils s’entre parlent d’une
manière fort étrange, tout de même comme s’ils parlaient d’une même
langue, et d’un même langage qui n’est connu qu’a eux seuls, ce qu’il
ne pourrait être si l’art était divers et diversifié en plusieurs, aussi bien
touchant la Matière qu’au regard de la manière de l’opération et du
maniement : c’est pourquoi que dit.

LILIUM
Tout le magistère se termine, par un chemin, par une chose, par une
disposition, par une action, ou par une façon d’agir.

ALPHIDIUS
Vous n’avez besoin qu’une chose, à savoir l’Eau, et d’une façon
d’agir, qui est de cuire, et il n’y a qu’un vase, pour faire le Blanc et le
Rouge tout ensemble.

MORIENUS
Encore que les Sages changeraient leurs noms et dictons, ils ont
pourtant voulu entendre Une même chose, et Une disposition, et Un
chemin, et celui qui aura cherché une autre Pierre pour ce Magistère, il
sera comparé à un homme qui tache de monter un escalier sans degrés.

YESMUDRUS
Tous les noms sont vrais, ils sont pourtant contrefaits à cause qu’ils
sont Une chose, et Une opinion et Un chemin.

HERCULES REX SAPIENS


Ce Magistère procède d’Une seule première racine, et s ‘étend par
après en plusieurs choses, et retourne derechef en Un.

MORIENUS
Cette chose ou cette Matière, aussi bien pour la Teinture Blanche que
pour la Rouge, n’est qu’une, et une disposition, et un chemin, et un
vase, et un terme et une fin, et une manière d’opérer, et toutes choses
sont une mais qui est apprise de plusieurs et quasi d’une infinité de
manières.

Le même : Toutes les couleurs se changent en une disposition, mais


tant plus que le feu change ses couleurs, tant plus de noms lui
donnent-ils.

FRANÇOIS
Très abondamment : et s’il y a quelqu’un qui pourrait souhaiter d’en
savoir davantage, il pourra prendre la peine de regarder les auteurs que
je viens d’alléguer, il y trouvera un satisfaction entière : mais il
semble qu’une chose doit être avertie ici, à savoir : que nous
n’entendons pas simplement ici par la Première Matière la semence
astrale, ou la semence spirituelle et incorporelle des métaux, mais le
sperme corporel d’iceux, dedans lequel la semence spirituelle est
attirée par la vertu aimantine, et dans lequel il est devenu, par le Nitre
spirituel de l’air, à une huile grisâtre et épaisse, laquelle paraît le jour
à la chaleur du soleil comme une huile d’olive, et la nuit comme une
eau congelée luisante de tous cotés comme un argent poli, et qui pour
cette raison est appelée, avec justice, Aqua glacialis lucida, qui est à
dire : de l’Eau glacée luisante.

VREDERYK
Vous faites bien de donner ici cet avertissement, car notre discours ne
tend pas ici à cette Première Matière, de laquelle le Grand Dieu à fait
l’effusion de son sein au Soleil du Ciel au commencement lorsqu’il a
créé la Lumière, de laquelle tous les mixtes, par le moyen de l’Air et
de l’Eau, reçoivent leur naturel végétant et vivant dans la Terre ; mais
nous entendons ici une telle Matière, laquelle, quand elle naît,
provient et paraît en forme et façon d’une Eau épaisse, de la couleur
d’un Calcédoine ou d’une nuée chargée de pluie laquelle contient :

Premièrement : La Première Matière des métaux, ou leur semence


astrale.

Secondement : Les Deux qualités Contraires : L’Humide et le Sec.

Tiercement : Les Trois Principes : le Soufre, le Mercure et le Sel.

Et en quatrième lieu : les Quatre Eléments : le Feu, l’Air, l’Eau et la


Terre, selon le poids de la Nature, et le nombre parfait de dix ; et tout
cela dans Une Eau métallique faite par la Nature.
CHAPITRE VI

Interprétation des noms étranges que les Anciens Sages ont donné
à la Pierre des Philosophes. Expérience de l’auteur touchant le
Lion vert. La raison pourquoi tant de sortes de noms sont donné à
la Pierre des Philosophes.

FRANÇOIS
C‘est ainsi comme vous dites : mais devant que nous finissions ce
chapitre, nous tacherons de parler encore un peu plus clairement de
cette Première matière, de nous divertir encore un peu dans l’Unité, et
de faire une interprétation, autant succincte que faire se peut, des
noms que les auteurs, que vous vous étiez donné la peine d’alléguer,
qui ont possédé la Pierre des Philosophes, ont donné à leur Première
Matière, afin que vous puissiez juger si j’en discoure avec bon
fondement, et afin que tous ceux, qui sont amateurs de cette science,
se puissent garder de tous les imposteurs et trompeurs, et qu’ils
puissent croire constamment avec nous, qu’il n’y peut pas avoir
d’autre Matière dans le Monde, de laquelle l’Or et la Pierre des
Philosophes peuvent être préparés, que celle dont nous discourons
présentement.

Cette Matière est appelée Chaos de Hésiode, d’Ovide et d’autres qui


les suivent, et ce avec des raisons bien profondes : car comme on
entend par le Chaos une matière crue, confuse et liée en une seule
matière, de laquelle tous les mixtes ont eu leur être naturel. Ainsi est
aussi cette matière au Règne minéral un Chaos, ou une matière crue,
confuse et liée en une seule matière, de laquelle l’Or et la Pierre des
Philosophes ont leur origine, les autres métaux devenant par accident
du Plomb, de l’Etain, du Fer, du Cuivre et de l’Argent, et en cas qu’on
pourrait dire qu’une matière palpable peut être sans couleur, on
pourrait appeler cette matière ou Chaos des Philosophes telle, n’ayant
quasi aucune couleur, contenant pourtant en elle caché toutes les
couleurs capitales, comme la Noire, la Blanche, la jaune, la verte, la
bleue, la rouge et la Pourpre, qui se découvrent successivement par
une et même opération, et dans un et même vase, c’est pourquoi que
les Anciens l’ont dit être de la couleur de la peau d’un Loup, ou d’un
Lion.

Cette matière est aussi appelée Chaos, à cause, qu’encore qu’elle soit
faite naturellement hors des métaux, dans les métaux, avec les métaux
et par les métaux, par les influences célestes, sans aucune addition des
mains, du Feu, de l’Eau, ni de la Terre, il ne s’y peut voir ni on n’en
peut retirer jamais aucun corps métallique.

Elle est appelée de Bernard Comte Trévisan, Fontina : puisqu’elle est


une vraie Fontaine de vie, et comme toutes les choses créées, et même
les trois autres Eléments ne peuvent être ni subsister sans l’Eau : Ainsi
de même est celle-ci une Fontaine de vie pour les trois Royaumes, le
végétable, Animal et Minéral, puisqu’il se prépare dans icelle une Eau
de vie, à savoir une Teinture Universelle pour tout ce qu’il végète et
pour tout ce qui a vie.

Aqua Glacialis Lucida : à cause qu’elle paraît à la fraîcheur de la nuit


comme une glace luisante, principalement en hiver, lorsqu’elle paraît
telle de jour aussi bien que de nuit.

Aqua Viscosa : à cause qu’elle paraît en toute façon comme une glu,
et qu’elle s’attache aux métaux comme une glu s’attache aux bois et
aux autres matières qui sont en affinité avec elle.

Menstruum Philosophicum : à cause que, comme le sang menstruel


donne la nourriture et l’entretien au fœtus jusqu’à sa perfection entière
: qu’ainsi ce menstrue rend aussi son enfant, duquel il est enceinte,
participant de son sang et de sa vertu végétante jusqu’à
l’accomplissement de sa perfection.

Aqua unctuosa : à cause qu’elle n’a pas seulement quelquefois


l’aspect extérieur d’un onguent, mais comme un onguent est appliqué
sur les plaies pour les soulager et pour les guérir ; qu’ainsi de même
cette onguent vient à guérir les métaux malades, ladres, imparfaits et
blessés par le mercure soufreux imparfait, et les produit même jusqu’à
la perfection de l’Or, à laquelle la Nature les a prédestinée.
Elle est appelée de SENDIVOGIUS :
Aqua Pontica et manus non madesaciens : à cause qu’elle ne peut pas
être préparée sans le sel commun de la Mer, ni sans le vitriol, lesquels
sont cachés dans la Mer, nonobstant qu’il faille qu’ils soient lavés et
clarifiés de toutes leurs impuretés par l’ascension et par la descension.
Elle ne mouille pas les mains devant son imprégnation astrale : elle ne
mouille pas les mains lorsqu’elle paraît, par l’opération de la Nature
seule, (sans application aucune de l’Art ou de la main) comme une
gomme de sandarac, de genièvre, de prune ou de cerise attachée au
côté du verre, comme je le garde encore par curiosité chez moi. Elle
ne mouille pas les mains, lorsque l’Elément de l’eau en est séparé
pour la plus grande partie, suaviter et mago cum ingenio (comme dit
Hermès) c’est-à-dire : doucement et avec grand esprit ; et que la
matière est devenue pondéreuse et pesante comme du vif argent.

HERMES TRIMEGISTE l’appelle :


Superius et inferieus, à cause que les semences astrales d’en haut sont
conçues du sperme métallique d’en bas, et qu’ils sont devenus
ensemble une matière métallique fertile, dont le père est le Soleil, et la
mère la Lune, (selon le dit Hermès) ce que j’entend, de cette façon :
dont le père est le Soleil ou le Feu astral, et la Mère, les trois Eléments
d’en bas, l’Air, l’Eau, et la Terre, qui sont au commencement cachés
et invisibles dans le ventre de l’Eau.

PARACELSE lui donne le nom d’Azoth et de Lion vert. Azoth est à


dire une matière purifiante ; et qu’est ce qu’il y a qui purifie davantage
les métaux que notre Matière ? vu qu’elle les fait retourner dans le
ventre de leur mère, et qu’elle les aide, premièrement par la
Putréfaction, de passer par la couleur Noire, et puis après par des
degrés, par la couleur Blanche, et par la Rouge, jusqu’à la perfection
de la teinture, et ce par des Solutions et des Coagulations itératives.

Touchant le Lion Vert : je n’en puis pas juger autrement, sinon qu’il
faut que Paracelse ait préparé cette teinture par l’addition de Vénus,
puisque la couleur Verte se montre fort peu lorsqu’on procède avec le
menstrue tout seul ; et seulement parmi les couleurs de l’arc en ciel, et
ce qui confirme mon opinion, est un expériment que j’en ai pris ; et
vous, mon très cher, qu’est ce qu’il vous en semble ?

VREDERYK
Sans vous interrompre à vos interprétations, je vous raconterai en peu
de paroles ce qui m’en est arrivé touchant ce sujet ; j’avais dessein de
préparer la Médecine de deux façons différentes : L’une par le
Menstrue seul, l’autre par l’addition de quelques métaux et
principalement par l’addition de Vénus, de laquelle ,’avais bien ajouté
une once toute entière au menstrue : Le premier est passé par les
degrés différent des couleurs capitales, savoir par la couleur Noire, par
la Blanche jusqu’à la rouge, mais touchant l’autre il a toujours paru
quelque verdure auprès de la couleur Noire aussi bien qu’après de la
Blanche et la Rouge, et elle s’y montre encore telle, nonobstant que
toute la matière paraisse d’une couleur Ronge enfoncé, lorsqu’elle est
réduite à l’Elément de la Terre, et cette couleur verte parait plus
particulièrement lorsque l’on fait descendre la rosée du ciel sur icelle,
mais dès lors que l’Elément de Feu recommence à prédominer, toute
la matière redevient aussitôt d’une couleur rouge enfoncé comme est
celle du sang de bœuf ; j’ai contribué tout ce que j’ai pu pour tacher de
séparer la couleur verte de la matière, pour voir ainsi s’il ne serait pas
possible d’en séparer quelqu’autre chose de matériel que ladite poudre
rouge, laquelle se laissait toujours rejoindre à notre feu humide d’une
couleur rouge, mais qui ne se laisserait pas fondre d’une couleur verte
dans l’élément de l’Eau, mais il m’a été jusqu’à présent impossible
d’en produire autre chose que je viens de dire ; ce qui me semble être
une marque infaillible, que la Vénus, aussi bien que les autres métaux,
sont parvenus jusqu’à une matière d’une seule couleur, laquelle les
Philosophes appelle Aurum et Argentum nostrum, c’est-à-dire : notre
Or et notre Argent et de laquelle il ne se peut retirer aucun corps
métallique.

Cette opération m’a encore découvert une chose assez digne de


remarque ; qui est, que lorsque j’avais réduit toute ma verdure jusqu’à
environ la quantité d’une petite cuillère, et que j’avais mis la matière
corporelle ou terrestre auprès de la matière rouge, que cette liqueur
verte est tellement concentrée, qu’elle est bien capable de teindre cinq
à six pot d’eau de pluie ou de fontaine, si on la versait dedans.
FRANÇOIS
Vous avez fort sagement institué cette expériment, quand même il
servirait que pour donner de l’assurance à ceux qui ne peuvent pas
croire que les métaux peuvent être réduits à leur première matière : et
pour vous confesser naïvement la vérité, j’ai été aussi bien incrédule
que tous les autre ignorants, jusqu’à tant que j’ai expérimenté, qu’il
reste bien une couleur verte fort longtemps, mais que je n’en ai jamais
pu retirer un corps qu’il s’est laissé redissoudre d’une couleur verte.

Il me semble aussi, qu’il paraît par cette opération véritable, ce que


SENDIVOGIUS vient à dire de la destruction des métaux :

Qui ita scit destruere metalla ut per amplius non sint matalla, ille ad
maximum pervenit arcanum.

C’est-à-dire : Celui qui sait détruire ainsi les métaux qu’ils ne soient
plus des métaux, il est parvenu au plus haut des secrets.

Et PARACELSE : Facilius est metalla construere quam destruere.

Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire.

BASILE VALENTIN : Appelle notre matière. Mercurii Spiritus : à


cause qu’il n’y a rien à faire dans notre œuvre sans l’Esprit du
Mercure ou du vif argent, puisque c’est lui qui tue et revivifie, et que
c’est icelui qui parfait l’ouvrage tout entier depuis le commencement
jusqu’à la fin, et que sans lui notre art est vain. (Entendez l’esprit du
vif argent des Philosophes et non pas l’esprit du Mercure vulgaire.)

RAYMUNDUS LULLIUS l’appelle : Aqua coelica : et ce avec des


raison fort fondamentales ; par ce que l’impression, qui est faite dans
cette Eau, pour produire un fruit céleste, est descendue du Ciel, sans
laquelle ce fruit ne pourrait jamais être produit.

NORTON ANGLUS appelle cette matière Miraculum miraculorum :


vu qu’il ne se peut faire par aucune chose du monde des plus grandes
merveilles que par celle-ci : car il ne se peut pas quasi faire de plus
grande merveille, que lorsqu’une chose spirituelle, impalpable,
incompréhensible et invisible vient descendre du Ciel, et loger dans un
corps qui est composé des quatre éléments et qui parvient, par la Sage
conduite d’un Artiste, jusqu’à un être qui est capable de perfectionner
non seulement les métaux imparfaits, mais de les transformer même
jusqu’à un être céleste.
Le PETIT PAYSAN l’appelle : Le suc des Lys Blanches : sans doute
à cause que cette matière est tirée des sels minéraux et métalliques qui
sont blancs comme le Lys.

De la TOURBE des SAGES elle est nommée Aqua Lunae ; qui est à
dire l’Eau de la Lune, ou bien Argentum vivum : à cause que la Lune
est prise pour la mère de l’humidité, et que cette matière est un Argent
vif, lequel rend les métaux, qui sont morts, participants de la vie.

D’autre l’appellent Acetum acerrium, Lac Virginis, Sapo Sapientum :


qui est à dire : Le vinaigre très aigre ; Le lait de la vierge ; Le Savon
des Sages, et lui donnent une infinité d’autres noms, lesquels sont très
faciles à entendre pour ceux qui entendent l’art, mais les ignorant qui
s’arrêtent aux lettres et aux paroles n’y voient goutte ;

C’est pourquoi LILIUM dit : Nostri Lapidis tot sunt nomina quot res,
vel rerum notabilia.
C’est-à-dire : Notre Pierre a tant de noms qu’il y a des choses, des
choses notables.

ROSINUS
Philisophi millibus millium legionum nomium ipsum nuncupararunt,
und homines eo errare secerunt.

C’est-à-dire : Les Philosophes ont nommé la Pierre des Philosophes de


beaucoup de millions de légions de noms, dont ils ont fait égarer les
hommes à la chercher.

Ceci soit assez dit de la matière de la Pierre des Philosophes, des noms
d’icelle, et aussi de l’Unité, et ce pour les entendus dans cet art :
touchant les ignorants, il en est déjà dit trop pour eux, puisqu’ils ne
peuvent ou ne veulent comprendre ce qui en est dit, vu qu’ils haïssent
plutôt les arts, et les sciences qu’ils ne les aiment selon le proverbe :
Ars non habet osorem nisi ignorantem. C’est-à-dire : Il n’y a que les
ignorants qui haïssent les arts.

VREDERYK
Il en est véritablement ainsi : et j’ai de la peine de m’abstenir à vous
en réciter une rencontre ou deux que j’ai eu entre autre touchant ce
propos.

Lorsque j’étais en France j’avais l’honneur d’accompagner plusieurs


personnes de condition pour aider à faire un accord très curieux de
violes chez une matrone bien noble qui touchait la Basse continue, ou
il se trouvait entre autre une grande Dame, à laquelle étant demandé
son jugement de cette belle harmonie, qui était fort approuvée de tous
les circonstants, elle vient à répondre qu’elle aimait mieux d’entendre
une vielle avec une musette aux assemblées des villageois que
d’écouter une musique avec tant de patience.

Un autre osa soutenir qu’il n’y avait pas plus belle musique au monde
à son goût que le son d’un tambour.

Hélas ! il y a tant de cette sorte de gens dans le monde, qu’il ne vaut


pas la peine de nous amuser à en citer davantage d’exemples.

FRANÇOIS
Vous avez raison, il vaut mieux que nous poursuivions notre discours
en considérant le Nombre de Deux lequel les Anciens ont appelé :
Primium Unitatis germen et prima procratio. C’est-à-dire : Le premier
germe ou surgeon de l’Unité, et la première procréation.

VREDERYK
Fort bien : nous finirons donc ce PREMIER LIVRE et le PREMIER
DEGRE de L’ESCALIER DES SAGES : et invoquerons l’Unité
Eternelle du plus intérieur de nos âmes avec Dix soupirs appropriés à
l’Unité Divine, en disant :

O Unique Dieu !
O Unité Simple !
O Eternité unique !
O Sapience unique !
O Principe unique de tous les être !
O Unique Lumière incréée !
O Toute Puissance Unique !
O Unique Bonté infinie !
O Unique Créateur du Monde !
O Père Unique de tous les être créés !

Par votre Divinité Unique faites nous connaître notre humanité !

Par votre Unité simple, notre multitude !

Par votre Eternité Unique, notre temporalité et notre corruptibilité.


Par votre Sapience Unique, notre ignorance et notre stupidité.

Par votre Principe Unique de toutes choses, notre nullité et la néantise


de toutes les choses créées.

Par votre unique Lumière incréée, les ténèbres et les obscurités de


toutes choses.

Par votre unique Toute puissance notre débilité et fragilité.

Par votre Bonté infinie et unique, notre perversité et notre malignité.


Faites nous comprendre que vous êtes l’Unique créateur du Grand
Univers et que nous sommes vos créatures viles et abjectes. Et que
vous êtes le Père unique de toutes les choses créées, et que nous
sommes vos enfants pauvres et misérables que vous avez créés et fais
pour faire votre volonté divine, pour apprendre à vous connaître par la
connaissance de vos créatures, pour vous adorer, pour vous louer,
pour vous honorer, pour vous remercier, et pour vous servir, ici bas
temporellement tant qu’il plaira à votre bonté paternelle de laisser nos
âmes alliées à nos esprits et à nos corps, et puis après éternellement,
quand ce sera votre volonté divine de les délier d’ensemble, et puis de
les réunir, et finalement de les enlever en votre gloire éternelle :
Veuillez nous Seigneur rendre pour cette fin capables, afin que nous
puissions jouir éternellement de votre aspect Divin !
Ainsi-soit-il.
LIVRE SECOND

DU NOMBRE DEUX, DES DEUX QUALITES CONTRAIRES


EN GENERAL
ET DES QUALITES CONTRAIRES DANS LA MATIERE DE
LA PIERRE DES PHILOSOPHES.

LE SECOND ET TROISIEME DEGRES


CHAPITRE I

De la séparation de la Lumière d’avec les Ténèbres. Que le Soleil est


l’agent et les Ténèbres le patient général. Comment la Première
Matière a pris son Origine de la Lumière. Que la génération se fait
d’une manière aimable, et non pas par des voies contraires. Que la
Première Matière de la Pierre est engendrée fort doucement. Qu’il faut
que toutes les opérations chimiques se fassent sans violence. Plusieurs
démonstrations de cela.

FRANÇOIS
Vous savez, Mon très cher, qu’au commencement de la Création la
lumière est séparée par le Saint Esprit de Dieu ; Que ce grand Dieu a
concentré toute la lumière, qui était invisiblement étendue dans le
Chaos, à un seul être qui est le Centre de ce grand tout, à savoir le
Soleil, et qu’il a depuis chassé les Ténèbres comme ses ennemis à
l’entour de lui à la circonférence, et que la Lumière concentrée (savoir
le Soleil) est devenu, dès ce temps là, l’Agent, et les Ténèbres le
Patient général. Que la Lumière a reçu la Forme et les Ténèbres la
Matière universelle. La Lumière les qualités de la chaleur et de la
sécheresse, et les Ténèbres celles de l’humidité et de la froidure.
L’une l’office du Mâle et l’autre de la femelle.

C’est de la Lumière, que la Première Matière et les Eléments, qui en


sont sortis, ont leur première forme, et qu’ils ont fait un amour et une
amitié fort étroite par ensemble par cette Nature générale de la
lumière, comme par une alliance ; et qu’ils se sont unis si fermement
ensemble, qu’ils croissent et végètent en toutes sortes de corps
composés, et ce selon et à proportion du naturel et de la propriété d’un
chacun : car chaque créature en particulier a caché en soi une étincelle
de la Lumière universelle, dont les rayons communiquent
invisiblement une vertu mouvante à leur semence quand ils sont
animés à cela par les rayons de la grande lumière : de sorte qu’il est à
croire, que la génération ne se fait pas par aucune contrariété, mais par
une amitié et par une sympathie naturelle, vu que la Nature est partout
paisible et débonnaire dans ses opérations, et même dans les actions
de la génération comme chatouillante, et lorsque les Eléments des
créatures viennent ensemble qu’alors elles se dissolvent quasi
entièrement en des voluptés, afin qu’elles puissent croître ensemble
par les embrassements étroits, et que de plusieurs elles deviennent à
une : et quand il se découvre aucune contrariété, que cela arrive par
une trop grande extension des qualités, quand elles viennent
s’assembler ensemble en un sujet.

VREDERIC
Je trouve que vos spéculations sont fort bien fondées, car il est certain,
que la génération se fait partout par un amour naturel, et par une vertu
aimantine, et qui est attirante, et non pas par la moindre haine ou par
la moindre contrariété du monde, ce que je vous démontrerai très
palpablement par notre œuvre de Philosophie, car lorsque je viens
offrir mes trois Principes bien alliés ensemble, à Jupiter, qui est fort
étroitement uni avec son fils Mercure, et ce amiablement, dignement,
et ingénieusement sur l’autel de Vulcain, il arrive que Jupiter et son
fils Mercure deviennent tellement épris d’amour sur l’offrande, et puis
l’offrande redevient si charmée de ces Dieux, que les uns et les autres
étant devenus d’accord par ensemble attirent les rayons très fertiles du
soleil et de la lune, d’une telle altération, et d’une telle avidité à eux
qu’en étant imprégnés et rassasiés entièrement, ils deviennent
capables de produire des fruits Solaires et Lunaires comme leur père
et mère ; et c’est ainsi que notre première Matière n’est seulement
engendrée amiablement, mais aussi attirée par une manière aimantine,
et imprégnée des rayons du soleil, qui sont spirituellement sèches et
chaudes, et de la Lune, qui sont humides et froides.

Toutes nos autres opérations chymiques se font aussi de même : car la


solution de tous les corps se fait fort doucement dans notre œuvre, et
avec grand esprit, sans aucun bruit, ni par violence aucune, aussi bien
celle des métaux que de tous les corps selon le dire de Trimégiste :
Suaviter et magno cum ingenio, sine strepitu.

La Coagulation, la Fermentation, la Sublimation, la Calcination, la


Conjonction, la Séparation, la Putréfaction et toutes les autres
opérations se font de même, fort doucement par une inclinaison
naturelle et aimantine des particules pour l’un l’autre, et non pas par
force, vu que de tout ce qui se fait par force, on ne peut jamais assurer
qu’aucune multiplication en est à espérer, et les particules ne peuvent
être dites contraires les unes aux autres, qu’à cause de leurs opérations
violentes, lesquelles se découvrent lorsque les qualités différentes
deviennent à être concentrée et conjointes ensemble comme par
exemple :

Un esprit de vin qui est bien subtil ne se laisse aucunement unir à la


liqueur des cailloux, ou à l’huile de sel de tartre, ni avec aucun alcali
concentré, nonobstant que l’esprit de vin susdit aussi bien que l’huile
de sel de tartre soient provenus tous deux d’une seule liqueur, qui est
le vin ; encore que cette union se refasse fort facilement par l’addition
d’une eau tirante sur aigre, et soit par le vin, soit par le vinaigre, ce qui
est un moyen de réunir les deux extrémités, et les raisons pourquoi
cela se fait ainsi, sont les suivantes, à savoir, que le sel alcali et l’esprit
de vin viennent à s’étendre bien loin tous deux dans le corps de l’eau
ou du phlegme, et ainsi se peut rejoindre cet esprit subtil à ce corps
grossier, particulièrement quand on a rajouté sa proportion de vinaigre
à l’eau, lequel soit capable d’altérer le sel de tartre d’autant que la
composition redevienne comme le tartre a été dans le vin devant la
séparation de son esprit, de son phlegme et de son sel, et que les
extrémités se puissent rembrasser et réunir ensemble comme la nature
avait joint les principes du vin durant sa croissance, et pendant sa
fermentation.

Les huiles vous serviront d’un autre exemple, car les huiles des
végétaux se laissent fort difficilement joindre aux acidités
concentrées, lesquelles s’étendront plutôt comme un éclair dans l’air,
qu’elles s’uniront radicalement avec les acides concentrés, mais
lorsqu’on dissout ces dites huiles par les lessives des sels alcali, et
qu’on étend les acides concentrés dans l’eau de pluie et qu’on les
verse alors ensemble, ils s’entre acceptent fort volontiers, et il en
redevient une liqueur à peu près telle qu’était celle dans laquelle les
huiles étaient étendues dedans les végétaux avant la séparation d’iceux
: ce qui ne peut être fait autrement, puisque les huiles susdites étant un
Soufre très subtil des végétaux, quand elles sont jointes aux esprits
très subtils, et concentrés des sels, qui sont deux grandissimes
extrémités, il se fait un combat si grand, qu’il ne céderait guère aux
effets de la poudre à canon.

C’est ainsi, mon très cher, que vous pouvez voir, que tout ce qui doit
devenir de durée et parfait, qu’il faut que cela se fasse entre les limites
de l’amour, et de la sympathie, et nullement par des voies violentes, ni
par des tels moyens qui soient contraires les uns aux autres, et que
lorsqu’on parle des qualités contraires, qu’elles ne peuvent pas
véritablement être contraires, que lorsqu’elles sont rendues fort
subtiles, exaltées ou concentrées, et qu’il ne se trouve des qualités
tellement contraires, qu’elles ne puissent être unies par des moyens
propres à cela.

Prenez un autre exemple au Salpêtre. Le Salpêtre est un sel qui est


d’une composition fort tempérée, mais lorsqu’on le divise selon l’art,
et qu’on en sépare l’esprit et son sel fixe, on trouvera qu’ils se font
extrêmement contraires, et que l’esprit du Salpêtre étant subitement
joint au sel fixe qu’il se fera un combat si grand de ces deux qu’ils
pousseront tout arrière d’eux d’une très grande violence : Mais si on
les étend doucement dans l’eau, et qu’on les reverse ensemble jusqu’à
tant qu’il ne se fasse plus aucune ébullition, après avoir évaporé
l’humidité jusqu’à une pellicule, il se recoagulera à la froidure un
salpêtre tout de même comme était celui, duquel était fait l’esprit et le
sel fixe susdit.

L’Esprit d’urine et l’acidité vous donneront un autre exemple. Si vous


croyez joindre un esprit d’urine soufré à une acidité concentrée, vous
verrez un combat si furieux de ces deux et qui produira un effet si
prodigieux, qu’il ne cédera en rien à l’éclair ni au tonnerre, ni même
aux tremblements de terre : Mais étant gouverné d’un artiste Sage ces
deux grandissimes extrémités peuvent être réduites à une humidité et à
un sel fort pénétrant et salutaire.

Considérez l’or tonnant, dont peu de grains font autant de bruit que
plusieurs livres de la poudre à canon.

L’Or tonnant se fait ainsi : Dissolvez de l’Or, autant qu’il vous plaît,
avec de l’Eau Royale, précipitez le par un esprit d’urine, dulcifiez bien
le précipité avec de l’eau commune, séchez le avec prudence, afin
qu’il ne vous arrive malheur en le séchant, puisqu’il se fond, étant sec,
comme la cire, et qu’en fondant ainsi, il fait en même temps son
opération.

La raison pourquoi une si petite portion de cet Or tonnant peut


produire un si grand effet, c’est que l’or étant dissout dans l’eau
royale, et puis précipité par l’esprit d’urine, prend avec soi, et
concentre en son corps autant d’esprit de nitre et autant de l’esprit
d’urine qu’il a besoin pour pouvoir produire un si grand effort, car
ayant corporifié ces deux esprits contraires en soi, il leur laisse faire
les grands effets, quand l’or tonnant est mis dans une cuillère, sur un
petit charbon de feu, puisqu’il se fond fort facilement, et qu’alors les
esprits contraires s’unissant, il faut que l’or les quitte, et qu’ils
s’exposent à leur combat spirituel corporifié, qui est infiniment plus
grand que les esprits seuls, ou les corps seuls ne peuvent produire.

Voyez, mon ami, de quelle façon il nous semble que les qualités
contraires doivent être considérées selon notre expérience, et comment
toutes choses prennent leur commencement, et comment elles ont
leurs progrès et leur fin toujours par amour, par tempérance et par
sympathie et jamais par force ni par violence.

Voyez combien sagement notre grand Dieu a ordonné toutes choses en


ce grand tout, comment tout croît et fleurit où l’amour gouverne, et
comment tout petit, anéantit, et se résout dans ses principes là où les
qualités contraires accroissent et surmontent, comme je vous en
pourrais réciter une infinité d’expériences, si je ne craignais de vous
ennuyer trop par un si long discours, j’ai pourtant de la peine à
m’empêcher de vous faire récit de quelques expériences, qui serviront
bien à notre propos touchant le traitement que j’ai donné à mon Œuf
des Philosophes pour autant que le bon Dieu m’en a donné
connaissance.
CHAPITRE II

De l’oeuf des Philosophes en comparaison des œufs des animaux.


De quelle façon on doit ménager sa langue et sa plume en traitant
du haut secret des Anciens. Enigme Philosophique. Explication de
la susdite Enigme.

FRANÇOIS
Votre discours ne m’ennuierait pas, quand il durerait bien plus
longtemps, à cause que les choses que vous récitez sont toutes des
expériences qui vous sont passées par les mains, et je vous assure
qu’aucune histoire de tout le monde ne me pourra être plus agréable à
entendre que celle que vous nous promettez de l’œuf des Philosophes
qui fait tant de bruit dans le monde, et de laquelle j’ai entendu et lu
une grande quantité d’auteurs, et particulièrement (vu que nous
traitons ici des qualité contraires et de l’amour) quelle concordance
elle puisse avoir avec le couvement des Œufs des oiseaux.

VREDERIC
Fort bien : Je vous ferai naïvement participant de ce qu’il m’est passé
par les mains touchant cette affaire, de quelle façon l’amour y a opéré
jusqu’à présent, et combien de malheurs me sont survenus, lorsque les
qualités contraires ont commencé à dominer par ma négligence ; mais
devant que de nous avançons jusqu’à là, vous me ferez plaisir de me
raconter ce que savez du couvement des Œufs des animaux, afin que
nous puissions considérer de quelle façon l’une manière accorde
l’autre.

FRANÇOIS
Très volontiers : mais puisqu’il me souvient d’une histoire, sur le
propos des Qualités contraires in gradu intenso, laquelle est
admirable, et rapportée de J. Struis dans son voyage des Indes
Orientale, vous ne prendrez pas de mauvaise par, si vous plaît, que je
la raconte auparavant que d’entamer la matière de la génération des
Animaux.
Il dit que le 13ème de juillet de l’an de grâce 1671, il s’éleva à
Scamachi en Perse un Orage si terrible d’éclair et de tonnerre, que
l’air était rempli de tous les côtés d’un feu bleuâtre, duquel il tombait
quelquefois des masses bien grandes dégoutantes comme du soufre
fondu. Je voyais entre autres (dit-il) tomber en bas une masse de feu,
laquelle descendant jusqu’à sur la terre, se creva d’une si grande
violence, qu’il sembla que le ciel et la terre en tremblèrent. J’ai (dit-il)
quelquefois entendu décharger les canons des Turcs sur les châteaux
près des Dardanelles étant chargés de boulets, lesquels donnaient des
très grands coups, à cause de leurs grandeurs dont ces canons sont
réputés ; mais ces coups n’étaient non plus à ce coup sus mentionné
qu’un coup de clef, dont les enfants se servent en jouant, est à raison
d’un coup de canon. J’en ai vu descendre (dit-il) en dégoûtant jusqu’à
six, de la grosseur d’une futaille, qui me causait une frayeur
inexprimable.

J’ai lu plusieurs histoires semblables à celle-là, et qui arrivent bien


souvent dans l’Arabie stérile, lesquelles rendraient notre discours trop
long pour les raconter ici : Je veux seulement dire par cette histoire
qu’il semble qu’il en arrive de même généralement dans les Eléments
comme il vous plaît de dire de vos Eléments particuliers.

VREDERIC
Assurément ; car ce ne sont que des esprits ou des vapeurs nitreuses,
Soufreuses et subtiles, lesquelles étant conçues d’une matière mince et
visqueuse, et concentrées de la lumière du Soleil, deviennent à être
fort subitement allumé dedans l’air intempéré de chaleur et
d’humidité, et c’est ainsi qu’il s’en produit des effets si effroyables :
Mais ceci en passant.

Je vous supplie de poursuivre à cette heure votre discours de la


génération des Animaux qui se fait par le couvement des Œufs,
laquelle prend son commencement d’une manière douce, amiable, et
agréable à la nature, afin que je puisse tacher de rapporter une même
façon de procéder qui se fait dans l’œuvre des Philosophes, et que
nous en puissions confirmer la vérité de ce qu’en disent les anciens
Philosophes, autant qu’il nous est possible.
FRANÇOIS
Je suis prêt à vous obéir : Touchant la génération des Animaux, vous
savez que les illustres Harvéjus, Malpigius, Swammerdan, Kerchring,
Parisanus, Fabricius et d’autres savants en ont écrit merveilleusement
bien, et que les savants sont la plupart d’accord, que toutes sortes
d’Animaux ne sont pas seulement conçus au commencement dans les
œufs, et qu’ils sont couvés en iceux jusqu’à leur maturité parfaite,
mais que même la semence féminine, depuis son commencement
matériel, est formée en rondeur ou d’une figure ovale dedans leurs
testicules, devant qu’elle soit projetée par l’action vénérienne ; et qu’il
se trouve aux testicules susdites des Œufs de différentes grandeurs,
desquels il y en a, qui sont prêt et propres à recevoir et concevoir la
semence masculine, et d’autres qui ne sont pas encore propres à cette
conception. Que les Œufs les plus parfaits sont attirés de la matrice,
durant l’action vénérienne, par les conduits à cette fin destinés du
Grand Architecte de l’Univers et que ces œufs étant là touché de la
semence masculine, en deviennent fertiles.

Pour ce qu’il me regarde, je puis dire que je suis bien d’accord avec
eux jusqu’à là, et pour en dire mon sentiment au delà : je ne puis
m’empêcher de dire, qu’il me semble, (je parle ici de la génération des
hommes) que la semence de l’homme étant jetée assez loin dedans la
matrice de la femme, qu’elle y puisse ou toucher les Œufs de la
femme, ou bien que l’esprit de cette semence puisse pénétrer jusqu’à
ces dits Œufs : que ces Œufs en deviennent imprégnés, et quasi entés
pour provenir à la motion de la production du fruit humain ; car
cependant que la motion ou action vénérienne se fait du sexe Masculin
et Féminin, il me semble que la matrice de la femme se doit ouvrir par
le doux et agréable attouchement de l’homme, et que l’homme devient
à projeter son sperme (vulgairement dit la semence) ému par le
chatouillement de la femme, de sorte que tous deux étant d’un
grandissime contentement d’accord, l’un pour donner sa semence et
l’autre pour la recevoir, la conception se fait du genre humain, et que
la matrice de la femme étant satisfaite qu’elle se ferme, et après avoir
retenu le sperme viril son temps, pour donner son esprit aux œufs de la
femme, qu’elle requière la corporalité dudit sperme, qui n’a servi que
pour véhicule de son esprit, et que dès lors elle se referme si bien et si
étroitement, qu’il est impossible de la rouvrir sans qu’il n’arrive un
très grand dommage et un empêchement irréparable à la production
parfaite de son fruit.

Ainsi se fait la conjonction de la semence virile avec celle de la


femme par amour et avec grand plaisir, et ainsi s’unissent les principes
des Animaux, non pas par les moyens violents et rudes, mais par des
voies douces et agréables.

C’est de la sorte que la Forme et la matière, l’Agent et le patient, le


chaud et le Froid, le Sec et l’Humide s’unissent naturellement selon
leur juste poids et mesure.

C’est de cette manière que les étincelles des spermes masculins et


féminins qui sont conjointes ensemble dans leur matrice ou terre,
parviennent végétante et croissantes moyennant la chaleur vivifiante
de la mère, qui la reçoit de la vive chaleur du soleil, laquelle le soleil
emprunte continuellement et inépuisablement de la vertu divine,
jusqu’à tant que les principes visibles en commence à paraître.

La première chose visible de ce grand œuvre de Dieu à la génération,


est une eau fort transparente, claire, luisante et quasi sans aucune
couleur, dans laquelle on ne peut voir autre chose distinctement non
plus que dedans de l’eau de pluie distillée il ne se voit que de l’eau,
étant environnée d’une pellicule si tendre au commencement, qu’elle
ne peut presque être touchée sans qu’elle se crève, et que son humidité
n’en coule dehors.

La seconde chose visible est une petite macule d’une couleur grise ou
blanchâtre, laquelle vient à s’étendre par la vertu plastique, qui est
cachée dedans cette eau luisante, comme un esprit dedans son corps ;
et ce en quelques cercles ronds de la forme comme une prunelle de
l’œil d’un homme, un petit point blanchâtre demeurant au milieu pour
le centre, lequel vient à s’évanouir en peu de temps, et un petit point
noir se montre à sa place, lequel se change en une couleur luisante,
laquelle darde d’elle peu à peu quantité de petits rayons rouges à la
circonférence, et la change aussi avec le temps en un cercle rouge,
mais devant que ces rayons rouges peuvent être découverts de la vue
commune, on découvre par le microscope que ce point susdit rouge et
luisant est mouvant, remuant et comme travaillant comme le cœur
d’un animal.

Ce principe visible coloré, ou bien ce centre Animal est la seconde


machine de l’esprit animal, laquelle est nageante, croissante et se
nourrissante dedans cette première matière ou Eau limpide, et se
multipliant dans icelle an qualité et en quantité, jusqu’à, que son âme
végétante ayant attirée l’âme animale à son temps, il ait reçu tant de
nutriment de cette même eau limpide, (laquelle s’augmente toujours,
la créature accroissant à proportion selon qu’elle en à besoin) l’animal
imparfait soit cru à une telle perfection, qu’il devienne à jouir de l’air
libre, et d’être d’une telle vigueur qu’il puisse prendre, attirer à soi,
digérer et consommer du lait de sa mère et d’autre nourriture
convenable à sa nature jusqu’au temps de sa grandeur parfaite, et
d’une telle vigueur, puissance et capacité, qu’il puisse engendrer
ensuite d’autres ses semblables, et s’enrichir ainsi infiniment de
postérité.

Voilà, mon très cher, en peu de paroles avec combien de subtilité,


tendresse, et amiabilité que la génération des animaux se fait, combien
qu’elle est admirable, et qu’il ne s’y rencontre aucune contrariété.

VREDERIC
C’est assez parlé de la génération des animaux, ceux qui en voudront
savoir davantage ils n’ont qu’à prendre la peine d’en lire les auteurs
susdits : pour moi, j’en ai aussi lu in Actis Philosophicis Societatis
Regiae Anglicanae, in Bartholimo, in Miscelleneis Medico Physicis
Academiae Naturae curiosorum Germanorum, in Hervejo, Malpigio
et autres, mais je n’ai nulle part pu voir assez clairement, comment
que la génération de l’enfant des Philosophes est à comparer et quelle
ressemblance qu’elle peut avoir à la génération de celle des animaux.

FRANÇOIS
Il est vrai que ces Messieurs découvrent plusieurs choses qui sont très
belles, très relevées, très utiles, et qui ont été inconnues jusqu’à
présent, et que tous les amateurs des arts, des sciences et de la vérité
leurs en sont redevables, mais ils font fort peu mention du haut secret
des anciens Sages, c’est aussi sans doute qu’ils ont leurs raisons pour
cela, puisque les vrais Philosophes donnent des advertances fort
sérieuses qu’on doit ménager si bien sa langue, et sa plume, qu’on ne
vienne jamais à profaner une affaire d’une telle importance et se
charger ainsi par-là et de l’ire de Dieu, et de leur indignation.

VREDERIC
Vous parlez fort bien : j’en ai lu les advertances des Philosophes, et
suis aussi bien persuadé de quel horrible péché que celui se charge qui
découvre ce haut secret des Sages à un indigne, mais parce que les
vrais Philosophes recommandent avec beaucoup d’instances, que les
amateurs de la science doivent sérieusement et constamment lire et
relire leurs écrits, et qu’ils y trouveront à la fin la vérité de leurs
paroles, il me semble, (sous votre correction) qu’une personne,
croyant d’être arrivé sur le vrai chemin, (après une très grande fatigue
d’avoir lu quantité d’auteurs, d’avoir mis soi-même la main à la
charrue, et après avoir fait grandes dépenses) ne fera pas mal, comme
ils ont fait de même, de faire connaître secrètement et à couvert à ceux
qui se connaissent à cette science, en quelle matière il semble qu’on
doit employer sa peine et son labeur, et quelles mauvaises rencontres
qu’on y a eu, et d’avertir ainsi tous les gens de bien et d’honneur avec
des raisons fondamentales et par des expériences dommageables et
douloureuses, qu’il n’y a rien de bon à attendre des Royaumes
végétable et Animal, mais que tout est espérer du Royaume Minéral et
particulièrement des métaux, comme on en a déjà bien vu des choses
qui sont entièrement conformes aux écrits des Anciens Sages, lesquels
il est raisonnable que l’âme croie puisque les yeux les ont vus et que
les mains les ont touchés.

Je vous prie aussi de croire, que mon intention n’est nullement de


vouloir faire à croire, que mon intention n’est nullement de vouloir
faire à croire, comme si je possédais cette haute science, point du tout,
car je confesse rondement de n’en être pas le possesseur, et d’être
indigne d’un si grand trésor.

Ce n’est pas non plus la moindre de mes pensées de tacher d’attirer


l’un ou l’autre pour tenir correspondance avec lui, ou pour présenter
mon secret pour ci ou pour ça, comme font les charlatans et les
trompeurs, bien loin de là, puisque j’estime ma liberté trop précieuse,
et que cette œuvre veut être gouvernée avec une très grande prudence
et longanimité, vu qu’il suit le cours de la Nature laquelle ne veut ni
peut être hâtée ni pressée : mais il me semble qu’il est permis, et que
c’est le devoir d’un homme de bien et d’honneur, et qui fait profession
d’être un amateur des sciences et des vérités, de donner connaissance
à ceux qui sont de son calibre, que l’on ne prend rien plus à cœur que
la recherche de la connaissance de Dieu et de sa Nature, et qu’il n’est
pas répugnant à la volonté de Dieu, ni contre l’intention des
Philosophes que la lumière soit séparée des ténèbres, et la vérité des
mensonges, et ce par des expériences, que l’on en à fait selon la petite
capacité de son esprit et selon le temps que notre vocation nous l’a
permis, car les choses que nous récitons ici nous sont ainsi simplement
passé par les mains, notre intention n’étant autre, que de donner des
advertances et des avis salutaires à tous ceux qui nous voudront
écouter, et qui nous voudront croire, pour tacher de les persuader à
quitter leurs soins et labeurs inutiles, et de cesser de se nourrir des
espérances vaines ; et qu’au contraire ceux qui ne voudront pas ajouter
de foi à nos paroles, qu’ils puissent persévérer à poursuivre leurs
vanités et sottises.

Ecoutez à cette heure les choses qui me sont arrivées durant le


traitement et l’entretien de mon œuf ou aimant des Philosophes, et si
le cours de la Nature et le régime du couvement de Cet œuf est
aucunement semblable à ce que vous venez de dire de la génération
des animaux.

FRANÇOIS
J’écoute, et désire de vous que vous ayez la bonté de me le
communiquer d’une manière le plus simple qu’il se puisse faire.

VREDERIC
Je le ferai ; mais il faut que vous sachiez, que les vrais Philosophes, et
ceux à qui on se peut fier le plus, ont tous écrits forts simplement, et
que les entendus l’entendent comme les savants aux lettres savent l’A.
B. C. mais que les ignorants en jugent à proportion de leurs
connaissances, et qu’ils n’y voient ordinairement goutte, encore qu’ils
soient bien doctes aux autres sciences, vu qu’ils ne comprennent pas
les termes Philosophiques, ni les allégories des anciens Philosophes ;
vous m’entendez pourtant fort bien.

J’ai préparé un bain pour une Vierge si belle et si blanche, que le


grand Dieu Jupiter même en était amoureux, et nonobstant qu’elle ne
cédait en blancheur ni en beauté à la Déesse Diane même, j’ai
pourtant lavé son corps si bien, en le flattant et caressant fort
longtemps, qu’il a encore quitté tant de noirceur, que le bain en est
devenu si sale et si impur, qu’il m’a fallu changer le bain plus de vingt
fois, devant que j’ai pu obtenir son corps si net, que le bain en pouvait
demeurer pur et clair, parce que la saleté, qui se lavait chaque fois de
son corps, rendait l’eau si trouble, comme si l’on y avait mêlé de la
boue permis.

Cette vierge étant lavée en plus net, je l’ai mis sur un lit d’honneur, et
l’ai fait accoupler par le prêtre à un jeune homme très beau et blanc
comme neige ; Ces deux personnages, nonobstant qu’ils étaient fort
proche parent ensemble, se sont tellement amourachés de l’un l’autre,
qu’ils se sont incontinent unis si étroitement ensemble, comme si
s’avaient été le Dieu Mars et la Déesse Vénus même, de sorte
qu’après l’invocation du Dieu Apollon et de la Déesse Diane, ils ont
été bénits d’une semence très désirable et très admirable. Cette
semence a été quittée et jointe par si grand feu d’amour, que la mère
n’était pas capable de l’enfermer dans sa matrice, pour la conserver et
la nourrir jusqu’au terme prédestiné : il était aussi prédit à ces deux
jeunes amoureux par un devin, qu’ils ne quitteraient qu’une fois leur
semence ; que toutes les forces de tous deux, pour la génération,
passeraient toutes ensemble d’un seul coup dans cette semence ; que
la mère ne serait pas capable de nourrir ce fruit, et qu’il devrait être
nourri et élevé d’une manière fort étrange, non pas par l’artifice ni par
l’aide de la mère, parce qu’elle était sa propre mère, non plus par celui
du père, parce qu’elle était son propre père, ni par l’aide d’aucun
autre, que par celui d’un sage artiste et d’un naturaliste très
expérimenté, puisque cette semence contiendrait en elle les vertus du
soleil et de la Lune, de l’Homme et de la Femme, de l’Humide et de
Sec, du Chaud et du Froid, de la Forme et de la Matière, du Ciel et de
la Terre, de la Lumière et des Ténèbres, de la génération et de la
Corruption, de la vie et de la Mort, du soufre, du Mercure et du Sel ; et
que cette même semence deviendrait à être exaltée et élevée jusqu’à la
perfection d’un fruit céleste ; que pour cette fin ses parents seraient
fort en peine pour trouver un tel artiste et nourrisseur, et qu’ils en
trouveraient à la fin un par la très Sage conduite de Jupiter, auquel ils
le donneraient entre les mains, qu’ils le lui recommanderaient au plus
haut degré, et le feraient baptiser du nom de Hermaphrodite.

Entendez-vous bien ce que je vous viens de dire par Allégorie, ou bien


vous plaît il que je vous en donne plus d’éclaircissement.

FRANÇOIS
Pour moi j’entends fort bien tout ce qu’il vous plaît de proférer, mais
il me semble qu’il est bien obscur pour beaucoup de personnes, ce
pourquoi il ne serait pas mauvais, à mon avis, que vous élucidassiez
les mots obscurs un peu d’avantage, puisque ceux qui ne sont pas
expert dedans cet art n’y pourront rien comprendre aussi bien, et qu’à
ceux qui s’y entendent, on le leurs souhaite de tout cœur.

VREDERIC
J’en suis content, et le dirai donc encore plus clairement. Vous
entendez, si vous plaît, par la vierge si belle et blanche que ce sont les
métaux Mercuriels, desquels on lave la noirceur dans le bain. Par le lit
d’honneur vous prendrez l’écusson fabrique de Vulcain, et que les
plus grands honneurs, sont souvent acquis par des actions martiales.
Par le jeune homme blanc comme neige vous entendez l’esprit
Mercuriel Métallique. Le Prêtre signifie le père de ce jeune homme et
cette vierge qui sont frère et sœur. L’invocation du Dieu Apollon et de
la Déesse Diane : vous donnera à connaître l’attraction aimantine des
rayons du Soleil et de la Lune.

La semence est le Menstrue des Philosophes, qui est nommé d’une


infinité de noms par les Philosophes, comme nous avons dit ci-devant.

Le reste, me semble, qu’il est assez clair pour les entendus, et pour les
ignorants il en est déjà dit trop.

FRANÇOIS
Certainement : mais de quelle façon ferez vous venir cette œuvre en
comparaison à la génération des animaux ?

VREDERIC
Fort bien, mon ami : Ce qui est dit jusqu’à présent, n’est proféré que
de la composition ou conjonction de la semence masculine avec la
féminine : Qu’est ce qu’il vous en semble ?

FRANÇOIS
Il me semble que c’est tout de même.

VREDERIC
Ce qu’il vous plaît de rapporter de cette eau qui est luisante ou limpide
devant qu’on y puisse apercevoir aucune autre chose visible : nous
l’appelons le Menstrue des Philosophes, lequel est d’un aspect et
d’une couleur si semblable à la votre comme une eau de pluie est
semblable à l’autre, et dans celui-ci est aussi caché et étendu l’enfant
des Philosophes tout entier en vertu.
Quand vous parlez d’une macule grise blanchâtre, vous entendez que
notre matière devient aussi au commencement de la Putréfaction
d’une même couleur, laquelle se change peu à peu, par la chaleur
d’une poule couvante, en une couleur noire, comme il vous a plu de
dire de votre macule grisâtre qui se change de la même manière en
une couleur noire.

Vous dites que la noirceur se change tout doucement en rougeur et


qu’ils s’étendent peu à peu quantité des rayons rouges de ce centre
rouge à la circonférence et que la dite circonférence devient rouge
aussi, cela arrive de la même manière en notre matière quand on la
traite suaviter, c’est-à-dire fort doucement, car toute la noirceur
devient alors rouge.

Et comme le Sang de l’animal s’augmente de plus en plus, jusqu’à que


son corps vienne à couvrir ombrer et environner son centre et ses
rayons rouges, en façon d’une substance blanchâtre, tellement que la
rougeur ne peut être plus vue, mais qu’il ne paraisse plus rien qu’un
corps blanc et diaphane à l’entour : ainsi veoid ou de même à la
génération de l’enfant des Philosophes, car la première couleur rouge
devient à s’évanouir tout doucement, et à être environnée d’un corps
diaphane et blanc comme du lait, qui est si semblable au lait des
animaux, qu’il est quasi impossible de l’en distinguer, laquelle
contient cachée en elle tout aussi bien la couleur rouge, que le corps
diaphane blanc de l’animal : selon le dire des Philosophes.

Sub Albedine latet Rubedo

Touchant la nourriture de laquelle les animaux jouissent ensuite,


lorsqu’ils sont émancipés des œufs ou du ventre de leur mère, comme
font le lait et les autres nutriments, qui se changent, par la circulation
et par la séparation, en chyle, et delà en sang, pour faire croître et
agrandir le corps de l’animal en qualité et en quantité ; il s’en fait de
même en l’œuvre des Philosophes, qui est aussi nourri de son propre
lait, qui s’augmente toujours par la circulation et par la séparation des
ses propres Eléments sans addition d’aucune chose étrangère ; et ce
même lait change bientôt après en chyle et le chyle en sang, qui est
une couleur ou teinture rouge par laquelle l’enfant des Philosophes se
peut augmenter aussi en qualité et en quantité.

FRANÇOIS
Est-il possible ? mais il faut que je le croie puisque votre narration est
fondée sur vos propres expériences. Mais mon très cher ami, je vous
supplie de ne pas oublier de nous dire, ce de quoi il vous a plu de faire
mention autrefois, à savoir des mauvaises et malheureuses rencontres,
qui vous sont arrivées, lorsque vous avez cru de faire avancer votre
œuvre avec trop d’impatience, et que vous avez pensé de pousser vos
opérations avec trop de violence, sans les gouverner bien doucement
et par longanimité, quelles ont été les causes de vos malheurs, et de
quelle façon vous avez redressé vos fautes quand vous avez trop irrité
les qualités contraires les unes contre les autres, soit par votre
négligence, soit par votre imprudence.
CHAPITRE III

Du régime de l’œuvre des Philosophes. Des expériences nuisantes


pour s’avoir trop hâté. Que la couleur rouge de la matière des
Philosophes est cachée sous la blanche, comme la couleur rouge
sang sous la blanche du chyle. Qu’on ne peut pas facilement faillir
en l’œuvre des Philosophes. La cause pourquoi le vase vient
quelquefois à rompre. Le moyen d’empêcher que le vase ne se
casse. Qu’on ne doit entreprendre rien à la chymie sans qu’on
sache auparavant ce qu’il en doit arriver.

VREDERIC
Je ne manquerai pas à vous les raconter. Les vrais Philosophes (aussi
bien Hermès Trimégiste que tous les autres) disent unanimement, qu’il
faut nécessairement donner au commencement une petite chaleur à
l’œuvre des Philosophes, car le dit Hermès commande bien exprès
dans sa Table d’Emeraude ou Smaragdine, qu’il faut séparer la terre
arrière du feu, le subtil du gros, doucement et avec grand esprit par ces
paroles : Separabis Terram ab Igne, Subtile a spisso, suaviter et
magno cum ingenio. C’est à dire : Vous séparerez la Terre du Feu, le
subtil arrière du grossier, et ce doucement et avec grand esprit.
D’autres disent : qu’il faut donner au commencement à la matière un
feu de poule couvante.

D’autres l’appellent un ouvrage de Patience.

D’autres disent : Omnis sestinatio a Diabolo est. Et ainsi des autres.

Pour ce qui me regarde. J’ai expérimenté la même chose, par une


grandissime perte de peine et de labeur, car lorsque j’avais exposé
mon sperme Philosophique quelque temps à la putréfaction, croyant
de procéder, (selon le dire de tous les Philosophes,) et de produire la
matière, jusqu’à la couleur Noire, qui est la Première, le temps d’un
ouvrage, qu’il fallait manier avec une si grandissime patience,
commença à m’ennuyer ; croyant donc, selon mon jugement, de faire
avancer la putréfaction, en augmentant un peu la chaleur du feu
extérieur et intérieur, j’ai expérimenté, à mon grand regret, que mon
vase est crevé, et toute ma matière perdue, de sorte qu’il m’a fallu
recommencer tout de nouveau, et prendre mieux garde aux leçons des
maîtres, dont l’observation exacte m’a fait heureusement passer par la
couleur Noire, (laquelle paraissait comme un limon, ou comme un
savon noir) jusqu’à la couleur blanche comme lait : laquelle ayant
obtenu par la grâce de Dieu, j’ai repris l’assurance d’exciter trop le
moteur intérieur de la matière par l’extérieur, et ainsi perdu fort
malheureusement pour la seconde fois toute ma peine, tout mon
labeur, toute ma matière et tout mon temps. Pour la troisième fois, je
suis devenu encore plus sage, et ai gouverné le feu d’une telle
manière, que j’ai eu le bonheur de repasser par la couleur Noire, (par
l’aide de la Nature) jusqu’à la couleur Blanche du lait, et que j’ai
trouvé véritable ce que les vrais Philosophes confirment, à savoir : que
sous la couleur Blanche de la matière la Rouge est cachée comme la
Blanche l’est sous la Noire : car ils disent :

Sub Albedine latet Rubedo

C’est-à-dire : La Rougeur est cachée sous la Blancheur.


Les Physiciens et Médecins modernes ont aussi expérimenté que la
rougeur du Sang est cachée sous la blancheur du chyle, et que le chyle
se change peu à peu, par la circulation et par la fermentation du sang
continuel, en sang ; car plusieurs des savants de ce temps, qui vérifient
leurs sciences par des expériences fort sagement, produisent quantité
d’exemple, que le chyle s’est séparé du sang après être sorti de la
veine, et que le sang est même sorti de la veine d’une couleur blanche,
lequel ne peut, (sous correction) être autre chose que du chyle, qui n’a
pas été encore produit à la perfection du sang par la circulation et
fermentation qui est requise pour une telle perfection.

C’est ainsi, que je dis, que j’ai expérimenté tout de même dans notre
œuvre ; que notre Blancheur se transmue avec le temps, moyennant la
circulation ou rotation et fermentation continuelle, en Rougeur, et que
la Blancheur est couverte de la Rougeur, comme nous avons dit que le
chyle est caché dans le sang à l’aspect extérieur, et laquelle ; s’en
laisse séparer sous une couverte blanche, jusqu’à qu’elle soit tout à
fait changée et transformée en Rougeur, comme nous venons de dire
du chyle et du sang, et alors notre matière Blanche parvient à une
Matière ou huile pondéreuse et métallique laquelle contient bien les
métaux en elle, mais étant produite à sa plus haute perfection il ne s’en
peut séparer des métaux : mais hélas ! ayant ainsi tiré une partie de ce
sang de notre Pélican, et croyant de poursuivre et de conduire mon
ouvrage bien sagement, il est arrivé pour la troisième fois, que mon
vase est rompu et que tout mon sang imparfait que j’avais assemblé
avec beaucoup de peine, est perdu et évanoui. Ne vous semble il pas
que j’ai été bien malheureux ?

FRANÇOIS
Assurément : mais aussi heureux que vous avez ainsi pu retourner sur
le vrai chemin : je vous prie, ne savez-vous pas la raison pourquoi vos
vases sont rompus si souvent?

VREDERIC
Pour retrouver le vrai chemin il n’y a pas si grande difficulté parce
qu’en procédant à notre manière on a la Nature même pour guide, de
laquelle, pourvu qu’on la suive seulement avec notre régime d’opérer,
il est presque impossible d’égarer, au moins que vous ne veuillez être
plus Sage que la Nature même, ce qu’il n’arrive, hélas ! que trop
souvent, et agissant de cette manière, vous menez la Nature mal, et
vous vous trompez vous-même et la Nature, comme j’ai fait aussi avec
tant d’autre grande perte de peine et de temps, mais j’ai à la fin aperçu
autant par une lecture infatigable des écrits des vrais Philosophes, et
par des expériences que mon vase ne m’est plus casé, mais qu’il est
encore présentement en état de faire tirer toujours du sang de mon
Pélican, lequel j’espère qu’il ne périra pas facilement, mais qu’il
donnera de la nourriture abondamment à ses petits jusqu’au temps de
leur croissance en âge parfait.

Vous désirez de savoir de quelle façon que les vases puissent être
gardés contre les malheurs d’être cassés ? La principale cause,
pourquoi le vase, qui enferme notre matière, se rompe quelquefois,
procède principalement delà, que la chaleur externe n’est pas bien
gouvernée à son temps, vu que les Eléments qui sont compris dans
notre matière font leurs opérations in gradu intenso et remisso à
proportion du gouvernement du feu extérieur, car il est très nécessaire
(comme nous avons déjà touché ci-devant) qu’au commencement,
quand notre matière paraît en forme de sperme, qu’on ne lui donne
qu’un feu très lent et une chaleur fort petite et douce, afin qu’il soit
gouverné comme un vin, ou autre breuvage, quel on donne une telle
chaleur pour aider à sa fermentation ; ou bien une chaleur telle par
laquelle les esprits végétants des semences des végétaux peuvent être
émus et entretenus en végétation et en croissance.

Vous pouvez penser, si un vin ou quelque autre breuvage semblable,


ne fera crever la tonne qui le contient, en cas qu’il soit trop irrité par
une chaleur trop âpre, encore que les douves seraient d’une épaisseur
bien grande, au moins qu’on ne lui donne quelque ouverture, pour
donner de l’air à la furie de son mouvement ; et puisque le naturel des
breuvages, étant forcé de la sorte par la chaleur, changera en bref en
une liqueur âcre sure et dissolvante, comme est le vinaigre, il est
certain que la nature ne l’a pu produire à la perfection d’un vin ou
d’un breuvage agréable à l’homme comme s’en était son dessein ; car
les esprits des breuvages, qui sont les soutiens principaux d’iceux,
viennent à s’envoler par une telle fermentation intempérée, laissant un
phlegme insipide et un tartre limoneux en arrière ; dont il semble
qu’on ne peut pas bonnement donner d’autres raisons, sinon, que l’on
a donné de l’empêchement à la nature, pour parfaire le sage régime de
son dessein, et que l’on l’a détourné par impatience et par ignorance
de sa bonne intention, quoi était telle, qu’elle croyait de conjoindre les
arômes du Soufre, du Mercure et du Sel, et de les unir par un tel lien
d’amour et d’amitié par ensemble, que cette liqueur aurait reçu un
corps si bien proportionné et enrichi d’esprit, par une fermentation due
et naturelle, qu’était requise pour un vin ou breuvage parfait, au lieu
que les susdits principes deviennent à être séparés, changés et rendu
inhabiles par une fermentation énorme (comme nous avons dit) pour
ne pouvoir plus jamais être réunis ensemble, selon le dessein de la
mère Nature.

Pareillement : si vous pensez de faire hâter le sperme d’aucun animal,


et de le faire avancer par des voies autres que la Nature vous en
ordonne ordinairement, vous trouverez que votre semence s’évanouira
bientôt, et que les œufs resteront stériles et sujets à une pourriture
subite.

Il en va de même avec notre sperme métallique, si vous ne tachez au


commencement de tenir ensemble ses Eléments avec patience et
prudence dans la fermentation, par une chaleur fort tempérée, comme
la matière le requière, et que vous ne l’y entretenez son temps, mais
qu’au contraire vous croyez de faire votre enfant glorieux métallique
par un régime de feu que n’est requis à la nature de la semence
métallique, et qu’ainsi vous avez dessein de faire avancer sa nativité ;
je vous puis assurer que vous n’aurez jamais la rencontre de l’heureux
aspect des trois couleurs capitales : Car vous n’apercevrez jamais le
Corbeau Noir, si vous en avez fait troubler l’œuf, qui le contenait, par
des orages d’éclair et de tonnerre, puisque sa forme et sa matière en
ont été rendu confuses. Le Cygne blanc ne paraîtra pas si le Corbeau
son père n’est auparavant en être. Ni la Salamandre résistante
persistante et se nourrissant de feu ne sera jamais vue, si son père et sa
mère sont suffoqués incontinent après sa conception.

C’est ainsi, mon cher ! qu’il m’en est arrivé : j’ai cru de voler avec
Icare, mais mes ailes n’ont pas été propres, c’est pourquoi que je suis
tombé avec lui.

J’ai voulu voir les plumes noires du corbeau, devant que son corps
était formé dans l’œuf, et puisque j’ai gouverné mon Œuf
Philosophique au commencement par une imprudence si grande, que
les quatre Eléments, (qui commençaient à fermenter fort paisiblement
dans mon Chaos, et y faire leur opération selon le cours de la nature,)
se sont élevés in gradu intenso (comme Geans chez Ovide) les uns
contre les autres avec tant de véhémence et de violence, que mon Œuf
des Philosophes, en crevant, m’a reproché mes sottises selon mes
mérites.

Quand mon vase est sauté pour la seconde fois, la faute en était telle ;
que la Lumière étant séparée des Ténèbres et les Eléments supérieurs
des Inférieurs, et que les Eléments les plus pondéreux s’ayant
précipités en bas, ma terre métallique ( laquelle n’était plus du métal)
est tellement allumée et émue de son feu intérieur par ma conduite
imprudente de mon feu extérieur, qu’elle a excité, par une commotion
impétueuse, un tremblement et un mouvement si fort et si grand, que
mon vase Hermétique est sauté en air et en pièce comme s’il avait été
frappé d’un coup de tonnerre.

Pour ce qui est du troisième malheur qui m’est arrivé, je vous puis dire
qu’il est aussi provenu d’un trop grand zèle pour faire hâter la Nature
outre sa puissance, car après l’avoir longtemps caressé fort
doucement, et après l’avoir produite par une patience indicible, qu’elle
m’avait fait voir les Roses rouges, que j’avais souhaité si longtemps,
et qu’elle m’avait apprise comment et de quelle façon le rosier devait
être cultivé et entretenu, pour pouvoir produire une infinité de roses :
j’ai été derechef si ignorant, que j’ai osé lui demander qu’elle m’eut
fait venir en maturité et en perfection non seulement les fleurs, mais
aussi tout d’un coup les fruits et les graines, ce que lui étant
impossible, ne me l’a pas seulement refusée, mais m’a rencontrée d’un
regard si furieux et si âpre que l’aspect de Méduse même n’aurait
presque pu être plus dangereux ni plus malheureux, puisqu’elle
commençait à vomir contre moi un feu tellement étouffant, qu’il était
capable de me tuer en un moment, si je n’avais eu la prudence de
retenir mon haleine en m’enfuyant hors de la chambre tant que je
pouvais.

C’est dès ce temps là que j’ai appris, d’être mieux sur mes gardes, de
suivre pertinemment la Nature à sa sage conduite, d’obéir précisément
à ses ordres, et de l’assister et de l’aider en tout avec dévotion, et c’est
par cette façon d’agir que je me suis trouvé bien, et que je me trouve
bien encore.

Voilà, selon votre désir, les raisons et les causes de mes malheurs, qui
me sont arrivé que par le mauvais régime des Eléments contenus de
notre matière, et d’une trop grande impatience d’avoir voulu faire
avancer la Nature plus qu’elle n’a pu ; Mais si vous tachez de
l’entretenir avec esprit au lit d’amour, et de la gouverner tout
doucement par prudence et par amitié, vous pouvez croire avec moi
qu’il ne vous arrivera pas ce malheur, que votre vase ne rompra
jamais, et que vous pourrez, si vous voulez, cuire et parfaire votre
matière, depuis le commencement jusqu’à la fin, dans un seul vase,
selon le dire des Philosophes.

FRANÇOIS
Je vous remercie de tout mon cœur de la communication sincère de
vos expériences, et de vos advertances tant cordiales ; Le proverbe dit
: qu’il faut apprendre avec honte ou avec dommage, vous en avez fait
de même, et j’entends bien que vous n’avez épargné ni peine ni
labeur, et je n’aurai pas beaucoup de peine de croire que vous vous
entendez passablement bien à la conduite et au gouvernement du
grand œuvre des Philosophes.

VREDERIC
Vous savez bien aussi, que les Dieux vendent tout pour du labeur
infatigable, mais bien heureux sont ceux qui n’entreprennent rien
qu’ils ne sachent auparavant ce qu’il en doit arriver, et qui savent
préparer toute la matière de l’universel, d’une telle manière, qu’ils
soient assurés qu’ils viendront à voir tout ce que nous avons dit ci-
devant ; que la dite matière ne leurs coûte qu’une pistole, et qui le
pourront entretenir un an tout entier avec charretée de bonnes tourbes
ou de charbons sans aucune autre dépense ; mais très malheureux et
misérable sont ceux, qui travaillent en sauvage, qui ne savent ce qu’ils
font, et qui prennent des Animaux et des végétaux pour n’en faire de
l’or ou de l’argent seulement, mais aussi même des teintures pour en
teindre les métaux en or et en argent. Ceci en passant.
CHAPITRE IV

Des opérations des Deux qualités contraires selon les auteurs. De


la différence entre les vrais Philosophes et les communs.

FRANÇOIS
Nous avons assez parlé des tromperies, des méchancetés des ignorants
et des trompeurs, celui qui en voudra savoir davantage il n’a qu’en lire
le Comte Trévisan, Sendivogius et d’autres ; Nous retournerons, si
vous plaît, à notre nombre Deux, et puis nous quitterons ces Degrés
pour tacher de monter les suivant, vu que notre intention n’est pas de
faire propos si ample ; il est vrai pourtant que je ne puis rien
m’empêcher d’en apporter ici ce que j’en ai lu chez quelques auteurs.

H. CORNELIUS AGRIPPA dit en sa Philosophie Occulte entre autre


du Nombre de Deux ce qui s’en suit.

Binarius primus numerus est, qui prima multitudo est, a nullo potest
numero metiri, praeterquam a sola unitate omnium numerorum
mensura communi : non compositus ex numeris, sed ex sola unitate
una et una coordinatus. Dicitur numerus charitatis et mutui amoris,
nuptiarum et societatis, sicut dictum est a Domino : Erunt dua in
carne una.

C’est-à-dire : Le nombre de Deux est le premier nombre parce que


c’est la première multitude ; il ne peut être mesuré d’aucun nombre
que de l’unité seule, qui est la mesure commune de tous les nombres.
Il n’est pas composé des nombres, mais il est coordonné de l’unité
seule d’un et d’un. On l’appelle le nombre de la charité et d’un amour
réciproque, des noces et de société, comme il est dit au seigneur. Ils
seront deux en une chair.

Le même dit autre part.


Binarius dicitur numerus connubii et sexux, Duo enim sunt sexus
Masculinus et foemininus.
C’est-à-dire : Le Nombre de Deux est appelé le nombre du Mariage et
des Sexes, puisqu’il y a Deux Sexes, le Masculin et le Féminin.

Le même :
Dicitur etiam Binarius Numerus Medietas capax, bona malaque
participans, principium divisionis, multitudinis, et distinctionis, et
significat materiam. Dicitur etiam aliquando hic, numerus discordiae
et confusionis, infortunii et immundiciae, unde Divus Hyeronimus
contra Jovianum inquit, quod ideo in secondo die creationis non fuit
dictum : Et vidit Deus quoniam bonum ; qui Binarius numerus sit
malus.
C’est-à-dire : Le nombre de deux est aussi appelé une moitié capable
partageante le bon d’avec le mauvais : un commencement de division,
de multitude et de distinction, et signifie la matière. Ce nombre est
aussi appelé quelquefois le nombre de désunion et de confusion, de
malheur et d’impureté. C’est de quoi Hierome parle contre Jovian,
qu’il n’a pas été dit au second jour de la création : Et Dieu voyait qu’il
était bon, à cause que le nombre de deux était mauvais.

PYTHAGORAS : (selon Eusebius)


Unitatem Deum esse dicebat et bonum intellectum : Dualitatem vero
Daemonem ac malum, in quo est materialis multitudo ; quia
Phythagorici dicunt : Binarium non esse numerum, sed confusionem
quandam unitatum.
C’est-à-dire : Pythagore disait : que l’unité était Dieu et un bon
intellect : que le nombre de Deux était le démon et le mal, dans lequel
est la multitude matérielle : parce que les imitateurs de Pythagore
disent, que le nombre de Deux n’est pas un nombre, mais une
confusion d’unités.

SENIOR ZADITH. De plumbo et Azoth Philosophorum.


Plumbum est calidus et siccus, Foemina autem humida et frigida :
quae cum commixta suerint jam commixtum est calidum cum frigido et
humidum cum sicco, et hoc non est dubium intelligenti.
C’est-à-dire : Le Plomb est le nom du Mâle et Azoth le nom de la
Femelle : Le Mâle est chaud et sec : la femelle humide et froide.
Lesquels étant mêlés ensemble, le chaud est mêlé avec le froid, et
l’humide avec le sec, et cela ne donne pas de doute à celui qui a de
l’entendement.

JOSEPHUS : Commisce Aquam et Ignem et erunt Duo. Commisce


Acrem et Terram et erunt quator. Deinde fac Quator unum et
pervenisti ad id quod vis. Et tunct sit corpus non corpus, et debile
super ignem non debile, et apprehendisti sapientiam.
C’est-à-dire : Mêlez l’Eau avec le feu et ce seront Deux. Mêlez l’Air
avec la terre et ce seront quatre. Faites après cela les quatre un, et vous
serez parvenu à ce que vous désirez. Et le corps se fait alors qu’il n’est
pas corps, et ce qui est faible sur le feu, qu’il n’est plus faible, et vous
avez appris la sapience.

JOHANNES BELYE : Angulus : Quicquid veritatis constat in arte


Alchymiae, est jungere humidum sicco ; per humidum intelligatis
spiritum liquidum ab omni forditie purgatum, et per siccum, corpus
perfectum purum et calcinatum.
C’est-à-dire : Tout ce qu’il y a de vérité en l’art de l’Alchimie, c’est
de joindre l’humide au sec ; vous pouvez entendre par l’humide un
esprit liquide purgé de tous immondices, et par corps, un corps parfait
pur et calciné.

Le même : Temperantia Elementorum nunquam contingere valet


adsque conjunctione corporis et spiritus : quoniam per eorum
conjunctionem suppletur defectus Elementorum tam ex parte corporis
quam spiritus : et sic corpus efficitur spirituale, et spiriitus corporalis
et videbis conversionem Elementorum.
C’est-à-dire : La tempérance des Eléments ne se peut jamais faire sans
la conjonction du corps avec l’Esprit, puisque les défauts des
Eléments deviennent accomplis par leur conjonction, aussi bien du
coté de leur corps que de l’esprit, et ainsi le corps se rend spirituel, et
l’esprit corporel et vous voyez la conversion des Eléments.

Le même : Elementa intermediantia sunt causa transmutationis unius


Elementi in aliud.
C’est-à-dire : Les Eléments moyennant sont la cause de la
transmutation de l’un Elément en l’autre.
Le même : Unum quodque Elementorum intermediat aliud, et nullum
Elementum potest in naturam alterius converti quod est suum
contrarium, nisi prius convertatur in Elementum intermedians ipsum
et suum contrarium.
C’est-à-dire : Un chacun Elément entremoyenne l’autre, et nul
Elément ne peut être converti en la nature d’un autre qui lui est
contraire, à moins qu’il ne soit converti auparavant en un Elément
entremoyennant icelui et son contraire.

Le même : Unumquodque Elementum habet in se qualitates quator,


duas activas et duas passivas : Ergo unumquodque Elementum habet
per sua qualitates activas agere in suum contrarium ; vi delicet, si
Elementum suerit frigidum et siccum, scilicet Terre, tunc habet agere
in humidum et caldum scilicet in Aerem ; et econtra per suas
qualitates passivas habet partisuum contrarium in ipsum agere,
scilicet illud quod est calidum et humidum quod agat in illud quod est
frigidum et siccum, et sic circulariter debet intelligi de caeteris
Elementis.
C’est-à-dire : Un chacun Elément a en soi quatre qualités, deux actives
et deux passives : Un chacun Elément donc à de quoi agir, par ses
qualités actives, en son contraire : à savoir, si un Elément est froid et
sec, comme la Terre, il a alors à agir dans l’Elément humide et chaud,
à savoir l’Air ; et au contraire, il a à partir par ses qualités passives que
son contraire agisse en lui, entendez, que celui qui est chaud et humide
agisse en celui qui est froid et sec ; ainsi le doit on entendre des autres
Eléments circulairement.

BERNHARDUS COMES TREVISANUS. Subjectum, inquit, hujus


admirandae scientiae est Sol et Luna, feu potius Mas et Foemina ;
Mas Calidus est et siccus, Foemina vero frigida et humida.
C’est-à-dire : Le sujet, dit-il, de cette admirable science est le Soleil et
la Lune, ou bien plutôt le Mâle et la Femelle ; Le Mâle est chaud et
sec, et la femelle froide et humide.

Le même : Corpus recipit impressionem a spiritu sicut Materia a


Forma, et spiritus a corpore, quoriam facte sunt et creata a Deo ut
agant et patiantur invicem. Materia quidem fllueret ininite, si Forma
fluxionem non tardaret et filteret, quapropter, cum corpus sit Forma
informans, informat et retinet spiritumut ita deinceps non fluat
amplius.
C’est-à-dire : Le corps reçoit l’impression de l’esprit comme la
Matière la reçoit de la Forme, et l’esprit du corps, puisqu’ils sont fait
et créés de Dieu, afin qu’ils agissent et pâtissent ensemble. La Matière
coulerait sans celle-ci la Forme ne tardait sa fluxion, et qu’elle ne
l’arrêtait : ce pourquoi puisque le corps est la Forme informante, il
informe et retient l’esprit qu’il ne coule plus ainsi par après.

Le même : Materia patitur, et Forma agit, assimilans sibi Materiam,


et hac ratione Materia naturaliter appetit Formam, uti mulier appetit
maritum et res vilis charam, impura puram ; sic etiam Mercurium
appetit Sulphur, ut imperfectum persiciens, sic quoque corpus appetit
spiritum quo possit as suam perfectionem tandem pervenire.
C’est-à-dire : La Matière pâtit, et la Forme agit, rendant la pareille à
elle, et de cette façon la Matière désire naturellement la Forme,
comme la femme désire le mari, et la chose vile la précieuse, l’impure
la pure ; ainsi aspire aussi le soufre après le Mercure, comme la chose
imparfaite après la parfaite ; de même le corps l’esprit, par lequel il
puisse à la fin parvenir à sa perfection.

Ces autorités des auteurs allégués ne suffisent elles pas bientôt pour
confirmer ma soutenue et vos expériences ; ou bien vous semble il que
j’en dois citer encore quelques-uns uns, vu que vous savez qu’il ne
nous est pas difficile d’en rapporter une très grande quantité d’autre
qui ne seront pas moins d’accord avec nous que ceux-là.

VREDERIC
Il n’en est pas besoin, puisqu’il m’est assez connu que tous les vrais
Philosophes concordent parfaitement avec vos sentiments et avec mes
démonstrations.

FRANÇOIS
Vous parlez si souvent des vrais Philosophes, je vous supplie de me
dire quelle distinction que vous faites entre des Philosophes communs
et les vrais Philosophes ?
VREDERIC
Mon très cher ami, j’appelle des Philosophes communs ceux qui ont
beaucoup de paroles et peu d’effets, qui savent beaucoup discourir de
la circonférence, mais qui ne savent pas ce que c’est ni ou est le
Centre, et lesquels (comme dit un certain Philosophe dans un
Dialogue) ont appris Contentiose rixari, pro et contra (ut ajunt)
pertinaciter argumentari.
C’est-à-dire : A hargotter et tenir des disputes contentieuses et des
argumentations obstinées pour et contre (comme on dit). Sur quoi un
autre demande : Quae chimera bestia est haec ? C’est-à-dire : Qu’elle
bête chimérique est celle-là?

Ce sont des telles gens qui ne regardent après des bons fondements ni
font état des bons auteurs, mais qui mettent leurs desseins en effet,
non seulement suivant leurs fantaisies mal fondées, mais qui font
même leur profession de séduire et de tromper lâchement tous ceux
qui sont bien désireux d’apprendre des vérités mais qui sont des
innocents par ignorance, comme ils vous ont fait et moi aussi, avec
quantité d’autres comme il est à voir es livres des auteurs que nous
avons allégués ci-devant.

Les vrais Philosophes, au contraire, sont des gens qui sont craignant
Dieu, sincères, aimant la probité et la vérité, qui n’écrivent ni disent
rien que ce qu’il est conforme à la vérité et ce qu’il leurs est aussi
facile à démontrer qu’à le dire. Il est bien vrai qu’ils parlent bien
couvertement et qu’ils écrivent de même pour ceux qui ne les
entendent pas, et qui sont ignorants de la vraie Philosophie, et
particulièrement quand ils traitent de la Pierre des Philosophes, mais
tout est découvert et clair comme le jour pour ceux qui sont des
entendus de cette science, et même toute les façons de parler
énigmatiques, toutes sortes d’emblèmes, caractères, et ce qui peut être
davantage d’autres termes et chose obscures au commun et aux
ignorants, elles sont tellement connues et si communes entre les vrais
Philosophes comme l’A, B, C, l’est parmi ceux qui ont bien appris
l’Orthographe : mais c’est assez discouru des Deux Contraires.

Nous finirons ce Chapitre si vous plaît avec les paroles propres de


Trimégiste dont il se sert dans sa TABLE D’EMERAUDE : Pater ejus
Sol est, Luna Mater; Separabis Terram ab igne subtile a spisso
suaviter et magno cum ingenio : ascendet in coelum iterumque
descendet in Terram, et acquirit vim superiorum et Inferiorum.

Sic habebis gloriam totius mundi, Ideo a te fugiet omnis obscuritas.


LIVRE TROISIEME

DU NOMBRE DE QUATRE, DES QUATRE ELEMENTS, ET


DES QUATRE ELEMENTS QUI SONT DANS LA MATIERE
DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES
CHAPITRE I

Ce que le nombre Quatre comprend. Pourquoi le Nombre de


Quatre est préféré au nombre de Trois. Que les Quatre Eléments
ne peuvent être trouvés chacun à part. De la séparation de la
Lumière des Ténèbres dedans l’œuvre des Philosophes.
Démonstration par l’œuvre des Philosophes que les Eléments ne
peuvent être à part. Ce que c’est que l’étincelle opérante dedans la
matière de la Pierre des Philosophes. Qu’il faut que l’artiste
procède de même avec l’œuvre des Philosophes comme la Nature
procède dedans le grand Monde.

FRANÇOIS
Nous avons traité amiablement de l’Unité et du nombre Deux,
lesquels étant assemblés font le nombre de Trois : si nous ajoutons le
nombre de Quatre à celui-là par la règle d’addition nous trouverons le
nombre de sept tout de même comme d’un centre et de Six demi-
diamètres, d’une même étendue du pied du compas, il se forme une
figure Géométrique Hexagonale, composée de sept points, comme
nous en avons fait autrefois mention plus amplement et avec plus de
circonstances, ce qui serait ennuyeux de répéter, vu que notre
intention est de traiter ici particulièrement du nombre Quatre, duquel
j’entamerai, si vous plaît notre discours lequel je tacherai de fonder
comme les autres sur la Théorie, vous pourrez aussi continuer votre
entretien, que vous vous étiez donné la peine de commencer sur les
fondements démonstratifs et les vérifier par des expériences comme
vous avez fait auparavant.

VREDERIC
Je le veux bien : vous n’avez qu’à commencer.

FRANÇOIS
Ceux qui suivent la doctrine de Pythagore préfèrent le Nombre de
quatre à toutes les vertus de tous les nombres, puisqu’il est un
fondement et une racine de tous les autres Nombres.

Ce Nombre signifie ou la fermeté selon la démonstration de la figure


Carrée.

Le Nombre de Quatre emplit par quatre termes tout simple progrès des
Nombres : à savoir avec une unité 1. avec un 2. comme aussi d’un 3.
et avec un 4. lesquels étant assemblés par l’addition, il s’en fait le
nombre parfait de Dix, comme nous avons dit ailleurs et comme nous
avons alors démontré par l’addition de ces quatre nombres.

Le Nombre de Quatre comprend même le Nombre des lettres du saint


nom de Dieu, vu que presque toutes les nations du Monde écrivent le
très saint nom du Seigneur par Quatre Lettres.

Comme les Arabes l’écrivent par les lettres ALLA ; les Perses des
lettres SIRE ; les Mages ORSI ; les Grecs ; les Latins DEUS ; les
Allemand GODT ; les Français DIEU ; les Espagnols DIOS, et ainsi
les autres.

Le Nombre de Quatre comprend aussi en soi les Quatre Eléments : le


Feu ; l’Air ; l’Eau et la Terre. De même les Quatre premières Qualités
: la Chaleur ; la Froidure, la Sécheresse, et l’Humidité.

Desquelles proviennent les Quatre Humeurs : comme sont l’Humeur


Sanguine, la Colère ; le Phlegme et la Mélancolie : desquels nous
tacherons de parler plus particulièrement ensuite, et ferons notre
commencement de quatre Eléments.

VREDERIC
Mais devant que d'entamer la matière des Eléments ; il me semble,
sous votre meilleur avis, que vous feriez pas mal d'apporter ici
auparavant les raisons pourquoi vous venez à préférer le Nombre de
Quatre au Nombre de Trois, vu que celui-ci suit immédiatement dans
l’Arithmétique au Nombre de Deux.
FRANÇOIS
Je vous réponds : Qu’il a plu à Dieu tout puissant de tenir lui-même
cet ordre à la création du monde : car après le Nombre de Deux, à
savoir après le lumière et les Ténèbres, il a fait provenir le Ciel et la
Terre, le Ciel comprenant Deux Eléments opérants, et la Terre deux
souffrants. Le ciel ayant compris en lui la lumière ou Elément Feu, et
l’Air ; et la Terre l’Elément de l’Eau et de la Terre ; et de ces Quatre là
il fait produire le Nombre de Trois à savoir les végétaux, Animaux et
Minéraux, qui en sont crû et provenu, et qui en ont leur nourriture et
leur entretien par le moyen des Trois Principes, qui sont comme des
seconds Eléments, comme sont le soufre, le Mercure et le sel, lequel
entretien pour les dits trois Royaumes ce Grand Dieu fera, sans doute,
durer si longtemps que la circulation des Eléments durera, car les trois
Principes ont leur naissance et leur croissance de la conjonction des
Quatre Eléments tellement que paraissant notoirement dans la Genèse
même que le Nombre de Quatre est préféré à celui de Trois, il est plus
raisonnable, que nous fassions ici de même, ne pouvant manquer
nullement en suivant l’ordre que notre grand Dieu nous a prescrit lui-
même de son propre doigt.

VREDERIC
Il en est de même dedans notre œuvre des Philosophes, comme je
vous le démontrerai ensuite.

FRANÇOIS
Nous sommes donc certains que les Trois Principes, le Soufre, le
Mercure et le Sel ont leur origine et sont provenu de la conjonction
des Quatre Eléments, comme les Quatre Eléments de la conjonction
de la Première Matière et de la Forme universelle, qui sont les
Principes simples de la Nature ; que les Eléments aussi bien que les
Principes, ou seconds Eléments, ne sont rien autre chose que la
Première Matière, laquelle a reçu la Forme de différentes manières ; et
que la Matière seconde provient de la commixtion des Eléments,
laquelle est le plus sujet aux accidents et qui vient à souffrir les tours
et vicissitudes de la génération et de la corruption.

Trimégiste dit bien en peu de paroles, mais qui sont de grand efficace,
et qui méritent d’être bien considérées.
Quod est superius simile est ei quod est inferius. C’est-à-dire : Ce qui
est en haut est semblable à ce qui est en bas.

Car les choses en haut et en bas sont bien faites et créées d’une même
Forme et d’une même Matière, mais au regard de leur lieu, de leurs
commixtion et leur perfection elles sont fort différentes.

Monsieur J. d’Espagnet parle fort agréablement et intelligiblement de


la Première Matière de la Pierre des Philosophes en comparaison de
cette très ancienne et première masse, de laquelle toutes choses sont
sorties, lorsqu’il dit :

Antiquae illius massae confusae feu Materiae Primae specimen


aliquod nobis Nature reliquit in Aqua sicca manus non madesaciente,
quae ex Terrae vomicis aut etiam lacubus scaturiens, multiplici rerum
semine praegnans effluit, totat, calore etiam levissimo, volatilis ; ex
qua cum suo masculo copulata qui intrinseca Elementa eruete et
ingeniose separare, ac iterum conjungere noverit, pretiosissimum
Naturae et artis arcanum, imo coe lestis essentiae compendium
adeptum se jactet.
C’est-à-dire : La Nature nous laisse quelque signe ou marque de cette
très ancienne masse confuse de la Première Matière dedans cette Eau
qui ne mouille pas les mains, laquelle étant imprégnée de plusieurs
sortes de semences des choses, proflue des cavités et des profondeurs
de la terre, étant volatile même par un feu très petit ; celui qui sait
ingénieusement séparer et rejoindre les Eléments intrinsèques d’icelle,
quand elle est copulée avec son mâle, il se peut vanter d’avoir acquis
le secret le plus précieux de la Nature et de l’art, et même un abrégé
d’une essence céleste.

Les Quatre Eléments ne peuvent pas être trouvés ni acquis chacun à


part et séparé de toute commixtion et ces Eléments ne sont pas simples
ni à part, mais plutôt mêlés inséparablement ensemble ; tellement que
la Terre, l’Air et l’Eau sont plutôt des Eléments parfaisants, ou des
particules parfaisantes, et des corps, que des Eléments, lesquels
peuvent bien véritablement être appelé des réceptacles et des mères
des Eléments : car la Nature se sert pour l’œuvre de la génération des
Eléments tels qu’ils sont impalpables et incompréhensibles pour les
sens, à cause de leur subtilité et incorporalité, jusqu’à tant qu’ils soient
assemblés et conjoints à une matière, ou corps épais.

VREDERIC
C’est ainsi qu’il en va aussi avec notre œuvre des Philosophes : mais il
faut que je vous dis en passant, que les Eléments, desquels la Nature
se sert pour la génération des Animaux, sont plus subtils, invisibles et
insensibles, comme nous en avons fait mention autrefois en discourant
de la génération des animaux.

FRANÇOIS
J’en suis d’accord avec vous, et, ce qui est digne d’admiration, c’est
que tous les composés se laissent pourtant réduire en des Eléments
sensibles, c’est que Lucretius exprime fort bien quand il dit : Ex
insensiblibus omnia consitunt Principiis. C’est-à-dire : Toutes choses
sont faites des Principes insensibles.

Tous les mixtes ou composés semblent bien extérieurement d’être


composés seulement de deux Eléments à savoir de l’Elément de l’Eau
et de la Terre, mais les deux autres Eléments sont cachés sous ceux-ci
en vertu et en puissance, vu que l’Air étant invisible à notre regard, est
en quelque façon compté entre les être spirituels ; et le Feu de la
Nature ne peut être touché ni séparé par aucun artifice, puisqu’il est le
Principe Formel, car la Nature des Formes ne peut être soumise au
jugement des sens parce qu’elle est spirituelle.

VREDERIC
Je viens de vous dire qu’il en va de même en notre Œuvre des
Philosophes, comme il vous plaît de nous en faire part par votre
Théorie, et si vous en désirez d’entendre réciter les expériences je
vous les raconterai.

FRANÇOIS
Fort Volontiers.

VREDERIC
Ayez donc un peu de patience pour m’écouter. Puisque vous avez
confirmé par des raisons assez solides que le Nombre de Quatre doit
être préféré en rang au Nombre de Trois, il ne sera pas besoin de les
répéter, ni de les réfuter, mais j’y ajouterai seulement les choses que
l’expérience m’en a découvert dedans l’œuvre des Philosophes.

Lorsque j’ai commencé à faire la séparation de la Lumière des


Ténèbres de notre Chaos, j’ai vu que l’Air et l’Eau se sont présenté
au-dessus de la Matière comme une rosée, ou comme une sueur, et ce
fort lentement et doucement : que le Feu joint à la Terre sont allés peu
à peu en bas vers le fond ; Que le Feu s’unit au commencement si
fermement à la Terre, qu’il ne s’en laisse aucunement séparer, et qu’il
ne se veut relever en haut, devant que la Première couleur (entendez la
Noire, les Ténèbres ou la Putréfaction) soit tout à fait passée ou
précipitée, et que la couleur Blanche, ou la couleur de la Lumière, soit
découverte ; c’est alors que l’Elément Feu vient au jour, lequel se fait
assez connaître par la lueur, par sa couleur, et par les opérations qu’il
fait par et dedans les autres Eléments, laissant le Feu Central à la Terre
et la Lumière à l’Eau et à l’Air de la Matière.

Ainsi se sépare le Nombre de Quatre, (entendez les Quatre Eléments)


de notre Chaos, et ainsi se produit le Nombre de Trois (à savoir les
Trois Principes, le Soufre, le Mercure et le Sel) par cette opération ou
séparation ; et ainsi sont engendré les seconds Eléments des Premiers
Eléments ; lesquels se laissent exalter et parfaire par l’art en des
Principes plus subtils et meilleurs, jusqu’à qu’un Artiste en fasse
naître un être d’une durée et d’une perfection éternelle, par sa sage
conduite, et qui soit résistant aux Eléments sans être sujet à aucun
changement.

Ce qu’il vous a plu de dire devant les Eléments, et particulièrement


que les dis Eléments ne peuvent pas être trouvés chacun à part et sans
aucune commixtion ; que les Eléments communs devraient plutôt être
appelés des matrices ou des réceptacles des premiers Eléments, et que
la Nature se sert des Eléments impalpables et insensibles pour les
sens, et quasi spirituels ; cela est très vrai, car on le trouve tout de
même dans l’œuvre des Anciens, puisque la génération de la Pierre
des Philosophes, selon le dire des vrais Savants, se doit faire dedans
les Eléments communs, avec iceux, par les même Eléments, mais ce
qui a fait au commencement l’imprégnation dans la matrice des
métaux, et ce qui rend l’étincelle mouvante, ou la semence de leur
sperme, opérante, et ce qui la tient dans cet état végétant jusqu’au
temps de la nativité de ce fruit Philosophique, ce n’est rien autre chose
que les Eléments astrales intérieurs, ou bien Lumière de Ciel, qui
agissent continuellement dedans les Eléments commun comme dedans
l’Air, l’Eau, le Feu et la Terre de la matière, et ce par l’aide de
l’Artiste et par le feu matériel extérieur ; et ce sont ces mêmes
Eléments lesquels, agissants ainsi, tendent jusqu’à la perfection entière
de l’enfant Philosophique, lequel doit provenir en perfection, sans
faire aucun détriment à sa mère, qui sont les quatre Eléments
vulgaires, tout de même comme le fruit d’un animal se produit en
perfection, sans faire aucun dommage à ses père et mère.

Si les Quatre Eléments pouvaient être séparer d’ensemble (ce que la


Sage mère Nature n’a jamais permis) notre fruit jouirait tout aussi peu
de croissance qu’un arbre ou quelque autre végétable, lequel étant
seulement privé entièrement un moment de temps d’un seul des
Eléments serait réduit aussitôt dans un état qu’il n’en serait jamais à
espérer aucun accroissement. Pensez un peu, je vous prie, si l’Elément
de Feu manquait, si le végétable, étant privé de l’âme végétante, qui
consiste au Feu Elémentaire, ne mourait incontinent ? S’il était privé
de l’Air, s’il ne périrait tout aussitôt, vu que le Medium Vonjungendi
duo extrema, qui sont le Feu et l’Eau étant ôtés, il ne se pourrait plus
faire refaire aucune conjonction, et par conséquent il ne se pourrait
plus faire aucune croissance, parce que l’Air est celui qui unit le Feu
et l’Eau à la Terre, et lequel est attiré du végétable, par une vertu
aimantine, qui lui est innée, et ce par les veines et pores qui lui servent
d’en pouvoir croître et augmenter par icelui en quantité et en qualité.
Si l’Elément de l’Eau n’était, de quelle façon le végétable pourrait-il
jeter et étendre sa racine dans la Terre et par quelle voie pourrait l’Air
conduire le Feu, qui est la nourriture principale de son âme végétante,
pour son entretien ? ne serait-il pas incontinent réduit en ses Principes
? Et si la Terre venait à faillir, sur quoi est ce que le végétable se
reposerait ? Si vous m’objectez qu’il y a bien des végétaux qui
croissent sur l’Eau et dedans l’Eau, qui s’y multiplient, et qui ne
touchent en aucune façon à la Terre ? Je vous donnerai pour réponse,
que je connais bien ces végétaux aussi, mais qu’il est à considérer sur
quoi que l’eau reposerait elle-même ?

C’est ainsi, et tout de même avec notre végétable des Philosophes ; car
en cas que l’Artiste ne gouvernait les Quatre Eléments, qui sont
dedans notre œuvre, de la même manière, que fait la sage mère la
Nature, selon les ordonnances de ce grand Dieu, qu’il lui a plu
d’établir dès le commencement pour l’entretien et pour le
gouvernement du Macrocosme ou grand Monde, nous travaillerions
assurément en vain, et n’aurions jamais à espérer aucun succès
heureux : mais en cas que nous laissions éclairer notre Air tout
doucement de notre Soleil, suivant la Sage mère la Nature ; que nous
fassions pénétrer notre Air ainsi imprégné dedans notre Eau, et que
nous laissions imbiber notre Terre de ces dits Eléments imprégnés de
cette façon ; que nous la fassions tout doucement suer, moyennant la
commotion naturelle de notre Soleil et de notre feu central, tellement
qu’elle soit arrosée de nuit par la rosée, et puis étant séchée de jour
qu’elle devienne à sécher autant qu’elle commence à fendre comme
une terre grasse et fertile se crève et se fende par la chaleur du Soleil :
que puis après elle soit arrosée d’une pluie fertile, reséchée, et qu’il
soit ainsi continué en l’arrosant et la séchant ; ainsi notre végétable
croîtra et s’élèvera de notre Terre, comme il se fait d’un végétable
commun selon le cours de la Nature.

Voyez, mon très cher, combien étroitement que notre œuvre


correspond aux œuvres de la Nature au Règne Végétable, Animal et
Minéral.

Ceci soit dit assez des Eléments en général, passons à cette heure aux
Eléments particuliers et avançant de notre pied sur le quatrième Degré
nous recommencerons notre discours de l’Elément le plus haut, à
savoir du Feu, lequel ne viendra pas mal ici ensuite, vu que nous
avons déjà traité quelque peu de la Génération, et que cet Elément
représentera, après Dieu et après son vicaire, le Soleil, la principale
personne dans notre Histoire de la Nature.

FRANÇOIS
Votre intention est bonne : j’en suis bien contant ; vous vous reposerez
un peu, si vous plaît, en attendant que je fasse le commencement de ce
discours, et que j’entame cette agissante matière.

VREDERIC
Je vous obéirai.
DE L’ELEMENT DU FEU ET DU FEU DES PHILOSOPHES.

QUATRIEME DEGRE

CHAPITRE I

Que les Prophètes et les Philosophes ont comparé Dieu souvent à


un Feu, et qu’ils l’ont dit même d’être un Feu. Qu’il n’y a pas
d’autre Elément du Feu que celui du Soleil Que tous les principes
de la génération proviennent du Soleil. Le soleil est le premier
opérateur dedans le Monde. Les générations sont de différentes
qualités à proportion que le Soleil est proche ou éloigné. Exemples
de cela au Royaume végétable. Au royaume Animal. Et au
Royaume Minéral. Quand l’homme reçoit l’âme raisonnable.
Pourquoi Dieu a ordonné le lieu de sa demeure principalement
dans le Feu

FRANÇOIS
Le Feu est le plus haut, le plus excellent et le plus digne des Quatre
Eléments, et pour cette raison Moïse le Prophète, Trimégiste, Les
Prophètes, les Apôtres, les Evangélistes, et une infinité d’hommes
Sages n’ont pas seulement comparé Dieu même à un feu, mais l’ont
aussi dit être un feu, vu que ce grand Dieu tout puissant s’est
manifesté souvent en forme de feu, comme nous avons commencé à
dire ci-devant, et comme nous tacherons de vérifier encore davantage
ici par des passages de la sainte Ecriture.

Car au Chapitre 16ème, verset 15ème du Livre 4ème de Moïse, appelé


Nombres, est écrit.

Le feu sortant du Seigneur consuma les deux cent cinquante hommes


qui offraient la perfumigation.
Au I. L. des Chroniques C. 21.v.16. Le Seigneur exauça David par le
feu du Ciel sur l’autel de l’holocauste.
Psaume 18.v.9. Fumée montait de ses narines et feu de sa bouche qui
consumait, et charbon s’embrasaient de lui.

Et au v.13. De la lueur qui était devant lui ces grosses nuée partirent,
et charbon de feu.

Ps.80.v.2. O Pasteur d’Israël, toi qui es assis entre les Chérubins


montre ta splendeur.

v.4. O Seigneur ramène nous et fait luire ta face et serons délivrés.

v.5. O Seigneur Dieu des armées jusqu’à quand fumeras-tu encontre


l’oraison de ton peuple ?

Ps.84.v.12. Le Seigneur Dieu nous est Soleil et bouclier.

Ps.97.v.2. Nuée et obscurité sont à l’entour de lui ; justice et jugement


sont la base de son siège. Le feu chemine devant lui et embrase tout
autour ses adversaires.
v.5. Les montagnes comme cire par la présence de l’Eternel.

Ps.104.v.2. Il s’accoutre de lumière comme d’un vêtement, et étend


les cieux comme une courtine.

Jesaïe c.33.v.14. Lequel de nous pourra habiter avec le feu dévorant ?

Ch.60.v. Tu n’auras plus le soleil pour lumière du jour, mais le


Seigneur te sera pour lumière éternelle, et ton Dieu pour ta
magnificence.

Ezéchiel Ch.34.v.2 La Terre resplendissait de sa gloire.

Esdras L.4Ch.2v.35. Soyez préparés aux salaires du royaume : car la


lumière éternelle luira sur vous à perpétuité.
Ch.8.v.23. Duquel le regard sèche les abîmes, et l’indignation fait
abaisser les montagnes.

J. Syrach. Ch.23.v.25. Il ne connaît point que les yeux du Seigneur


sont dix mille fois plus clairs que le Soleil.

Saint Jean Ch.I.v.4. En la parole était la vie, et la vie était la lumière


des hommes.

Ch.12.v.46. Je suis la lumière qui suis venu au monde afin que


quiconque croit en moi ne demeure point en Ténèbres.

Actes des Apôtres. Ch.2.v.3. Et leur apparurent langues départies


comme de feu, et se posèrent sur chacun d’eux.

Ch.26.v.13. Je vis, O Roy, en chemin à midi une lumière du Ciel plus


grande que la splendeur du soleil reluire à l’entour de moi, etc.

Saint Paul à Timothé Ep.I.c.6.v.16. Le Seigneur des Seigneurs qui a


seul immortalité et habite lumière inaccessible, lequel nul des hommes
n’a vu, et ne peut voir.

Aux Hébreux. Ch.12.v.29. Aussi notre Dieu est un Feu consumant.

L’Esprit de St Jean Ch.I.v.5. Nous vous annonçons que Dieu est


lumière et n’y a nulles ténèbres en lui.

Une très grande quantité des savants ont cru que l’Elément Feu avait
sa propre sphère à l’entour et au-dessus de l’Air, et cette opinion est
encore acceptée de la plupart des Philosophes de ces temps : mais
ceux qui s’entendent à la vraie Philosophie de Moïse, et de Hermès
Trimégiste, Ils ne connaissent aucun autre feu de Nature que la
lumière du soleil : et c’est sans doute pour cette raison que Moïse n’a
fait aucune mention en sa Genèse de l’Elément Feu comme il a fait de
la Terre, de l’Eau et du Ciel, à cause qu’il avait dit que la Lumière
(qui était le vrai feu de la nature) était créée le premier jour.
Lorsque le grand Dieu avait séparé la lumière des Ténèbres au
commencement de la Création du Monde, et que de la Lumière il avait
formé le soleil, il lui a donné alors aussi la chaleur vivifiante, afin
qu’il pourrait communiquer et rendre tous les autres corps de l’univers
participants de l’esprit igné de la bénévolence de sa chaleur, car c’est
de la chaleur du soleil que profluent généralement tous les Principes
de vie et de génération. Monsieur d’Espagnet parle fort
ingénieusement du soleil, in sua Physica restitua, quand il dit :
Sol creatoris universi est oculus, quo sensibiles suas creatura
sensibiliter intuetur, quo blandientes amoris sui radios in eas essundit
quo se conspicuum illis exhibet, vix enim insensibilem autorem natura
sensibilis agnovisset : propterea corpus tam nobile gloria sua indutum
sibi nobisque singere vouit, cujus radii Divinitati proximi sunt spiritus
et vita. Ab illo universali Naturae principio calor omnis insitus tam in
Elementa quam mixta destuit, qui ignis nomem meruit ; ubicunque
enim calor spontaneus, motus naturalis, aut vit hospitatur, ibi suum
ignem, tanquam eorum principium, et primium Elementorum motorem
Natura occultavit, a quo Elementa etiam sensibilia, feu Mundi nostri
Pronvinciae Elementantur, et velut animantur ; arctius tamen terrae
utero constrictus, propter ejus densitatem et frigiditatem, in haeret.
C’est-à-dire :
Le soleil est l’œil du Créateur de l’univers, par lequel il regarde
sensiblement ses créatures sensibles, par lequel il verse les rayons
flattants de son amour sur elle : par lequel il se rend manifeste à icelle
; car la Nature sensible aurait difficilement reconnue un auteur
insensible ; c’est pourquoi qu’il s’est voulu faire un corps tant noble et
revêtu de sa gloire pour lui et pour nous, duquel les rayons étant très
proches à la Divinité, sont esprit et vie. Toute chaleur qui est par tout
descend de ce Principe universel de la Nature, aussi bien dedans les
Eléments que dedans les mixtes, laquelle à mérité le nom de feu ; car
là où il loge une chaleur volontaire, un mouvement naturel ou la vie,
c’est là où la Nature a occulté son feu, comme leurs Principes, et
comme le premier moteur des Eléments, duquel, même les Eléments
sensibles, où les Provinces de notre monde reçoivent leurs Eléments et
deviennent être comme animés ; ce feu se tient pourtant plus
étroitement au centre ou à l’utère de la Terre à cause de la froidure et
de la solidité d’icelle.
Le soleil emplit de son esprit et de sa vertu vivifiante tous les autres
Eléments, Principes et composés. Il assemble les Eléments à l’œuvre
de la génération, il les unit et les vivifie, car le feu de la Nature est le
premier opérateur dans le monde, il a sa résidence dans le soleil et
verse ses vertus par ses rayons, par et avec l’Air dans l’Eau, et par le
moyen de ceux là dans la Terre, et par tous ceux ici dedans les
semences des végétaux des Animaux et des Minéraux, afin qu’ils
puissent infiniment croître et se multiplier, de sorte que je dis, que le
soleil, étant le premier moteur et opérateur de la Nature, vient à faire
toutes ses opérations par sa chaleur à proportion qu’il est proche ou
éloigné de la Terre, car tant plus proche que sa lumière étend sa
chaleur vers la terre, tant plus vitement, et au contraire tant plus
qu’elle demeure éloignée de sa superficie, tant plus lentement, qu’elle
cause les générations, et tant plus imparfaits deviennent les composés.

Vous pourrez prendre des exemples très apparents de ce que je viens


de dire dans tous les Trois Royaumes de la Terre.

Et Considérant premièrement le Royaume Végétable ; on trouvera que


les végétaux, qui croissent aux Indes et es autres lieux ou le soleil
cause une grande chaleur, sont beaucoup plus grands de corps et de
vertus que ceux qui croissent ici aux Pays Bas. Que la ciguë et
d’autres herbes vénéneuses ne font pas seulement mourir ceux qui en
mangent en ces pays là, mais tuent même par l’odorat, desquelles les
animaux mangent ici sans en recevoir aucun dommage. Que les arbres
parviennent en ce pays épaisses de plusieurs brassées, lesquelles étant
creûes ici jusqu’à leur plus grande perfection ne sont guère plus
grosses que d’une brassée.

Touchant le Règne Animale : en regardant les hommes aussi bien que


toutes sortes d’autres animaux, on verra qu’ils sont beaucoup plus
robustes et pourvus de bien plus d’esprit que ne sont ceux de ces Pays
ici. Trouverait-on bien ici des hommes qui pourraient prendre l’un
l’autre d’une main par un bras ou par une jambe pour lui faire ainsi le
tour de la tête ou le jeter contre un arbre ou contre une paroi comme il
y en a dans les pays de Brasil à qui cela est facile de faire ? Ne trouve-
t-on pas là des serpents d’une grandeur si épouvantable qu’ils peuvent
engloutir des hommes, des pourceaux et des cerfs tout entier, desquels
il ne s’en trouve ici qui soient guère plus que de l’épaisseur d’un bras.
Des araignées de la grosseur de deux poings, qui ont même la
hardiesse d’attaquer et de se combattre contre des crabes de mer, et
qui les peuvent même survaincre ? et que plus est, que des oiseaux de
la grandeur des grives peuvent être arrêtés et pris dedans leurs filets ?
comme il est à voir aux voyages des Indes, et selon que la vérité m’est
encore confirmée depuis peu d’un homme qui avait demeuré sept ans
aux Indes occidentales ; et vous savez que les plus grosses araignées
de ces pays ici ne sont pas de la grosseur du bout d’un doigt.

Et considérant les Minéraux, les Métaux et les Pierres, combien que


les pierreries sont précieuses et en quelle quantité l’or, l’argent et les
pierres précieuses sont trouvées dedans les pays chauds. Il s’en faut
tout à fait émerveiller, et demeurer épouvanté d’étonnement quand on
lit les livres qui ont écrit de la grande puissance, des richesses et
magnificences du grand Turc, de l’Empereur de la Chine, du Japon et
du grand Mogol, du Roi de Perse et de plusieurs autres grands Princes
des Indes, desquels il me souvient entre autre d’une Histoire que j’ai
lu, il y a quelque temps, du dernier Roi du Pérou, qui avait fait
fabriquer, au temps de la naissance de son fils, une chaîne d’or d’une
telle pesanteur qu’elle ne pouvait être soulevée de deux cent des plus
fort de la nation de Pérou, qui ont la renommée d’être bien robustes (si
chaque personne ne pouvait soulever deux cent livres, le poids de 200.
hommes porteraient vingt et huit millions à raison de 700.tt. la livre
d’or).

Quelle prodigieuse quantité d’or les Espagnols ont reçu lorsqu’ils ont
occupé les Pays de Pérou cela n’est presque pas exprimable, et ne peut
être dit en peut de paroles, mais nous épargnerons telles et d’autres
histoires rares du même calibre pour un autre temps, lorsque nous
parlerons des trois Royaumes en particulier : Je vous prie mon très
cher, de considérer à l’encontre de ce que je viens de dire combien peu
d’or, et d’autres métaux, de l’argent, et des pierreries que la chaleur du
soleil vient à opérer et à produire dedans le terroir des Pays Bas, et s’il
vaut bien la peine de s’en ressouvenir.

Vous pouvez voir en tout ce que nous avons rapporté ici de quelle
façon et combien inégalement ce puissant dominateur et recteur du
Monde, le Soleil, vient à faire effusion de ses vertus et de ses dons à
proportion de sa présence ou de son absence, et ce selon les
ordonnances qu’il en reçoit de son créateur.
Il semble que Virgile a été aussi de notre sentiment, quand il dit :

Inde hominum pecudumque genus, vitaeque volantum,


Et quae marmoreosert monstra sub aquore Pontus,
Igneus est illis vigor et coelestis origo
Seminibus.

C’est-à-dire : C’est de là qu’est le règne des hommes et des brutes, et


que sont les vies des oiseaux : En les monstres de la mer ont une
vigueur ignée ou de feu. Et les semences ont une origine céleste.

SENDIVOGIUS parlant de l’Elément de Feu :


Ignis, inquit, est Elementum purissimum, et omnium dignissimum,
plenum adhaerentis unctuosae corrosivitatis, penetrans, digerens,
corrodens, maxime adhaerns, extra visible, intus vero invisible,
fixissimum : Est clidum et siccum et temperatur Terra. Ejus omnium
purissima substancia et essentia cum Throno Divinae Majestatis in
creatione primum elevata est : ex minus purissima ejus substantia
Angeli creati sunt. Impura et unctuosa in centro Terrae ad
continuandum motus operationem, a summo creatore sapientissimo
relicta et inclusa est, quam nos gehennam vocamus.
C’est-à-dire : Le Feu est l’Elément le plus pur et le plus digne de tous,
il est plein d’un corrosif gras, il est pénétrant, extérieurement visible,
mais intérieurement invisible, très fixe ; il est chaud et sec, et se laisse
tempérer par la Terre. Toute sa plus pure substance et essence s’est
élevée à la création avec le Trône de la Majesté Divine. Les Anges
sont créés de sa substance moins pure. L’impure et l’onctueuse ou
grasse est laissée et enfermée du très haut et très sage créateur dedans
le centre de la Terre, pour continuer l’opération de la motion, laquelle
nous appelons la géhenne ou l’Enfer.
C’est dans le Feu que les raisons vitales, et l’intellect sont comprises,
lesquelles l’homme reçoit de son créateur avec la première infusion de
la vie étant dans l’état végétant, et c’est alors que l’homme est doué de
Dieu d’une âme raisonnable, et c’est pour mors qu’il est appelé
l’image de Dieu.
Ce n’est pas aussi sans grandissimes raisons, que notre Dieu tout
puissant à mis le siège de sa Divine Majesté dedans le Feu ; car c’est
pour cela qu’il ne peut souffrir aucune chose impure, composée, ni
tachée ; Aucun homme ne peut même regarder ni approcher ce grand
Dieu vu que le feu le très subtil et le très pur, qui environne sa très
Sainte Majesté Divine, doit être présumée et crue tellement concentré,
qu’il est impossible et tout à fait contraire à sa nature de souffrir
aucune chose composée auprès de lui, sans le résoudre dans un
moment en ses principes.
CHAPITRE II

Que les Feux d’en bas ont leur origine des Feux d’en Haut. Ce que
c’est que du feu et comment le feu vient manifeste. Les sortes de
feux qui se trouvent dedans les Animaux, dedans les végétaux, et
dedans les Minéraux.

VREDERIC
Vous avez, à ce me semble, assez solidement et assez bien discouru de
l’Elément du Feu, et particulièrement de son origine ; De la lumière ;
Du Soleil, et de ses influences dedans les composés, et de ses
opérations en iceux : vous étiez même monté avec votre esprit
jusqu’au feu glorieux qui environne le Trône du Créateur ; mais vous
avez parlé fort peu des feux matériels, terrestres, centrales, Soufreux,
Minérales et Mercuriels.
FRANÇOIS
Il est vrai, mais je les ai réservé pour vous, afin que vous les résolviez
par la clef de vos expériences.

VREDERIC
Fort bien : je m’en vais donc l’entreprendre selon la petite capacité de
mon esprit, et tacherai d’en faire mon commencement de la
circonférence de la Terre, pour le finir au centre d’icelle, puisque notre
œuvre des Philosophes doit être principalement produite en perfection
par le Feu central de la Terre, nonobstant que toutes sortes de Feux,
aussi bien ceux d’en haut que ceux d’en bas aient une grandissime
sympathie ensemble, et que les feux d’en bas aient leur origine de
ceux d’en haut.

Vous avez bien touché quelque chose du Feu qui est caché dedans les
Animaux pour autant qu’il est descendu du Feu ou de la Lumière du
Soleil ; qu’il les rend participants de la Lumière et de la vie, et même
d’une telle manière qu’ils ont en leur pouvoir de le multiplier en infini
par le moyen de la transplantation et de la génération. Mais quelles
sortes de feux il y a encore dedans les Animaux outre celui-là, vous
n’en avez encore fait aucune mention ; et puisqu’il s’y en trouve plus
d’une sorte, par la voie de notre Anatomie chymique, qui sont utiles et
nécessaires à savoir aux amateurs de sciences naturelles, il ne sera pas
mal à propos de vous les communiquer ici par mes expériences.

Il faut que vous sachiez : Premièrement, qu’on, appelle toutes sortes


de matière brûlantes, du Feu, lorsqu’elles sont allumées par quelque
feu brûlant, comme du feu commun qui sert à la cuisson des viandes,
ou d’un feu causé par une émotion subite, ou par une contrition des
bois durs, ou par la conjonction des deux matériaux contraires et
concentrés en vertu. Car les superfluités de Nature qui se trouvent aux
hommes et autres animaux, comme sont les cheveux, les ongles, la
peau insensible, et (sans vous perdre le respect) les excréments étant
séchés, aussi bien que les sept parties capitales d’iceux, comme sont,
le Cœur, le Cerveau, le Foie, le Poumon, les Nerfs et les Veines, les
ossements durs et mous les muscles et les ligaments, avec toutes les
matières que les corps des animaux peuvent livrer davantage, étant
(dis-je) bien séchés, se changent tout aussi bien en feu et en cendres
que les bois secs ou autres matières brûlantes : Et les raisons, pourquoi
cela se fait ainsi, ne sont autres ; sinon, que nous pouvons tirer, par
notre art chymique, de toutes sortes des corps animaux, un soufre très
parfait, et qui est tout à fait égal à celui duquel on se sert pour en faire
des allumettes, comme je vous ferai paraître par mes expériences ici
ensuite.

Secondement : Il se trouve une Espèce de Feu humide dedans les


animaux, lequel est fermentant, digérant et séparant les viandes et
nutriments en matières pures et impures, parfaisant les pures en chyle,
le chyle en sang, et le sang jusqu’à une nourriture et un entretient
général des sept parties capitales susdites des Animaux, et jusqu’à la
production non seulement du sperme, mais aussi même jusqu’à un
soutient et réconciliation des esprits vitaux, et séparant les impures par
les émonctoires et particulièrement par la sueur, par l’urine et par la
selle.
Tiercement : Il se tire un feu des corps des Animaux lequel est fort
semblable à celui de l’esprit de vin lequel se prépare de la façon
suivante.

Prenez les corps de quelques animaux, séparez en les superfluités de


nature et les excréments, hachez les bien menus, cuisez les si
longtemps avec de l’eau commune que votre matière soit devenue
insipide, et que l’eau en ai tiré toute la substance ; faites rafraîchir
cette liqueur jusqu’au point qu’elle soit propre pour la faire fermenter
selon l’art, laissez la bien travailler, et tirez en alors l’esprit par
l’alambic, et vous en recevrez un esprit qui ne sera pas seulement
buvable, mais qui se laissera allumer aussi de la même façon que
l’esprit de vin.

En Quatrième lieu : On peut tirer un Feu humide des corps des


Animaux, et particulièrement, de leurs cheveux, ongles, cornes, et de
leur urine, lequel est capable de produire des beaux effets en médecine
par la vertu de sa grandissime spiritualité, et plus particulièrement
encore, quand on l’a mis à fermenter selon l’art, lorsqu’il s’en fait un
esprit tellement subtil, qu’il ne pénètre pas seulement intérieurement
le corps tout entier comme un éclair, mais qu’il est aussi capable
d’amener avec lui et de conduire les soufres des végétaux dedans les
corps des animaux, et de les guérir de leurs maux quasi en un moment
de temps, c’est de quoi nous nous entretiendrons une autrefois plus
amplement.

En Cinquième lieu. Il se trouve un feu dedans les animaux, lequel


nous pouvons véritablement appeler le vrai réceptacle de l’humide
radical, puisque c’est icelui qui arrête et lie l’humide radical en son
sein, et que c’est icelui qui est le principal lien de tout le corps
composé qui lie les Eléments ensemble, et encore que les Eléments
viennent à être séparés, et qu’ils sont déjà séparés, ce feu demeure
persistant éternellement, et résiste même si vigoureusement contre le
feu matériel tout dévorant et tout détruisant, qu’il ne peut pas
seulement dissoudre les cendres des corps des animaux brûlés, et les
parfaire à un corps diaphane pareil à celui du verre ou d’un Cristal,
mais qui est même capable d’arrêter leur soufre volatil, et de fixer et
l’élever à une matière blanche, claire, transparente et résistante au feu
comme un Cristal.
FRANÇOIS
Vous parlez des choses presque si rares et si admirables comme on en
récite du Poisson Echiné ou Rémora, lequel, à ce qu’on dit, peut
arrêter en un moment un navire en pleine voile, et la rendre, quasi au
même instant immobile.

VREDERIC
Il s’en faut guère ; et quand je vous dirai, que l’on peut rendre l’esprit
brûlant, qui est tiré du suc des corps des animaux, (comme nous
venons de dire) non seulement corporel mais aussi résistant au feu, et
ce par le moyen d’un feu qui se trouve dans les même corps des
animaux, vous aiguiserez bien les oreilles encore d’une autre façon, et
n’en croirez peut être non plus rien que du susdit poisson Rémora,
nonobstant qu’il soit faisable et assez souvent passé par nos mains,
comme nous dirons ailleurs plus au long quand nous entamerons notre
discours des sels.

En Sixième lieu : j’ai trouvé encore une espèce de Feu dans les corps
des animaux, qui attaque et dissout pour la plupart les corps des
végétaux, Animaux et Minéraux en chemin humide aussi bien, qu’en
chemin sec, puisque ce feu est de la nature du Salpêtre et qu’il peur
faire toutes les opérations qu’on attribue au Salpêtre.

En Septième lieu : je puis dire que les corps des Animaux sont encore
doués d’un autre feu, qui est de la nature du sel de la mer.

Voilà les sortes de feu qui se trouvent dedans les corps des Animaux,
et qui en peuvent être tirés effectivement.

Voyons un peu à cette heure de quelles sortes de Feux que les


Végétaux sont imprégnés.

Les Végétaux sont doués de deux sortes de Feux différents, outre cette
étincelle de leurs vertus et de leurs qualités qu’ils ont reçus par
l’infusion première du soleil ou de la lumière. L’un en étant volatile et
l’autre fixe. Le volatile est de trois sortes, à savoir ; un esprit ardent,
une huile, et un esprit ou sel volatile. Le feu fixe est de deux sortes :
un Acide et un Alcali.

Nous trouvons que le Feu spirituel se découvre lorsque les végétaux


sont hachés, fermentés et distillés, car c’est alors que l’esprit passe
fort volontiers par l’alambic, comme si c’était un esprit de vin, et se
laisse de même allumer par les vapeurs du soufre, comme nous avons
dit ci-devant du feu humide animal.

Le second Feu qui se trouve dans les végétaux est leur huile, laquelle
se laisse aussi allumer, encore qu’elle puisse de même être réduite par
l’art à une matière résistante au feu, comme nous avons dit quand
nous avons tenu discours du feu animal.

Le Troisième Feu que les végétaux contiennent est leur esprit et leur
sel volatil lesquels font leurs opérations de la même manière que
l’esprit d’urine, mais il est à remarquer que quelques-uns uns végétaux
donnent plus, les autres moins de sel volatil, à proportion de leur
qualité qu’ils ont reçus au commencement.

Le Quatrième Feu se découvre au sel acide, duquel l’artiste sait tirer


un esprit de sel ou de Notre pour s’en servir pour les objets Mercuriels
ou soufreux comme bon lui semble.

Le Cinquième Feu qui est dans les végétaux, est le sel fixe qui reste
dedans les cendres des végétaux brûlés, qui s’en tire par le moyen de
l’eau commune. Ce sel est dit, à bon droit, sel fixe, à cause qu’il est
capable de dissoudre même la Terre fixe et de l’aider à parvenir
jusqu’à une matière fixe et résistante au feu comme le verre.

Il nous reste encore le Feu Minéral qui se trouve par notre anatomie
dedans les minéraux et dedans les métaux et qui est véritablement une
humidité sure ou corrosive, vu que tous les métaux et minéraux se
laissent dissoudre par un tel feu humide et vaporeux, ce que ne se
pourrait faire, s’il n’y avait un tel feu pareil caché dedans les sels fixes
et volatils des métaux et des minéraux, car chaque chose aime son
semblable, et se délectent par ensemble : c’est pourquoi que les
atomes ou les particules de ces faux humides ou esprits salins savent si
bien pénétrer et entrer dedans les pores des métaux et des minéraux,
qu’ils viennent aussitôt attaquer les sels, qui sont joints et unis avec
leur Soufre et leur Mercure per minima, et qu’il les font fondre fort
volontiers avec eux, et en leur propre nature, à cause que la plus
grande partie des corps des métaux est un sel fixe coagulé, et qu’ils
possèdent aussi fort différemment peu ou beaucoup de sel fixe ou
volatil, à proportion de leurs qualités différentes.

Il est à remarquer ici, que ce feu humide qui se trouve au Royaume


Minéral, est de deux sortes. L’une sorte étant de la nature du Soufre,
l’autre de celle du Mercure.

Les métaux que nous jugeons être plus de la Nature du Mercure que
du soufre sont : le Plomb, l’Etain, le Fer, le Cuivre, l’Argent, et le vif
argent, ce qu’il me semble de paraître par-là, que lesdits métaux se
laissent fort facilement attaquer, fondre et dissoudre par les feux
humides soufreux, parce que le soufre comme le mâle agit fort
volontiers dans la femelle, qui est le Mercure, puisqu’il l’embrasse et
qu’il l’accepte avec grand amour.

Et que l’Or contient plus de soufre que de Mercure, cela est évident
par-là, qu’il ne se laisse aucunement unir par des dissolvants,
soufreux, mais qu’au contraire il se laisse fort volontiers absorber,
fondre et dissoudre par des feux humides mercuriels ; car vous cuirez
bien longtemps l’or avec un esprit de Salpêtre, avec un esprit de
vinaigre, ou de vitriol : ou le rôtirez une infinité de temps avec du
Salpêtre ou avec du vitriol corporel devant que l’or soit diminué par
iceux de la pesanteur d’un seul grain, ou qu’au contraire ces esprits
attaquent et dissolvent la plupart fort volontiers, les susdits Plomb,
l’Etain, le Fer, le Cuivre, l’Argent et le vif argent.

Vous bouillirez aussi bien longtemps les susdits métaux, et


particulièrement le Saturne, le Mercure et la Lune avec de l’eau
royale, ou avec quelque autre feu humide, ou il y a du sel de mer
ajouté, sans qu’il s’en laisse dissoudre fort peu de chose, au lieu que
l’Or se joint fort volontiers avec eux.
Ce qui est dit ici des métaux et de leurs dissolvants peut être entendu
aussi des minéraux ; vu que les minéraux ne sont autre chose que des
métaux imparfaits comme les métaux imparfaits sont aussi sur le
chemin de parvenir à la perfection de l’Or.

Je ne trouve pas à propos de discourir davantage de cette matière ici,


ni de toucher tous les minéraux en particulier en ce lieu, la matière en
étant trop ample pour l’entretien que nous avons entamé de l’Elément
du Feu : il nous reste seulement de faire encore un peu mention d’une
sorte de Feu, qui est le Feu Central, duquel nous nous servons à notre
œuvre des Philosophes, et puis nous tacherons de finir notre discours
de cet Elément.
CHAPITRE III

Ce que c’est que le feu Central de la Terre. Que le feu des


Philosophes est semblable au feu central. Différence entre le feu
commun et le feu des Philosophes. Confirmation des Philosophes
du Feu humide. Que l’aspect des trois couleurs capitales doit
suffire pour la confirmation de la vérité de la Pierre des
Philosophes.

Le Feu Central de la Terre n’est autre chose qu’un feu humide de la


nature du soufre et du Mercure tout deux, et aimant pour cela aussi
bien les mixtes soufreux que les Mercuriels au Royaumes végétable
qu’Animal et Minéral ; et nous pouvons dire, que notre feu humide,
duquel nos nous servons dans notre œuvre des Philosophes est un feu
de la même nature, car comme le feu Central de la Terre vient à
partager et à donner indifféremment par l’aide du soleil, à tous les
végétaux soufreux et Mercuriels, et de même à tous les Animaux et
Minéraux, leur commencement, leur accroissement leur perfection
leur déclinaison, leur changement et leur séparation en leurs Principes
; ainsi fait notre feu des Philosophes tout de la même manière,
puisqu’il opère indifféremment dans le Royaume Métallique, y
dissolvant, coagulant, séparant et rejoignant tous les métaux Soufreux
et Mercuriels, les produisant, par la putréfaction à une autre matière
qui n’est plus fusible, laquelle ne peut être réduite en aucun corps
métallique non plus, (selon le dire des Philosophes) qu’à la seule
perfection des corps métalliques de l’Or.

Notre feu n’est pas de la Nature du Feu commun, qui est contraire à
toute sorte de génération, car il détruit et anéantit toutes sortes de
soufres combustibles qui sont dedans les végétaux, dedans les
Animaux, et dedans les Minéraux, et même les vies d’iceux, et peut
être appelé à bon droit un ennemi héréditaire de toute la nature des
mixtes, car il n’a pas un corps propre de lui-même, mais il possède
seulement un corps étranger, auquel la flamme allumée et le soufre
gras venant à faillir, il s’éteint et s’évanouit. Notre feu, dis-je, dont
nous nous servons pour l’œuvre des Philosophes, n’est pas un tel feu,
parce qu’il faut qu’il amende toujours notre matière, et qu’il l’exalte
en qualité ; ce que les vrais Philosophes nous confirment
unanimement ; voyons ce qu’il en dit le Père des Philosophes.

HERMES TRIMEGISTE, in Libro de Compositione


De cavernis, inquit, metallorum qui est Lapis venerabilis, calore
splendidus, mens sublimis et mare patens, ponite eum in igne humido,
et coquere facite qui calorem humoris augmentat, et incombustionis
siccitatem necat, donec appareat radix, deinde rubedinem et partem
levem ab eo extrahite. etc.
C’est-à-dire : La Pierre vénérable qui est tirée des Cavernes des
métaux, qui est splendide de chaleur, qui a l’âme sublime et qui est
une mer ouverte, mettez-la dans le feu humide, et faites la cuire, que la
chaleur de son humeur s’augmente, et que la sécheresse de
l’incombustibilité se tue, jusqu’à que la racine paraisse, puis après
tirez la Rougeur et la partie légère, etc.

ANONYMUS, De Massa Solis et Lunae


Tota hujus artis efficacia consistit in igne suo, qui est humidus.
C’est-à-dire : Toute l’efficacité de cet art consiste en son feu, qui est
humide.

ANONYMUS, De Principiis Naturae et artis Chymicae


Radix auri aliud non est quam humorosa et inguis vaporeitas collecta
ex duabus naturis, Argento vivo et Sulphure.
C’est-à-dire : La racine de l’Or n’est autre chose qu’une vapeur
humide et grasse, assemblée des deux natures, de l’Argent vif et du
Soufre.

SENDIVOGIUS in Tractatu de Sulphure


Sulphur et Mercurius sunt minera Argenti vivi (conjuncta tamen) quod
Argentum vivum habet posse metalla solvere, occidere et vivificare,
quam potestatem accepit a sulphure acetoso suae propiae naturae.
C’est-à-dire : Le soufre et le vif Argent sont la mine de l’Argent vif
(pourtant joint ensemble) lequel vif argent a le pouvoir de dissoudre,
de tuer et de revivifier les métaux, lequel pouvoir il a reçu du soufre
de sa propre nature.
SENIOR ZADITH
Aqua Philosophorum est caput operis eorum, et clavis, et vita corporis
defuncti eorum, quae est terra eorum benedicta sitiens. Et sicut Aer
est calidus et humidus, similater Aqua eorum est calida et humida, et
est ignis Lapidis, et est ignis circumdans, et humiditas Aquae eorum
est Aqua.
C’est-à-dire : L’eau des Philosophes est le chef de leur œuvre, et la
clef, et la vie de leur corps défunt, qui est leur terre bénite, qui a soif.
Et comme l’Air est chaud et humide, ainsi est aussi leur Eau chaude et
humide, et est le feu de la Pierre, et est le feu entourant, et l’humidité
de leur Eau est de l’Eau.

HERMÈS
Ignis quem tibi monstravimus est Aqua.
C’est-à-dire : Le Feu que nous vous avons monté est de l’Eau.

SENIOR ZADITH
Parvenit in hanc aquam praeparatione prima virtus supérior et
inferior.
C’est-à-dire : La vertu supérieure et Inférieure est parvenue dans cette
Eau par la première préparation.

Le même : Nominavit Hermes Aquam Philosophorum Albam Aurum,


ideo quod anima tingens latet in Aqua illorum Alba, cum dominetur ei
spiritus calore suo et albedine.
C’est-à-dire : Hermès a appelé cette Eau blanche des Philosophes de
l’Or ; à cause que l’âme qui teint est cachée dedans leur Eau blanche,
lorsque l’esprit domine sur elle par sa chaleur et par sa blancheur.

Le même : Tinctura est tota Aqua tingens.

Toute la teinture est une Eau teignante.

BERNHARDUS
Scias quod Aqua nostra Mercuralis sit via, et ignis adurens,
mortificans et restringens aurum plus quam ignis communis : Et
proptera, quanto melius cum eo miscetur, fricatur et teritur, tanto plus
ipsum destruit, et aqua viva ignea plus attenuatur.
C’est-à-dire : Sachez que notre Eau Mercurielle est vive, et un feu
brûlant, mortifiant et restringeant l’or plus que le feu commun ; Et
pour cette raison, tant mieux qu’il est mêlé, frotté et broyé avec lui,
tant plus le détruit-il, et quand plus est-il rendu menu par cette Eau
vive ignée.

ROSINUS
Cerum habeas, quod nulla tinctura sit unquam, nisi per Aquam
sulphuris mundam.
C’est-à-dire : Vous pouvez être assuré qu’il ne se fait jamais aucune
teinture que par une Eau pure de soufre.

PETRUS BONUS
Aqua Sulphuris est Argentum vivum de sulphure composito extractum,
est Aqua viva, et hoc est quod proprie dicitur, Lac Virginis, Aqua
sincea, coelestis et gloriosa.

L’Eau de soufre est de l’Argent vif extrait du soufre composé, et est


une Eau vive, et c’est cela ce qui est proprement dit le lait virginal,
l’Eau sincère, céleste et glorieuse.

FRANÇOIS
Mon bien aimé ! Je sais fort bien que le Feu est un Elément qui doit
être considéré dans l’œuvre des Philosophes de tous les vrais
Philosophes pour un feu humide participant de la nature du soufre et
du Mercure. Ce pourquoi il me semble, (sous votre meilleur avis) qu’il
n’est pas nécessaire que vous vous donniez la peine d’alléguer un plus
grand nombre d’auteurs pour vérifier et pour établir davantage par-là
votre sentiment, mais selon mon jugement, qu’il doit suffire ce que
vous venez à démontrer par vos expériences : savoir, que les trois
couleurs capitales viennent par ordre par le moyen de notre feu
humide qui est notre matière, et que les métaux peuvent être conduis
par icelui en un état tel, qu’ils ne peuvent plus être réduits en des
métaux.
Vous savez aussi ce que SENDIVOGIUS assure de la destruction des
métaux quand il en parle en ces termes :

Qui ita metalla scit destruere ut per amplius non sint metalla, is ad
maximum pervenit arcanum.

C’est-à-dire : Celui qui sait tellement détruire les métaux, qu’ils ne


soient plus des métaux, il est parvenu au plus grand arcane.

Et PARACELSE : Facilius est metalla construere quam destruere.


C’est-à-dire : Il est plus facile de construire les métaux, que de les
détruire.

VREDERIC
Il est vrai, vous avez vu tous ces auteurs et bien d’autre avec vous :
rompons donc ce propos et avançons à l’Elément de l’Air, ou bien
vous semble-t-il que nous étendrons encore un peu davantage notre
discours sur cette matière ?
CHAPITRE IV

Des feux souterrains et des montagnes embrasées par toute la


terre. Dans l’Asie. Dans l’Afrique et dans l’Amérique. Que le feu
central est tout autre que celui des montagnes embrasées.

FRANÇOIS
Comme il vous plaira : il est bien vrai que notre intention est bien
d’être court et simple en notre discours, et nous savons bien aussi tous
deux, qu’il n’est pas besoin de se servir de beaucoup de circonstances
pour ceux qui ont la connaissance de l’art, puisqu’ils les hissent, et les
fuient ; il me semble pourtant, qu’il ne serait pas désagréable au
lecteur curieux, si nous étendions notre entretien encore quelques peu
du feu souterrain, et des autres lieux et des montagnes qui jettent du
feu.
VREDERIC
Vous touchez bien cette matière, et je ne trouve non plus mal à propos
que nous exprimions un peu nos sentiments de quelle façon les feux
souterrains comme celui du mont Etna, du Vésuve, du mont Hécla et
des autres montagnes peuvent brûler si longtemps et si
continuellement : d’où provient un tel embrasement : de quelle façon
il s’éteint et se rallume ; comme aussi de quelle façon il peut arriver
qu’il en survienne à la Terre et aux Végétaux, Animaux et Minéraux
des si grands accidents, altérations et maladies : Et autre tout cela,
d’approfondir si ceux-là sont bien fondés qui soutiennent que le Feu
souterrain, et celui qui s’allume dedans les montagnes et dedans les
conduits de la Terre, à savoir s’il est aussi d’une propriété
corrompante et consumante comme celui de la flamme.

FRANÇOIS
Nous sommes d’accord, et vous avez raison de parler de la sorte, car il
me semble aussi bien que vous que nous passerions et finirions trop
tôt notre discours de l’Elément du Feu, si nous ne nous émerveillâmes
aussi bien que tant d’autres, des effets prodigieux et épouvantables
que notre grand Dieu fait paraître et produire par le moyen du feu
souterrain, car les cheveux dressent les personnes sur la tête, quand on
entend parler ceux qui ont vu et visité les montagnes embrasées : ou
bien quand on vient à lire les livres de ceux qui en ont écrit les
histoires.

Quelles merveilles ne raconte-t-on pas de la montagne de l’Etna en


Sicile toujours brûlante ? qui est ce qui n’est épouvanté de ses
admirables et de ses horribles effets ?

La hauteur perpendiculaire d’icelle est, selon la mensuration de


Macrobius et de Clavius, de trente mille pas : on ne voit sur la pointe
d’icelle que des cendres et des pierres ponce, mais en regardant vers le
pied de cette montagne ils paraissent des belles prairies, des vignes et
des forêts de sapins.

La plus grande ouverture est jugée de comprendre Une circonférence


de douze lieues, et il semble que son creux descend jusqu’aux enfers.

Ce trou semble d’être un abîme horrible, et la montagne ne donne


seulement par-là, mais aussi de tous les cotés, une fumée et une
flamme avec un hurlement si terrible comme s’il en sortait de l’éclair
et du tonnerre, d’une telle fureur, que ce bruit et cet éclat tant furieux
est capable de faire prosterner à la terre les plus hardis d’alération et
d’épouvante, et de leur faire faire des prières à Dieu qu’il plaise à la
Divine Majesté qu’ils en puissent retourner sains et saufs comme d’un
gouffre d’Enfer.

On y voit des rochers brûlés comme de pierre ponce spongieuse : Des


concavités qui sont capables de contenir un nombre de plus de trente
mille hommes : Une grande quantité de très grandes pierres ponce
rouges et des autres matières comme sont celles qui se séparent du fer
et des autres métaux aux forgeries.

Vous voyez là des passages et des chemins par où les métaux fondus
sont coulés, qui sont brûlé comme du verre trouble, et qui n’est pas
transparent : Et, ce qui est digne d’admiration, c’est que la neige
demeure toujours sur le sommet d’icelle sans se fondre.
ON peut laisser juger ceux qui l’ont vu et qui l’ont monté, combien il
fait périlleux de monter une telle montagne, vu qu’ils en racontent non
sans un grandissime effroi de ceux qui l’entendent, que quantité de
personnes, tant spirituelles, que des temporelles, qui croient de la
monter par curiosité pour la voir, sont tombés dans des creux et des
cavernes qui étaient légèrement couvert de cendres et y sont
englouties et péries misérablement.

Il n’est pas peu dangereux non plus de se laisser trouver sur cette
montagne ou auprès d’elle quand l’air est ému ou qu’il fait du grand
vent, à cause qu’il se fait alors un tel mouvement à la neige et à la
cendre, que tous ceux qui sont à l’environs peuvent être assurés qu’ils
en seront couverts et suffoqués.

Les Histoires font mention qu’il y a des cavités et des trous dedans le
Mont Etna, par ou les minéraux et les métaux fondus sont découlés,
qui sont quelquefois de la largeur de mille pas, quelquefois de deux
mille, et quelquefois de trois et quatre mille pas, et cela quelquefois de
la longueur de dix huit mille pas, de sorte qu’on ne se peut étonner
assez d’où une si prodigieuse quantité de matière fondue peut être
provenue.

Il n’est moins digne d’admiration que les pierres de la grandeur d’une


maison toute entière, et rouge comme des charbons sont quelquefois
jetés du profond de la montagne de l’étendue de plusieurs lieues.

Comme aussi : que la mer est par des places bouillante par le
mouvement du feu souterrain comme un pot ou comme un chaudron
qui est sur le feu et ce de l’étendue quelquefois de plusieurs lieues, et
qu’elle est aussi par places élevée de la hauteur de quelques piques.

Ces mouvements admirables ne sont pas seulement propres et


communs au mont Etna, mais les monts Vésuve et Stongilus en Sicile
sont de la même nature, lesquels sont jugé de plusieurs, que
nonobstant qu’ils soient bien éloignés les uns des autres, qu’ils
communiquent pourtant la matière brûlante ensemble par les conduits
souterrains, vu que une grande partie de l’Italie n’est qu’une
combinaison de soufre et de sel.

Je ne doute pas que toutes les autres montagnes brûlantes dans


l’Europe, dans l’Asie, dans l’Afrique et dans l’Amérique ne soient
composées par la Nature de la même matière, à cause qu’elles jettent
du feu et font les mêmes effets que celui-ci.

Je vous en ferai paraître la plus grande partie de toute la Terre, et en


continuant celles de l’Europe, je vous dirai : qu’il y en a une en
Allemagne dans le pays de Meissen qui est une Montagne de houille
qui jette quelquefois de la fumée et du feu.

En Laplande il y a aussi des hautes montagnes qui jettent et vomissent


de la flamme comme le mont Etna.

En Islande il y a la Montagne de Hecla, qui est connue quasi à tout le


monde, son sommet étant toujours couvert de neige, et son pied
tellement brûlant, que personne ne l’ose approcher de la distance de
plusieurs miles sans péril. Elle jette une quantité de pierres et de
Cendres si grande, que tout le terroir qui est à l’entour en est rendu
stérile, puisqu’il en est couvert : Quand les habitants à l’environ en
entendent les hurlements et fracassements terribles, ils s’imaginent
que les âmes des damnés souffrent là des tourments, et que c’est pour
cela qu’ils font des cris si lamentables.

En Groenland, près du pôle Arctique, il y a une Montagne brûlante,


qui donne par son pied une fontaine si chaude, que les celles des
moines d’un cloître, qui n’est pas bien loin de la montagne, n’en sont
pas seulement chauffés, comme par des étuves, mais aussi que les
viandes et le pain sont cuit par sa chaleur. On a là des jardins qui
produisent (cause de cette chaleur) toutes sortes de fleurs et de fruits.
Cette eau coule par ces jardins dans un havre qui n’est pas loin de là,
qui ne gèle jamais à cause de sa chaleur ; ce pourquoi il arrive qu’il se
trouve là une si grande quantité d’oiseaux et de poissons que les
habitants s’en peuvent nourrir aisément.
On trouve par places aux Iles de Finlande, de Norvège, de Laplande et
des autres quartiers, de la Mer aussi bien que de la Terre, des places
où la Terre produit de l’herbe, des fleurs et des fruits qui sont propres
et bons pour en nourrir les hommes et les bêtes, et qu’en d’autres
places, qui ne sont pas loin de là, on n’y trouve que de la neige et de la
glace ; et que la mer est par places toujours ouverte, sans être gelée, ou
qu’elle est au même temps, ) peu d’espace de ces lieux, toujours gelée,
et la glace épaisse quelquefois jusqu’à septante ou quatre vingt
brassées.

En ASIE

Il y a une île en Perse, appelée Oemusium, dont toute la terre est


presque remplie de Feu souterrain : Et il se trouve dans la Perse même
partout tant de puits et des concavités de soufre qu’elles font bien
souvent avoir peur à ceux qui voyagent de nuit.

En Mède, près de la ville capitale Sufa, sorte le feu d’une telle furie
hors de la terre avec un bruit si horrible comme s’il sortait par quinze
cheminées.

Et en Tartarie, du coté de la Muscovie, sont les ouvertures brûlantes


fort communes.

Dans les Royaumes d’Indoustan, de Mogor, de Tibet et dans le grand


Royaume de la Chine les feux souterrains et les montagnes brûlantes
sont fort communes : Il y a même dans le pays de Chine des
campagnes toutes entières desquelles le feu sort d’une naturelle
manière, que les habitants de ces pays mettent leurs pots sur ces petits
puits ou cavités de feu pour cuire leurs viandes dessus.

Dans la Japonie il y a une montagne qui vomit de jour et de nuit une


telle fumée et un si grand feu, qu’elle ne peut pas être vue seulement
de ceux de la fameuse ville de Firando qui en est de la distance de
soixante et dix miles, mais qu’elle donne de la lumière et qu’elle
éclaire toute l’île comme un flambeau.
Les îles des Philippines et tout l’Archipel de St. Lazare sont si plein de
feu souterrain qu’il se découvre en quantité aux cavités et es
profondeurs des plates campagnes.

Dans l’Ile de Java il y a une montagne de laquelle l’embrasement a été


des longues années tranquilles, mais s’est réveillé l’an 1586, par une
décharge de soufre brûlant si violente qu’il y a eu dix mille hommes
de circun voisins qui en ont été tués.

Sur l’Ile de Timor il y a eu une montagne, appelée Picus, d’une telle


hauteur qu’on pouvait voir la flamme sur la mer à plus de trois cent
lieues à de là. Cette montagne à été attaqué l’an 1636 d’un
tremblement de terre si rude qu’elle a été enfoncées avec l’île tout
ensemble dans la mer, comme si la mer l’avait engloutie. La montagne
Gonnapi sur l’une des îles de Bandana s’est rallumée d’une telle furie,
après avoir brûlé dix sept ans de temps, qu’elle a jeté une si
prodigieuse quantité de grosses pierres, des cendres, des pierres
ponces et des pierres soufreuses, qu’il semblait que toute la mer en
était couverte, et qu’elle en brûlait et que tous les poissons et autres
animaux, qui étaient à l’environs, en sont péris.

Sur l’île de Ternate, qui est une des Iles des Molucques, il y a une
Montagne qui perce les nues, dons la partie supérieure brûle toujours.

Aux îles de Maurice, et particulièrement des spélonques de la


Montagne Thola, il se jette tant de cendres et si grandes pierres
qu’elles ne cèdent en rien aux plus grands arbres, et que l’ouverture
paraît comme la gueule de l’Enfer.

En AFRIQUE

On a découvert huit montagnes brûlantes principales en Afrique, outre


quantité de spélonques et des cavités soufreuses. Il s’en trouve en
Abassia : une dans la Libye : deux en Monopata : et quatre dans les
pays d’Angola, de Congo et de Guinée.
La mer Atlantique à sous elle une si grande quantité de feu souterrain,
qu’ils en sortent encore aujourd’hui par places des feux et des
grandissimes flammes hors de l’eau, desquels Colombus et Vesputius
ont expérimenté les cruautés.

Les Iles Terzère ne sont presque pas habitables à cause de la


véhémence de la grande quantité de feu souterrain.

Sur les Iles de Canaries il y a la montagne renommée de Picus, qui est


d’une hauteur surprenante et jetant toujours un feu terrible.

On compte au Royaume de Chili quinze montagnes brûlantes,


desquelles il y en a quelques-unes unes qui ont causé à ce Royaume
tant de malheurs l’an 1645, qu’il y a eu tant de villes bouleversées et
englouties, que le temps ne nous permet pas d’en faire ici le récit de
cette histoire.

Il se trouve au Royaume de Pérou Six montagnes embrasées outre une


quantité de spélonques brûlantes, et ces montagnes sont d’une hauteur
excessive.

L’AMERIQUE

On a aperçu cinq montagnes brûlantes dans l’Amérique septentrionale


qui se trouvent partie dans la nouvelle Espagne, et partie dans la
Californie et autres lieux.

VREDERIC
Il n’est pas besoin que vous vous donniez la peine de faire ici un grand
récit d’une quantité de montagnes embrasées, vu que j’ai lu aussi bien
que vous, ce qu’en ont écrit Franciscus Ricardi : Andreas Perez :
Alphonsus d’Ovale : P. Tursselinus : Massejus : Martinus Martinius :
N. Zerretus : Olaus : Kircherus : Nieuhof : Montanus : Blaeu : Dapper
: Baldcus : Zeilerus, et quantité d’autres ; ce qu’ils ont écrit, dis-je des
feux soufreux souterrains et des montagnes brûlantes ; vous savez bien
aussi qu’il se trouve par tout le monde assez de matière brûlante,
comme du bois, des tourbes et de la houille : mais que ces feux là
seraient de la nature et de la même propriété du feu Central de la
Terre, et que les feux susdits ne seraient allumés de tous les cotés que
du feu Central, comme quantité de Philosophes ou naturalistes
modernes (ou qui veulent passer pour tels) veulent soutenir, cela n’est
pas concordant avec les opérations du feu des Philosophes, non plus
qu’il serait requis des serpents de cuivre avec des alambics dessus
pour empêcher l’Eau de mer à monter avec son sel, quand on la veut
dulcifier par la distillation, comme un certain auteur moderne qui a
écrit quantité de beaux volumes prend l’assurance d’enseigner. Non,
mon bien aimé, toutes ces sortes de feux n’ont pas rien de commun
avec le feu Central de la Terre, ni avec celui des Philosophes, lesquels
(comme nous avons dit assez) sont des feux humides et qui font
amender les métaux et les minéraux, au lieu que les susdits ne font que
détruire et corrompre toute chose.
CHAPITRE V

Comment le feu peut être allumé aux lieux souterrains. Comment


les embrasements souterrains peuvent durer si longtemps.
Comment les tremblements de terre et autres altérations se font.

Que le feu humide central de la Terre peut allumer le soufre commun


et tous les composés brûlables, cela doit être entendu et accepté avec
un grain de sel (comme on dit) parce qu’il peut être, que les
matériaux, qui sont faciles a être allumé, n’acceptent jamais le feu
central ; et qu’il peut arriver aussi, que le feu central les allume fort
facilement, comme nous avons dit ci-devant assez amplement ; mais il
est temps d’observer et de démontrer ici, comment, d’où et de quelle
manière les embrasements susdits se font dedans les conduits des
montagnes et de la Terre, ce qu’il me semble qu’il arrive
ordinairement de cette manière.

La matière dedans les conduits de la Terre qui reçoit facilement le feu,


comme le soufre commun, est très aisément allumé par l’éclair et par
l’attouchement des pierres qui viennent à tomber les unes sur les
autres et causer de la flamme comme il est à voir aux pierres de fusil,
et autres pierres dures quand on les frappe les unes contre les autres,
n’y ayant pas aucune matière dans le monde qui embrasse plus
volontiers la flamme que le soufre commun, comme il est connu à tout
le monde ; mais de quelle façon que l’éclair se forme dans l’air par le
moteur général de toute chose, nous en avons donné ci-devant de
l’éclaircissement assez.

Il me semble qu’il n’est pas besoin de Philosopher beaucoup en ce


lieu, de quelle façon que l’éclair allume le soufre avec beaucoup de
facilité, vu qu’il est même assez connu aux Soldats, qui se voulant
assurer de la décharge de leurs fusils, ajoutent un tant soit peu de
soufre à la poudre.
Il ne paraît aussi (hélas) que trop dans le monde, combien que les
magasins à poudre sont poursuivis d’éclair, et combien de dommages
et de malheurs que le soufre vient à cause partout à cause de sa
grandissime susceptibilité du feu, comme les expériences annuelles
nous en pourraient suppéditer une très grande quantité d’histoires. Je
vous prie quelle merveille serait ce, qu’aux pays chauds, comme dans
l’Italie et dans d’autres pays innombrables, où le soufre possède non
seulement des montagnes, mais des pays, des Provinces et des
Royaumes tout entier, et où les animaux ne se peuvent presque pas
tenir un moment de jour au soleil ; que le soufre, dis-je, soit allumé là
par l’éclair, et que l’éclair soit en ces lieux là cause des embrasements
et des feux souterrains, vu qu’en Allemagne, en Angleterre, aux Pays
Bas et aux autres pays humides l’éclair n’allume pas seulement la
poudre à canon, mais aussi le foin, la paille et le bois comme on en
entend des exemples tous les jours.

Je soutiens que le feu est d’ordinaire allumé aux lieux mentionnés de


la manière que je viens de dire, encore qu’il y ait plusieurs voie par
lesquelles le soufre peut être enflammé ; et ce qui confirme encore ma
soutenue, c’est que le moteur est ordinairement fort grand en ces pays
soufreux, et que le soufre y est fort sec et susceptible, vu que
l’humidité n’y est pas abondante mais rare ; L’Eau même nous servira
d’exemple ; car vous savez qu’une grande étendue d’Eau, comme une
mer ou autre, reçoit fort volontiers un air humide pour l’attirer et pour
concevoir son humidité et son aquosité ; ainsi fait le feu très subtil du
soleil et de l’éclair de même, en s’étendant avec avidité dedans
l’oléaginosité du soufre, qui est fort éloigné de leur propre nature.

FRANÇOIS
Je puis fort bien comprendre de quelle façon le feu doit être conçu des
montagnes et des pays souterrains soufreux, mais j’entendrai
volontiers votre opinion de la continuation et de la longue durée de ces
embrasements.

VREDERIC
Fort bien : je vous le ferai comprendre. Je m’étonne que vous me
faites une demande si simple, car je veux croire, que vous avez
quelque fois allumé du soufre, de la poix, du Sarrasin, de l’arcanson,
de la cire, de l’huile ou d’autre matière susceptible du feu ; et que
vous avez vu que la matière ne donne de la flamme que pour autant
que l’air puisse toucher la superficie d’icelle, et que cette matière ne
se consomme tout d’un coup, comme fait la poudre à canon mais ainsi
peu à peu, et si longtemps que le vaisseau fournit de la matière :
Comme par exemple :

Prenez un creuset empli de soufre : une écuelle pleine d’esprit de vin


ou de quelque autre matière qui conçoit facilement la flamme :
allumer la matière par une allumette ou par quelque autre feu par en
haut, et vous verrez que votre matière ne brûlera pas tout d’un coup,
mais peu à peu et si longtemps que la matière durera, et qu’il n’y aura
que le dessus de la matière qui donnera de la flamme jusqu’à que tout
soit consumé, et qu’il ne reste plus rien dedans le creuset ou dedans
l’écuelle, ce qui faut qu’il continue à brûler et à donner de la flamme à
proportion de la quantité de la matière que vous aurez fourni, jusqu’à
que votre outil soit tout à fait déchargé de la nourriture de la flamme,
laquelle cessera quand son entretien viendra à manquer.

C’est tout de même, des concavités de la Terre, qui sont remplies et


bouchées par le soufre commun, et par d’autres matières
bitumineuses, qui sont sublimées ou crues en ces conduits ou creux
souterrain : Car comme un pot ou un creuset de la hauteur de plusieurs
pouces, étant empli de soufre, est capable d’entretenir la flamme le
temps de quelques heures ; tout ainsi quelque conduit ou creux dans la
Terre rempli de soufre étant allumé, ne peut seulement continuer à
brûler le temps d’un jour, d’une semaine, d’un mois, d’un an, mais
plusieurs années et même plusieurs siècles.

L’avez-vous compris ;

FRANÇOIS
Je l’ai fort bien compris. Vous avez assez bien parlé et fait
comprendre, comment que la matière brûlante peut concevoir le feu et
combien longtemps elle peut continuer à brûler aux montagnes et aux
lieus souterrains qui sont rempli de soufres ou de matière soufreuse, et
ce en grand aussi bien qu’en petit, à moins que les cendres, pierres ou
quelque autre obstacle vienne à priver le feu de l’âme de l’air, et ainsi
l’étouffer ; mais puisque vous avez entendu par les histoires que je me
suis donné l’honneur de vous réciter ci-devant, qu’il arrive des
altérations épouvantables par le feu souterrain, aussi bien sur la Terre
que dedans les eaux, et que même les animaux, qui sont là environ, en
viennent quelquefois à être étouffer et périr misérablement, et que des
villes et des Provinces toutes entières sont bouleversées et comme
englouties par les tremblements de terre : je vous supplie de me
donner un peu plus d’éclaircissement de ces merveilleux effets.

VREDERIC
Ces choses vous font-elles étonner ? Je vous prie qu’elles ne vous
semblent étranges, quand vous vous mettrez dans la pensée, quelles
altérations ne peuvent être causées, s’il arrive que le soufre est brûlé et
consumé du feu souterrain, dessous la superficie de la terre, ou de
quelque montagne, de l’étendue de huit ou dix lieues ou plus, et que
cette terre, comme voûtée, vienne à être précipitée, avec des arbres,
des maisons, des lacs, des rivières et des animaux dessus, dedans un
feu de soufre de l’étendue peut être de même de plusieurs lieues, et
qu’ainsi la froidure se joigne si subitement à la chaleur et l’humidité à
la sécheresse ; pensez, dis-je, si ces rencontres tant effroyables ne
doivent causer des merveilleux effets et des altérations épouvantables
? Songez un peu, je vous prie, qu’il faut nécessairement, qu’une si
grande quantité de feu, recevant si subitement une si prodigieuse
multitude d’eau et d’autre matière froide, qu’il se fasse un combat plus
horrible qu’on ne se saurait imaginer.

Qu’il ne vous semble non plus étrange quand vous entendez qu’il
arrive quelquefois, que des conduits souterrains remplis de sel
commun, ou de Salpêtre, ou de vitriol, ou d’alun, ou d’autres sels,
viennent à tomber dedans les gouffres brûlants, et que par la
conjonction d’iceux il se fait un étonnement des efforts si étranges,
comme les histoires en parlent ; car vous savez que quelques livres de
la poudre à canon peuvent faire un grandissime dégât, à cause de la
conjonction du soufre et du salpêtre, qui font proprement cette poudre
: combien de plus grandes destructions ne seraient donc une
précipitation de plusieurs centaines de mille de livres de soufre brûlant
dans une grandissime quantité de salpêtre fondu, ou de quelques
million de livres de salpêtre dans une spélonque de soufre fondu, et si
une telle conjonction de soufre et de salpêtre n’est pas capable de faire
quasi crever toute la terre ?

Quand vous voyez qu’il arrive que les animaux de la terre et dedans la
mer viennent à être étouffés, et à périr là ou ces mouvements
épouvantables se font par celui du feu souterrain, quelle merveille est
ce ? vu qu’il arrive souvent, qu’il y a des minéraux d’Antimoine,
d’arsenic, d’Orpiment, de Mercure, de Cinabre et d’autres mêlés
parmi les matériaux qui viennent à être plongé dedans les susdits
soufres brûlants, et par ainsi se sublimer et s’étendre comme des
esprits au travers des eaux, au travers de la Terre, et dedans l’Air, ou
ils tuent toutes choses vivantes qu’ils rencontrent.

Faites étendre vos pensées un peu davantage sur cette matière, si vous
plaît, et vous cesserez bientôt à admirer les histoires prodigieuses qui
font mention de tant d’effets miraculeux qui sont causé par les feux
souterrains, car vous avez manié les charbons aussi bien que moi, et
entendant parfaitement bien les opérations chymiques, les merveilleux
effets de la nature dedans le grand monde ne vous peuvent pas
sembler étranges, encore que vous fassiez semblant, avec le commun,
qu’ils vous sont incompréhensibles.

FRANÇOIS
Je veux croire avec vous, que vous et moi sommes à peu près
également savant aux sciences naturelles, et que nos discours ne
servent que pour donner des instructions aux ignorants : il me semble
pourtant, qu’il s’en faut encore beaucoup que nous n’ayons traité
assez clairement de quelle façon que le feu central fait ses opérations
dedans et dessus la terre.

VREDERIC
Il est vrai : mais il me semble (sous votre meilleur avis) que cela
viendra mieux à propos quand nous traiterons plus particulièrement
des Trois Royaumes de la Nature, et que c’est assez en ce lieu, que
nous avons enseigné, ce que c’est que le Feu Central de la Terre, et
que ce Feu diffère grandement du feu commun, et de quantité d’autres
ci-dessus Spécifiés.
Finissons donc notre entretien de l’Elément du Feu et faisons un
commencement de l’élément de l’Air.
LE CINQUIEME DEGRE

DE L’ELEMENT DE L’AIR ET DE L’AIR DES


PHILOSOPHES.

CHAPITRE I

Des qualités de l’Air. Que le St. Esprit de Dieu est épandu dans la
lumière et dans l’air. Que l’Air est la matrice de la lumière. Des
degrés différents de l’Air. Que la vie de toutes choses est dans l’Air.
Que l’Air est un conducteur du Feu. Que le vent est un Air agité. Que
les opérations de la poudre à canon se font par le moyen de l’Air. Que
l’Air fait émouvoir les Eléments inférieurs. Que l’Air cause les
changements à tous les Etres. Que l’Air est continuellement allumé de
la lumière. Que l’Air est divisé en trois sortes d’Air.

FRANÇOIS
Ce n’est pas sans grandissime raison que le prophète Moïse fait bien
expressément mention au commencement de son Premier chapitre de
Genèse par ces paroles :

Et l’esprit de Dieu était épandu par-dessus les Eaux.

Lorsque nous avons traité de l’Elément du Feu, nous avons dit, que
Dieu le tout puissant a mis son tabernacle dedans la lumière ou dedans
le soleil ; nous avons aussi démontré comment que la divine Majesté
engendre, comment il compose et comment il entretient toutes choses
dans le monde par le moyen de sa lumière : etc.

Nous traiterons à cette heure de l’Air, et considérerons les qualités


qu’il possède.

L’Air est chaud et humide, extérieurement invisible, mais


intérieurement visible, et encore qu’il est volatil, il peut pourtant être
fixé par le feu, et c’est alors qu’il rend tous les corps pénétrants.
C’est l’Air dedans lequel l’esprit de Dieu était épandu sur les eaux
devant la création du Monde, et c’est la lumière et l’Air dedans
lesquels ce même Esprit est encore épandu présentement, et par
lesquels et avec lesquels il pénètre toutes choses, et qu’il est partout
présent.

L’Air et la matrice de la lumière et des influences des astres,


lesquelles il attire ç soi par une inclinaison amoureuse, et les porte
(comme sur une charrette) aux lieux ou le créateur et directeur de
l’univers les a ordonnés.

C’est l’Air dedans lequel proviennent et se font les Esprits vitaux des
animaux, et entendez de sa plus pure substance qui est le plus près
approchante de la lumière; et puisque la lumière est le Moteur général
de tout, elle vient communiquer sa vertu mouvante à sa plus proche
parente et voisine, qui est l’Air le plus pur, et la darder comme du
centre ) la circonférence, pour transporter ses vertus, par des degrés
différents, comme une servante fidèle, aux végétaux, Animaux, et
Minéraux créés et à créer.

L’Air a plusieurs degrés différents de pureté, car tant plus près qu’il
est du soleil tant plus subtil et tant plus pénétrant qu’il est, mais tant
plus qu’il en est éloigné, tant plus qu’il est grossier, à cause que le
soleil ne souffre rien de grossier à l’entour de lui, vu qu’il pousse
toutes choses composées naturellement arrière de lui à la
circonférence.

Toute la plus pure substance de l’Air se tient dans sa propre sphère, et


le plus près de l’Elément de la Lumière, ou du Soleil : mais l’Air le
plus grossier est celui qui se trouve le plus près et dedans mes
Eléments de l’Eau et de la Terre.

L’Air est le conducteur de la vie et contient la vie en lui, aussi bien


celle des autres Eléments, que des trois Royaumes des Etres
composés, du végétable, Animale et Minéral : car rien ne pourrait
subsister, croître, ni se multiplier dans le monde, s’il n’y avait pas une
vertu aimantine dans l’air pour attirer à soi ce nutriment universel,
pénétrant, altérant et multipliant, comme il est à voir à l’attraction de
l’eau qu’il fait, et à la respiration itérative des animaux, qui n’attirent
pas seulement l’air à eux pour rafraîchir le cœur (selon l’opinion
vulgaire) mais principalement pour jouir de la nourriture et l’entretien
de la vie, de laquelle la sage mère Nature l’a pourvue, rejetant la partie
de l’air comme inutile lorsqu’elle en est privée.

L’Air est le conducteur et le gouverneur des Eaux, et sa vertu


aimantine est secrètement cachée dedans toute sorte de semences pour
attirer à eux cette nourriture universelle, afin qu’elle les puisse
recevoir du menstrue du Monde l’humide radical et la croissance
jusqu’au terme de l’intention de la Nature.

L’Air n’est pas seulement un conducteur et un porteur de l’Elément du


Feu, de l’Eau , et des esprits végétaux et sensitifs, mais aussi même
des âmes raisonnables et irraisonnables, comme il paraît au septième
verset du Chapitre deuxième de Genèse, où il est écrit :

Et le Seigneur Dieu avait formé l’homme de la poudre de la Terre, et


souffla dans la face d’icelui respiration de vie, et l’homme fut fait en
âme vivante.

Et HERMES TRIMEGISTE dans sa Table d’Emeraude.


Ventus portavit illud in ventre suo.
C’est-à-dire : Le Vent (ou l’Air) l’a porté dans son ventre.

Vous savez que le vent n’est autre chose qu’un air agité, comme il est
à voir à la respiration des animaux, qui peuvent souffler du vent par le
moyen de l’air, et aux fusils au vents auxquels on peut attirer l’air par
une pompe et l’y comprimer si étroitement, qu’en le relâchant, il cause
un vent et un souffle si fort, qu’il peut pousser une balle de plomb
d’une telle furie comme si elle était quasi chassée et jetée par la
violence de la poudre à canon.

C’est l’Air aussi qui fait faire des opérations si violentes à la poudre à
canon, parce qu’il est concentré dedans le salpêtre qui est le principal
opérateur de ladite poudre, lequel étant allumé subitement par le
soufre commun et par celui du charbon, fait étendre son air humide
concentré d’une très grande véhémence en sa sphère et y produit des
effets tant violents, comme il est connu.

Notre grand Dieu se sert de l’Air comme d’un instrument ou d’une


machine par laquelle il peut faire secouer et émouvoir les Eléments
inférieurs d’une telle manière que se sont des choses surprenantes et
étonnantes quand on y pense.

N’est ce pas par le moyen de l’Air qu’il fait renverser et bouleverser


des forêts, des montagnes, des châteaux, des villes, et même des Iles et
des pays tout entier ?

N’est ce pas par le moyen de l’Air agité que le Seigneur transporte les
nues de l’une région à l’autre ? qu’il fait doucement descendre la pluie
imprégnée des rayons généralement fertiles du soleil ? Qu’il fait
secouer les nuées les unes contre les autres par des vents contraires, et
qu’il les fait ainsi tomber en bas d’une grande violence ? Qu’il cause
les hurricanes ? Qu’il excite l’éclair et le tonner ?

Qu’il émeut les eaux d’une telle furie, qu’il n’y a ni digue, ni
murailles, ni aucune défense assez suffisante pour résister, mais,
qu’elles rompent, fracassent, ruinent et bouleversent des Provinces
toutes entières, faisant écraser et ruiner des maisons, des villages, des
villes, des navires et des animaux d’une perte inexprimable.

L’Air apporte de la chaleur, de la froidure, de l’humidité, et de la


sécheresse aux deux Eléments inférieurs, et aux mixtes, qui sont sur et
dedans iceux ; soit végétaux, soit Animaux ou Minéraux, et à
proportion de leurs qualités concentrées ou étendues il leur
communique de la fertilité ou de la stérilité et toutes sortes de
changements selon chacun son tempérament et naturel. Aux quelques-
uns un il augmente la vie, aux autres il fait approcher la mort ; et fait
résoudre d’autre entièrement en leurs principes, la nature de l’Air
étant une moyenne nature entre les corps supérieurs et inférieurs ;
c’est pourquoi que l’Air attire fort facilement à lui les qualités des
corps qui lui sont les plus proches. C’est aussi pour ces raisons que
l’Air inférieur ou le détroit le plus bas de l’Air est tempéré de diverses
manières.
L’Air est fort inconstant et fort sujet aux changements, et son
inconstance provient de là, qu’il est ou fort proche des Eléments
inférieurs et grossiers ou qu’il en est éloigné, entendez de l’Eau et de
la Terre, desquelles les tempéraments se changent fort facilement par
la chaleur ou par la froidure, vu que l’Air tout entier (appelé le Ciel
des Philosophes) auquel les trois autres Eléments, et toutes les autres
choses créées, et même les étoiles, ont leur demeure, et leur lieu de
repos, est comme un tamis de la Nature par où les vertus et les
influences des autres corps sont transportées.

L’Air est une fumée ou une vapeur qui est allumée de la lumière
céleste, comme pour une flamme éternelle.

Les vrais Philosophes donnent à l’Air le nom d’Esprit quand ils


parlent de leur mystère, à cause qu’il est fort proche à la nature
spirituelle ; qu’il est un serviteur fort amiable et volontaire, et qu’il est
bien un receveur, mais non pas un conservateur obstiné de la Lumière,
des Ténèbres, du Jour de la Nuit, des choses transparentes et presque
de toutes les sortes des qualités et de changements.

L’Air est divisé de quelques-uns de trois sortes de façon différentes,


qui sont l’Air d’en bas, l’Air du milieu et l’Air en Haut. Ils prennent
pour l’Air le plus bas les nues, et celui qui est dessous icelles entre les
nues et la Terre, auquel les tempêtes, la grêle, la neige et la pluie sont
formées, et où l’éclair et le tonnerre sont vu et entendu à la partie la
plus haute. Ils statuent pour l’Air du milieu celui qui est au-dessus des
nues, auquel la nature de l’Eau ne peut monter à cause de sa pesanteur
; mais auquel les vapeurs et les halaisons spirituelles, qui se causent
par les grandes chaleurs ou par les embrasements parviennent, vu
qu’elles sont déchargées de la pesanteur des vapeurs aqueuses, et c’est
pour ces raisons, que je crois qu’elles peuvent être là allumées ou par
leurs propres ou par d’autres mouvements étrangers.

Il est à présumer que la région de l’Air du milieu est souvent imprégné


abondamment, et rempli d’une graisse humide, chaude et spirituelle,
mais point aqueuse, comme sont quelques-uns nutriments du feu.
Je juge qu’il faut qu’il y ait en cette région une très grande tranquillité
et une grandissime tempérance, à cause que les vapeurs pesantes,
aqueuses, et corporelles ne peuvent monter jusqu’à là, et que cet Air,
par conséquence, n’y peut être comprimé par les vapeurs susdites,
comme elles compriment l’Air d’en bas.

L’Air le plus haut est jugé d’être un Air très pur, qui n’est infecté ni
chargé des vapeurs aqueuses, ni d’exhalaisons soufreuses, mais tout à
fait pur à cause qu’il est si proche du Ciel qu’il diffère fort peu, et
qu’il change selon ma croyance peu à peu même en Lumière.

VREDERIC
Mon très cher ami, vous avez tenu en peu de paroles un discours bien
aérien, à ma fantaisie, et qui allume mon esprit pour retoucher l’air par
ma langue, afin que vous puissiez pareillement entendre par votre
intellect, sur les tympans de vos oreilles, un petit récit de ce combien
nécessaire qu’est l’Elément de l’Air à notre œuvre des Philosophes, et
quelles opérations il y fait : de quelle façon il y est attiré par une vertu
aimantine : quels effets il fait au régime du feu extérieur : et comment
il peut être rendu visible, corporel, palpable et résistant au feu.
CHAPITRE II

Combien l’Air est nécessaire pour l’œuvre des Philosophes. Et


pour toutes les opérations chymiques. Que l’Air est la cause de la
couleur Noire. De la Blanche. Et de la Rouge. Expérience de la
fixation de l’Air invisible et impalpable.

Touchant la nécessité de l’Air pour l’œuvre des Philosophes : je puis


donner des assurances que notre sperme Mercuriel peut tout aussi peu
être préparé sans l’Air, que le sperme Animal, et les semences des
végétaux ; vu que c’est l’Air qui donne l’haleine à notre homme et
femme métallique, afin qu’ils puissent faire émission de leur sperme
dans la conjonction vénérienne.

C’est l’air qui fait joindre les spermes par ensemble, et qui les fait
couler en menstrue.

C’est l’Air qui fait putréfier la semence métallique dans son menstrue.

C’est l’Air qui donne la vertu opérante en juste proportion au feu


matériel du bois, des tourbes et des charbons pour entretenir l’œuf des
Philosophes dans une chaleur requise à son couvement.

C’est l’Air qui souffle et qui porte les rayons du soleil à notre aimant
Mercuriel, lesquels donnent l’âme, l’esprit et la croissance au fruit des
Philosophes, qui l’entretiennent en vie, et qui le font croître et fleurir
jusqu’à sa perfection entière.

La moindre opération chymique ne peut être parfaite sans l’aide de


l’Air.

Comment ferez-vous couler les sels sans addition d’aucune matière


humide si l’air vous manque ? et au contraire, comment en ferez-vous
évaporer l’humidité, faute de l’air ?
Comment ferez-vous les solutions, coagulations, sublimations,
cohobation, fermentations, putréfactions, et d’autres opérations
chymiques nécessaires pour l’œuvre des Philosophes, et
particulièrement dans un seul verre, avec une seule matière sans
addition d’aucune chose étrangère, si l’air, qui est un médiateur entre
le feu et l’eau, ne représentait ici la principale personne à la comédie
de la Nature ?

Il faut que l’Air fasse mouvoir la Putréfaction par la Fermentation, et


qu’il fasse paraître la couleur Noire.

Il faut qu’il sublime et qu’il putréfie si longtemps la matière noire et


puante de son impureté jusqu’à que le corbeau noir, sale et puant se
transforme en cygne qui est beau, agréable à la vue, et à l’odorat, et
blanc comme neige.

Il faut que l’air fasse voler ce Cygne, et le battre l’eau avec ses ailes
par une cohobation et circulation itérative si longtemps, qu’il ne
vienne pas seulement à changer ses plumes blanches en une couleur
citrine et jaune, mais aussi en une belle couleur rouge pareille à sa
chair.

Vous avez généralement fait mention que l’Air invisible et volatil peut
être rendu visible et fixe : Qu’est ce qu’il vous en semble ? Les rayons
du soleil dedans l’air, du temps qu’ils sont attirés par l’aimant des
Philosophes, ne sont-ils pas invisibles et volatils ? vous ne sauriez
répondre que oui. Et lorsqu’on fait les rotations ou les circulations des
Eléments de l’œuvre secret des Philosophes, les couleurs susdites la
Noire, la Blanche et la Rouge ne viennent-elles pas à paraître
successivement ?

FRANÇOIS
Assurément : car je les ai vu aussi bien que vous.

VREDERIC
Mais si cette matière demeure dans un tel état, qu’elle ne vienne pas à
attirer les rayons du soleil et de la Lune, par le moyen de l’air,
pourriez-vous bien faire paraître les susdites couleurs capitales
successivement par aucune autre voie du monde, premièrement la
Noire ; secondement la Blanche, et finalement la très belle et très
excellente couleur Rouge ?

FRANÇOIS
Non pas par aucune autre voie du Monde.

VREDERIC
Il faut que vous croyez que vous confessiez donc avec moi, que ces
couleurs et ces autres métamorphoses dedans notre matière sont
produites visibles, et rendues corporelles par le moyen de l’Air
imprégné des rayons du soleil.

FRANÇOIS
Je confesse fort volontiers avec vous ; et souhaiterais avec une passion
extrême d’entendre si quelqu’un pourrait faire voir les trois couleurs
capitales, dans une même matière, et dans un même verre, par aucune
autre voie, que par celle que nous venons de dire.

VREDERIC
Cela ne se peut : ce pourquoi émerveillez-vous avec moi des
grandissimes merveilles de Dieu, et ne soyez pas ingrat au Seigneur,
qu’il vous a envoyé et qu’il vous a rendu palpable ces trois visions
capitales par sa lumière céleste et par son Air divin.

Voyez quel Elément admirable qu’est l’Air, et combien ma pratique


concorde avec votre Théorie ?

FRANÇOIS
Il en est ainsi comme vous dites, et les effets de nos paroles
n’accorderaient avec nos noms de baptême s’il en était autrement, Car
nous serions en une contention continuelle ensemble, selon la manière
d’aujourd’hui, ce qui serait tout à fait contre notre inclination au lieu
que nous n’aimons rien plus qu’une conversation paisible et
respectueuse, et qu’un entretien fondé sur des vérités.

VREDERIC
Il en doit aller ainsi entre tous les bons chrétiens qui sont doués d’une
probité sincère, à qui l’Air doit aussi servir particulièrement pour
exécuter la volonté de leur créateur, non seulement avec les machines
de leurs corps, mais ils doivent outre cela chercher à pénétrer au
travers de l’Air très subtil et Spirituel avec leurs âmes raisonnables
pour tacher de montrer et d’approcher la Lumière éternelle et incréée,
et de se rendre participants des grâces divines de leur Dieu et de leur
Seigneur.

Ceci soit assez discouru de l’Air, cessons de parler davantage des


Eléments spirituels et descendant aux Eléments matériels et corporels
voyons ensuite de quelle façon que l’Elément de l’Eau se laissera
manier dedans la chambre de l’Anatomie de la Nature : je m’en vais
entamer cette matière s’il ne vous est contraire.

FRANÇOIS
Fort bien : Commencez au nom de Dieu.
LE SIXIEME DEGRE

DE L’ELEMENT DE L’EAU ET DE L’EAU DES


PHILOSOPHES.

CHAPITRE I

Que l’Eau est un réceptacle des deux Eléments supérieurs. Des


qualités de l’Eau. Que l’Eau est le sperme du Monde. Pourquoi les
sels attirent l’humidité. Combien nécessaire qu’est l’Eau auprès
des sels. Après du sel commun. Auprès du Salpêtre et vitriol.
Auprès du soufre. Que la mer est le centre de l’Eau. Grandes
puissances de l’Eau.

FRANÇOIS
Nous avons fait mention de l’Air, qu’il est le réceptacle de la vertu
mouvante et opérante du soleil et de ses rayons vivifiants, nous dirons
et démontrerons présentement ici que l’Elément de l’Eau a une vertu
et une faculté attirante pour attirer et pour recevoir les deux Eléments
actifs, l’Air et la Lumière, laquelle est prise, de la plupart, pour le Feu,
comme nous avons dit.

La propriété et la qualité principale de l’Eau c’est être humide, ce qui


paraît assez par-là, qu’elle rend humide presque tout ce qu’elle touche,
étant d’une nature moyenne entre l’Air et la Terre, et entre le subtil et
le grossier.

L’Eau est participante de l’humidité et de la froidure et plus


particulièrement de l’humidité, de laquelle elle est la base et la racine,
à cause qu’elle mouille naturellement par son humidité coulante, et les
composés humides sont dits humides à proportion qu’ils contiennent
peu ou beaucoup d’Eau en eux.
L’Eau peut être dite, à bon droit, un Mercure ou un Esprit des autres
Eléments parce qu’elle accepte quelquefois la nature d’un esprit et
parfois celle d’un corps ; car lorsqu’elle a pris la forme d’un esprit,
elle ne prend pas seulement avec elle les vertus et la nature de tout ce
qui est dedans, dessus et à l’entoure de la Terre, mais étant monté en
haut elle reçoit aussi les vertus des Eléments supérieurs, lesquels
viennent premièrement à être changées en nuages, et puis étant
métamorphosées en pluie, elles viennent à tomber sur la terre, et
s’assembler là, par des révolutions itératives, en un menstrue corporel
de toute la Nature.

L’Eau est le sperme du monde, auquel la semence spirituelle de toutes


choses est conservée.

La Terre se purifie et se dissout dans l’eau : l’Air s’y coagule : et le


Feu s’y arrête et s’y lie très fermement avec les autres.

L’Eau est le premier sujet de la Nature dans laquelle elle emploie sa


première sollicitude, son soin et son labeur, comme il est à voir à la
génération et à la multiplication des végétaux, des Animaux et des
minéraux.

Elle accepte très volontiers toutes sortes de qualités de quelle odeur ou


de quel goût qu’elles soient.

C’est l’Eau que les dons et les vertus spirituelles sont communiquées
tout premier ; c’est là où qu’elles vont loger, et où elles commencent à
faire paraître leurs premières opérations.

Les sels attirent naturellement l’eau à cause que les sels ont été une
humidité auparavant qu’ils ont pu devenir des sels.

L’Eau est aussi très nécessairement requise auprès des sels, vu que les
sels ne pourraient procurer sans elle les effets qu’ils doivent auprès
des végétaux, Animaux et Minéraux.

Car ni le sucre, ni le miel, ne pourraient préserver les fruits contre la


corruption, s’ils ne pouvaient être dissous par l’Eau.
Le sel commun ou de mer ne pourrait pas garder les viandes, les
poissons et d’autres de putréfaction, ni leur donner un goût agréable et
salutaire, s’il n’était dissout et traité avec de l’eau auparavant.

Pareillement les métaux et les minéraux ne pourraient pas être servis


commodément du salpêtre, du vitriol, de l’Alun, du sel Armoniac, du
sel commun et d’autres, s’ils n’étaient réduits en des humidités par
lesquelles l’anatomiste de la Nature les puisse produire et parfaire à
des être meilleurs, si les sels ne pouvaient être dissout par le moyen de
l’Eau, et qu’ainsi les esprits n’en pourraient être distillés.

N’est ce pas l’Eau qui est nécessairement requise pour la solution du


soufre commun, et de toutes les matières bitumineuses comme sont la
résine, la cire, l’arcanson, l’Asphalte, la poix, le suif, les huiles et
d’autres ? je vous prie de me dire comment que vous pourriez bien
joindre aucune des susdites avec les sels sans l’addition de l’Eau.

L’Eau ou l’humidité est de plusieurs sortes et de qualités fort


différentes, aussi bien au Macrocosme qu’aux Microcosme.

On n’a pas seulement la mer pour le centre et pour la base ou le


fondement de l’Eau au Macrocosme, de laquelle toute l’eau a son
origine, et de laquelle elle s’étend à la circonférence, aussi bien
dedans que dessus la Terre, d’où proviennent les fontaines, les eaux
douces, salées, amères, acides, soufreuses, minérales, métalliques,
médicinales, vénéneuses, et quantité d’autres : Mais elle fait aussi ses
opérations de plusieurs manières selon le bon plaisir de l’auteur et du
moteur de la Nature, ôtante et détruisante la Terre par places, et la
remplaçante en la faisant accroître en d’autres : faisant enfoncer et
abîmer par places des villages, des villes, des Pays et des Provinces :
et en faisant recroître d’autres, et ressortir des Iles toutes entières hors
des Eaux et hors de la Mer même.

Il est impossible à la Nature de subsister sans l’Eau, ni de faire aucune


opération parfaite sans icelle.
Comment la Terre pourrait-elle subsister sans l’Eau, vu que l’Eau est
celle qui forme et qui donne principalement le corps à la Terre ?

Comment l’Air pourrait-il être privé de l’Eau quand on considère que


l’Eau est le soutient et le fondement de l’Air ? L’Air ne serait-il pas
continuellement enflammé ? et la Terre ne serait-elle pas séchée à une
tête morte, et ne serait-elle pas brûlée à une matière vitreuse, si l’Eau
leurs venait à faillir ?
CHAPITRE II

Que la Nature produit tous les mixtes par une humidité visqueuse.
Comme les Animaux. Les végétaux. Et les Métaux. Combien
nécessairement que l’Eau est requise pour les végétaux. Et pour
les Animaux. Que l’Eau est le principal opérateur dans l’œuvre
des Philosophes.

La Nature forme ses premiers principes de l’Eau et de la Terre, pour


en construire les corps, vu que ces deux sont les deux natures les plus
épaisses entre les Quatre Eléments : car il se fait une matière
glutineuse de leur mixture parfaite, dans laquelle tous les Eléments
sont confusément ensemble, comme dans un chaos, et c’est d’une telle
matière ou d’un tel limon humide que tous les Animaux sont
provenus.

Les semences des végétaux se résolvent pareillement en une matière


limoneuse, et s’établissent puis après par des degrés en des corps
végétaux.

Et c’est de la même manière que les métaux se produisent ; car il se


fait une eau grasse ou limoneuse du soufre et du Mercure parfaitement
bien mêlés ensemble, laquelle se digère par la longueur du temps en
des corps durs tillasses, et métalliques.

Combien nécessairement que l’Eau est requise pour les Microcosmes


et combien peu que les microcosmes peuvent subsister sans l’Eau :
encore que cela est assez bien à voir, à ce que nous venons de
discourir du Macrocosme, nous traiterons pourtant encore un peu plus
particulièrement de la nécessité de l’Eau pour les mixtes, et
premièrement pour les végétaux.

L’Eau n’est pas seulement très nécessairement requise pour les


végétaux, (comme nous avons dit) afin que de réduire leurs semences
à une matière limoneuse, mais principalement pour les faire fermenter
et végéter, car il est impossible à la nature d’émouvoir l’esprit
végétable et de le faire agir, si elle ne leur amène par le moyen de
l’Eau le sel de la terre, qui donne la principale nourriture à tous les
végétaux, et qu’elle ne le fasse fermenter avec elles par une circulation
itérative dedans les fibres et canaux d’iceux : Qu’elle ne le fasse
changer en suc, en moelle, en paille, en bois en écorce, en tiges, en
feuilles, en fleurs, en fruits, en graines ; et qu’elle ne se fasse prendre
et coaguler en herbes, arbres, fruits et en semences parfaites selon la
qualité et selon la perfection qui est requise pour un chacun en
particulier.

L’Eau n’est pas moins requise pour les Animaux ; et ce non seulement
afin que de pouvoir conserver la semence ou l’esprit Animal qui est
dans le sperme pour en faire la transfusion dedans la matrice : mais
aussi principalement pour en arroser l’utère, afin que l’esprit subtil
animal y étant conçu et enfermé, puisse commencer à s’y mouvoir, à
s’y augmenter, et à y devenir opératif jusqu’à la perfection de son fruit
; l’Eau n’est pas moins en après nécessaire, vu que ni la viande, ni le
breuvage, ni aucune nourriture, ni le chyle, ni le sang, ni la lymphe, ni
le cœur, ni le cerveau, ni le foie, ni les poumons, ni la rate, ni les
veines, ni les nerfs, ni les os, ni les muscles, ni les ligaments, ni la
peau, ni les cheveux, ni les ongles, ni l’urine, ni la sueur, ni les
excréments, ni généralement aucun autre corps composé puisse être ou
subsister en son être sans icelle, comme il est très évident dans
l’examen des corps composés quand nous en faisons la section par
l’anatomie chymique, et comme il est connu assez à tout les entendus.
Combien l’Eau est besoin au Royaume Minéral, je le déferrerai à votre
sentiment et en entendrais volontiers vos expériences.

VREDERIC
Je vous conterai fort bien : mais pour vous dire mon avis en peu de
paroles, il me semble qu’il n’est pas besoin de traiter si amplement de
l’Elément de l’Eau comme il nous en supéditerait bien de la matière,
par ce qu’au lieu, où nous formerons notre discours en particulier des
Trois Royaumes, l’Eau nous viendra aussi fort bien à point pour faire
couler l’encre sur le papier, vu que tant plus que nous nous étendons
du centre à la circonférence pour écrire des choses naturelles tant plus
de matière que nous sera fournie pour faire remouvoir la plume, mais
puisque notre intention est d’être succinct et que mon dessein est
principalement d’agir par des démonstrations, je ne dirai ici, que l’Eau
n’est pas seulement le principale matière de l’œuvre des Philosophes,
mais qu’elle y est aussi l’opératrice principale, aussi bien au
commencement, qu’eu milieu et qu’à la fin, puisqu’il faut que notre
Hermaphrodite soit au commencement lavé longtemps avec elle : qu’il
soit tellement purifié par elle qu’il soit rendu propre et capable de
recevoir la semence de l’Air et de la Lumière, de la nourrir et de la
défendre jusqu’à la maturité parfaite de son fruit.

Quand notre matière est produite de la Nature au point qu’il faut que
l’Artiste y mette la main pour l’aider à la faire parvenir en plus grande
perfection, la nature la présente alors dans l’état d’une matière
humide, qui contient une Eau très pure.

Lorsque ladite matière est dans l’état de la fermentation et de la


putréfaction, jusqu’à tant que la couleur Noire paraisse, cela ne se peut
faire par aucune autre voie que par celle de l’Eau.

Pareillement : quand vous avez intention de faire voir la couleur


blanche : vous avez vu qu’il faut que cela soit fait et conduit par l’Eau
: et que la belle vache Io, et le Cygne blanc et enflé ne peuvent être
produit sans Eau aussi peu qu’un melon ou une citrouille sans icelle.

On ne saurait avancer d’aucune autre manière à la couleur jaune, car


cet œuvre n’est conduit à ce degré de perfection que par l’humidité, vu
qu’une fleur de crocus ou de nymphéa peut avoir tout aussi peu sa
couleur jaune que la matière des Philosophes sans la conduite de
l’Eau.

Tout ainsi faut-il qu’il soit procédé jusqu’à la couleur Rouge, et


comme il est impossible que le chyle blanc des animaux peut être
avancé sans humidité jusqu’à la perfection d’un sang rouge ; tout aussi
peu est-il possible à la nature et à l’Artiste, d’aider le lait virginal
blanc sans Eau, à le faire changer en le sang rouge de Dragon : et la
Pierre des Philosophes même étant produite jusqu’à sa plus haute
perfection se doit fondre comme la cire sur un petit feu, et couler
comme une eau fixe, sans donner aucune vapeur.
L’Eau (en un mot) est l’Elément, dans lequel, par lequel et avec lequel
et avec lequel il faut que la plupart des opérations chymiques soient
faites, car il faut que les solutions, les coagulations, les fermentations,
les putréfactions, les distillations, les cohobation et d’autres
semblables soient procurées par l’aide de l’Eau ; et comme vous avez
démontré les qualités de l’eau et combien elle est nécessaire dedans le
cours de la Nature, tout ainsi trouvez-vous de même que ses qualités
sont requises dans l’art, vu que l’art ne doit être considéré qu’une
suivante fidèle et volontaire de la Nature : et il faut nécessairement,
qu’en cas que l’art vienne à s’égarer de l’ordre de la Nature, qu’elle
produise quelque monstre ; mais pour donner de notre coté un
fondement ferme et solide à l’Elément de l’Eau et à l’Art, nous
tacherons de préparer la Terre pour cette fin, et d’examiner combien
qu’elle est nécessaire pour la perfection de la machine du Monde, et
pour l’œuvre des Philosophes, quelles qualités qu’elle possède, et
comment et de quelle manière elle doit être cultivée, aussi bien au
regard du grand, qu’à la considération du petit Monde des
Philosophes.
LE SEPTIEME DEGRE

DE L’ELEMENT DE LA TERRE ET DE LA TERRE DES


PHILOSOPHES.

CHAPITRE I

Des qualités de la Terre. Pourquoi la Terre est froide. Pourquoi la


Terre est poreuse. Que la Terre reçoit les trois autres Eléments.
Que la Terre a été au commencement unie à l’Eau, éprouvé par la
Genèse de Moïse. Que la Terre a été imprégnée dès le
commencement. Comment il est à croire que la Terre sera
métamorphosée quand le monde périra.

FRANÇOIS
La Terre est le plus pesant, le plus grossier et le plus Solide des Quatre
Eléments.

La qualité principale de la Terre est d’être froide et sèche, mais plus


froide que sèche, vu que la sécheresse provient plutôt par accident que
naturellement, à cause qu’à la création de la Terre l’Eau a été, selon
l’aspect extérieur, le corps le principal et le premier visible de laquelle
la Terre a été séparée.

Que la Terre possède entre ses qualités la Froidure pour la principale,


cela provient de ce qu’elle contient le plus de la Nature obscure et
opaque de la Première matière.

Il n’y a rien de plus épais ni de moins transparent que la Terre, à cause


de son corps ou de sa matière très grossière et très épaisse, laquelle ne
laisse pas passer la lumière que très difficilement, et c’est à cause de
sa très grande froidure qu’il arrive que la Terre est dure, coagulée et
malaisée à fondre, comme il paraît au sable, au marbre, aux rochers, et
aux autres matières pierreuses, qui sont d’une qualité et d’une nature
froides et concrues d’une substance terrestre.

Encore que la Terre soit naturellement froide et sèche, notre grand


Dieu l’a pourtant créée en sorte que son corps est fort poreux et
spongieux, aussi bien pour pouvoir servir d’un réceptacle des autres
Eléments que d’une mère et d’une nourrice de tous les Etres qui sont
composés des Eléments afin que la froidure et la sécheresse de la
Terre pussent imbiber et engloutir avec avidité la chaleur de l’Air et
de la Lumière, et l’humidité de l’Eau, et que la Terre, qui est stérile à
cause de sa froidure et de sa sécheresse, put être rendue fertile par la
chaleur et par l’humidité, qui sont les principales causes de toutes les
générations ; et afin qu’elle put comprendre et contenir en elle les
quatre qualités en telle mesure et d’un tel poids, qu’elle fut capable de
produire en son ventre, et de nourrir avec ses seins les végétaux aussi
bien que les Animaux et les Minéraux jusqu’à les limites données de
Dieu à la Nature pour leur perfection. Et ceci est conforme à ce que le
saint homme de Dieu et Prophète Moïse dit au Premier chapitre de
Genèse vers. 2ème.

La Terre était sans forme et vide, et les ténèbres étaient sur les abîmes
: (y joignant aussitôt auprès)

Et l’esprit de Dieu était épandu par-dessus les Eaux.

Et au verset 9.
Que les eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu et que
le sec apparaisse.

Et au verset 10.
Et Dieu appela le sec Terre : il appela aussi l’assemblée des Eaux
Mers.

Et au vers. 11ème.
Et Dieu dit, que la Terre produise verdure, herbe procréante semence,
et arbre fructifiant, faisant fruit selon son espèce, lequel avait sa
semence en soi même selon son espèce.
Et au vers. 24.
Outre Dieu dit : que la Terre produise créature vivante selon son
espèce, bétail et reptile et animaux de la Terre selon leur espèce.

Et au vers. 26.
Et Dieu dit faisons l’homme à notre image, etc.

Au Chap. 2. vers. 4, 5, 6, et 7ème.


Telles sont les générations du Ciel et de la Terre quand ils furent créés
au jour que le Seigneur Dieu fit la Terre et le Ciel. Et tout jetton du
champ, devant qu’il fut dans la Terre, et tout herbage du champ devant
qu’il germât : car le Seigneur Dieu n’avait point fait pleuvoir sur la
Terre, et n’y avait homme pour labourer la Terre : mais une vapeur
montait de la Terre. Et le Seigneur Dieu avait formé l’homme de la
poudre de la Terre, et souffla en la face d’icelui respiration de vie, et
l’homme fut fait en âme vivante, etc.

Il est assez à connaître par ces paroles que cette Terre froide, dure,
opaque, obscure, infusible, spongieuse et poreuse a été unie, au
commencement de la création, à l’Eau, et qu’elle a été une même
matière avec elle, devant qu’elles ont été séparées d’ensemble ; que la
séparation de la Terre d’avec l’Eau n’a été faite que le troisième jour,
que l’Esprit de Dieu était épandu, dès le commencement, sur les Eaux
; et que les eaux, (dedans lesquelles la Terre était radicalement unie)
ont été tellement imprégnées de cet Esprit et de sa Lumière tant
pénétrante, que les Eaux ont été assemblées en un lieu, selon
l’ordonnance de Dieu et que le sec est paru au jour, lequel il a appelé
terre, laquelle ayant fait sécher de son humidité par la vertu opérante
de la Lumière, elle a retenue près d’elle les semences spirituelles des
végétaux et des Minéraux, et a été douée d’une fertilité si grande,
qu’elle a été devenue enceinte comme la vierge imprégnée du St.
Esprit : de sorte qu’elle a été depuis, qu’elle est encore, et qu’elle sera,
(s’il est la volonté du Seigneur) tant que le Monde durera, capable non
seulement de se multiplier ou augmenter en grandeur par les
semences, mais d’en entretenir même aussi les Animaux, (qu’il a créé
le cinq et sixième jour,) et de les nourrir ; le grand Dieu ayant créé et
entretenu la machine du monde depuis son commencement d’une telle
tempérance et en un tel équilibre des Eléments, auquel il le conserve
encore pour le jourd’hui de même, en telle sorte, que l’un ne surmonte
l’autre en vertu, vu qu’autrement la Hermoniene aurait pu subsister, ni
ne pourrait subsister encore aujourd’hui, car la rotation des Eléments
parfaite ne se pourrait faire, laquelle venant à manquer, il est à
présumer que le Seigneur augmentera le Feu Elémentaire dessus et
dedans la Terre, qu’il la fera sécher de son humidité d’une telle forte
que la Terre ne deviendra pas seulement calcinée, mais qu’elle sera
métamorphosée en un être meilleur, et qu’ainsi en sera produit un
Monde nouveau d’une Nature spirituelle, incorruptible et glorieuse, et
qui ne sera plus sujet à aucun changement.

L’Elément de la Terre, lequel nous dit être froid et sec, n’a pas
seulement dedans, mais aussi dessus et à l’entour d’elle plusieurs
sortes de Terres de différentes natures ; et les mixtes même ont leurs
Terres particulières aussi bien au Royaume Végétable, qu’Animal et
Minéral.
CHAPITRE II

Que la Terre n’est autre chose qu’un soufre fixe. Comment que la
cendre des montagnes embrasées n’est autre chose que du soufre
fixe. Comment que la cendre des montagnes soufreuses devient
Terre. Que la Terre n’a pas été fixe au commencement de la
création. Démonstration chymique sur ce sujet du soufre
commun.

La Terre étant considérée étroitement, n’est autre chose qu’un soufre


fixe et irréducible, qui ne peu seulement être fait et tiré par notre art
chymique de tous les composés du monde, comme vous savez, mais
aussi du soufre vulgaire, des esprits végétaux, et des huiles des
animaux.

La Terre la plus fixe et la plus irréducible dedans et dessus la Terre se


trouve aux environ les lieux où sont les montagnes et les lieux
souterrains de soufre, lesquelles étant allumées jettent et vomissent
une très grande quantité de cendres à l’entour d’elles, lesquelles ne
sont rien autre chose que du soufre fixe ou de la terre, comme nous
avons dit : il faut pourtant faire distinction entre ledit soufre fixe et les
cendres soufreuses minérales et métalliques, et aussi celles qui sont
devenues pierreuses et vitreuses, comme sont celles qui sont changées
de nature, soit par les sels, soit par la conjonction susdite de l’eau et
du feu, qui y sont souvent des étrangers métamorphosés à proportion
que l’un ou l’autre vient à prédominer ; car ces cendres, ou soufre fixe
susdits (encore qu’elles soient de leur nature et sans l’addition d’autres
choses, irréductibles, inutiles, ni propres à aucune chose) peut,
moyennant la rotation des Eléments supérieurs, peu à peu être réduit à
la nature d’une terre commune, et changé d’une telle manière qu’elle
peut devenir une mère et une nourrice propre pour concevoir la
semence des végétaux et des Minéraux pour les alimenter jusqu’au
degré de leur perfection, et que plus est, pour en faire vivre et
entretenir les Animaux, et d’exécuter en tout la volonté du Créateur de
même que fait la Terre générale, ce qui est très facile à connaître à
tous les experts de la Nature, quand ils vont considérer et pénétrer la
Nature de la Terre aux environ des places soufreuses, comme ils le
peuvent démontrer réellement et clair comme le jour par l’art joint à la
Nature, comme j’en attends ici les expériences et les démonstrations
de vos grâces.

VREDERIC
Je ne refuserai pas à donner satisfaction à vos désirs, et de vous
délivrer de la peine que vous pourriez prendre à la poursuite de ce
discours, étant assez persuadé que vous l’auriez pu continuer aussi
bien que moi.

Vous portez fort bien à propos les paroles du Prophète Moïse au


Genèse I. Chap. 2ème verset.

Et la terre était sans forme et vide, et les ténèbres étaient sur les
abîmes, et l’Esprit de Dieu était épandu par-dessus les eaux, etc.

Il est à soutenir que la Terre n’a pas encore été fixe au commencement
de la création de l’Elément de la Terre, à cause qu’elle était encore
unie à l’Eau, et qu’elle n’en était pas encore séparée par la fixation, ce
qui est assez à connaître par ces paroles :

La Terre était vide : car il fallait bien qu’elle fut vide si longtemps
qu’elle n’était encore séparée des autres Eléments, et c’est pour cette
raison que ces paroles y suivent aussitôt :

Et les ténèbres étaient sur les abîmes

Il est à soutenir qu’on doit entendre par les Ténèbres sur les abîmes,
qu’il fallait que la putréfaction et la couleur Noire se montrât premier
et devant la séparation des Eléments combinés, auparavant que la
Terre fixe ou le soufre fixe pouvait paraître ; ce pourquoi il dit.

Et l’esprit de Dieu était épandu par-dessus les Eaux.


L’Esprit de Dieu a été l’opérateur, du temps de la création, et il a été
le séparateur des Eléments par ses puissantes vertus et opérations,
comme il est à voir en ces paroles.

Et Dieu dit :
Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu, et que
le sec apparaisse. Et Dieu appela le sec Terre : Il appela aussi
l’assemblée des eaux mers.

Si vous voulez avoir démontré à cette heure que la Terre a été un


soufre commun et volatil avant la séparation d’icelle des Eaux, selon
ma soutenue ci-devant, qu’il n’a pas bien pu être autrement, et
comment la Terre ou le soufre volatil est réduite à un soufre ou une
Terre fixe, je vous exposerai les expériences suivantes à examiner, et
vous trouverez, que ce que nous venons de proférer sera trouvé
conforme à la vérité.

Prenez du soufre vulgaire très fin, ou des fleurs de soufre, mettez-le


dans une fiole ou dans une cornue de verre, versez dessus autant d’une
bonne lessive faite de cendre de quelque végétable, et les digérez
ensemble jusqu’à que tout le soufre soit dissout en une liqueur fort
rouge, versez cette huile par un filtre, afin que vous soyez assuré, qu’il
n’y demeure rien de terrestre, remettez cette liqueur dans une cornue,
et distillez fort lentement l’humidité, qu’il ne reste plus dans la cornue
qu’un sel desséché, faites ainsi cimenter ce sel soufreux l’espace de
deux ou trois fois vingt quatre heures par un tel degré de feu que le
soufre ne se puisse sublimer au col de la cornue, faites peu à peu
éteindre le feu pour empêcher que le verre ne se casse, lequel étant
refroidi, vous le nettoierez avec un linge mouillé, versant autant de
l’eau commune dessus la matière qu’elle puisse dissoudre le sel que
toute la matière contient, et vous trouverez au fond du verre une bonne
partie du soufre fixe, ou de la terre qui rendra votre lessive trouble,
lequel étant dulcifié, séché et mis au feu dans un creuset, vous verrez
qu’une partie de votre soufre commun sera devenu d’une nature
tellement fixe et irréductible, qu’il ne pourra être réduit tout seul es
sans addition d’autres choses, par le feu en aucun autre corps qu’il a, à
savoir en un soufre ou terre fixe, hormis qu’elle peut être préparée par
les sels d’une telle manière, qu’elle peut devenir capable et propre de
produire des végétaux et des minéraux aussi bons et tout aussi propres
à nourrir et à entretenir les Animaux que la Terre générale peut faire.

Ce serait bien assez démontré par ceci que la Terre commune n’a été
qu’un soufre vulgaire avant la fixation et la séparation d’icelle d’avec
l’Eau, et que les semences de tous les végétaux et des minéraux y
peuvent être semés, nourries et produites à leur perfection : mais pour
vous montrer, qu’un soufre fixe ou terre peut être tiré et fait de tous
les végétaux, Animaux et Minéraux, vous pourrez prendre la peine de
considérer les expériences qui suivent.
CHAPITRE III

Que la Terre ne contribue rien aux végétaux qu’un sel humide.


Des expériences comment on peut faire provenir un soufre fixe des
végétaux. Qu’il y a un soufre caché dedans les végétaux qui est de
la même nature de celui du soufre vulgaire. Expériences comment
on peut faire produire un soufre fixe des corps des Animaux. Et
aussi des Minéraux.

Il est connu à peu de personnes, qui font recherches des secrets de la


Nature, que la Terre ne contribue en rien autre chose pour
l’accroissement de la plupart des végétaux, (qui proviennent des
semences, ou par les opérations des Eléments supérieurs,) qu’une
proportion du d’un sel nitreux et de l’humidité, et qu’il se trouve
pourtant une grande quantité de soufre fixe ou de terre, (vulgairement
appelée des cendres) lorsqu’on les a brûlé. Cette terre (mon très cher)
ne peut avoir été autre chose, comme vous savez, qu’un soufre
commun, qui s’est fixé, durant son brûlement, en une terre ou soufre
fixe, ou cendre ; et ce par le moyen du sel ou de l’acidité qui a été
auprès : Et pour vous montrer, qu’il ne peut être aucune terre dedans
les végétaux, vous n’avez qu’à prendre quelque végétable, le laver, le
piler ou haché bien fin, le mettre dans de l’eau forte, ou dedans
quelqu’autre corrosif, et le digérer quelque temps avec elle, et vous
expérimenterez que le dit végétable tout entier se dissoudra d’une telle
manière qu’il n’en demeurera non plus que vous pourrez mettre dans
l’œil, mais que le tout sera changé en une eau ou humidité
transparente, ce qui fait voir qu’il n’y a eu aucune terre ou cendre
dedans le végétable, vu qu’il est assez connu que l’eau forte et les
autre corrosif n’ont aucune prise à la terre, soufre fixe, ou cendres et
qu’ils les laissent sans les attaquer aucunement.

Voilà une seconde séparation de la terre qui se fait des quatre


Eléments généralement combinés ensemble.

Je vous en donnerai une troisième d’une autre manière.


Prenez du sel commun, dont on se sert pour saler les viandes et à la
cuisine, parties 3, et de l’huile de soufre ou de vitriol 2 parties, faites
dissoudre votre sel avec de l’eau commune, ajoutez y l’huile susdite,
distillez en l’humidité, prenez le sel qui est demeuré au fond du vase,
pulvérisez-le, mêlez-y environs la quatrième partie de charbon de bois
en forme de poudre fine, selon l’aspect et non pas selon le poids)
faites bien fondre cette matière ensemble dans un creuset au fourneau
à fondre, laquelle étant bien fondue vous lui donnerez du charbon
pulvérisé de temps en temps avec une cuillère de fer, jusqu’à que vous
voyez que la matière se tienne en repos dedans le creuset, car c’est
alors que le loup affamé est rassasié, cette matière étant bien fondue
versez-la dans un mortier ou dans quelqu’autre vaisselle de cuivre
chauffée, laissez-la refroidir, pillez-la en poudre fine, dissolvez avec
de l’eau commune ce qui peut être dissout, filtrez l’humidité salée,
laquelle passera d’une couleur rougeâtre, faites évaporer l’humidité à
la consistance du sel par une cornue, et faites cimenter votre rémanent
tout doucement environ le temps de cinq à six jours, cassez votre
cornue, pillez la matière bien fine et dulcifiez-la avec de l’eau
commune, et vous trouverez une poudre noirâtre, laquelle n’est rien
autre chose que le soufre qui a été dedans le charbon, car lorsque vous
rougirez votre cornue par des degrés de chaleur, le soufre volatile se
sublimera au col d’icelle, tout semblable à celui qu’on tire des mines
de soufre, aussi bien en couleur qu’en toutes sortes d’autres qualités,
et celui qui est devenu fixe, il demeurera au fond du verre, comme une
terre, laquelle ne peut être refondue par aucun feu, à moins qu’on lui
ajoute des sels, qui la font réduire en verre comme il se fait de la terre
et du sable.

Si vous désirez une expérience au Royaume Animal, à savoir de


quelle façon il s’en peut tirer un soufre volatile et fixe, semblables à
ceux que nous venons de dire?

Prenez un morceau du cœur, une partie du cerveau, du foie, du


poumon, de la chair, des ossements, ou de quelque partie du corps
animal qu’il vous plaira, mettez-la dans une cornue, faites-en évaporer
l’humidité par les degrés du feu, donnez à la fin du feu tant que la
cornue rougisse, et que la matière rémanente devienne en charbon
noir, ôtez-en le charbon, pilez-le, et traitez-le de la même manière,
comme nous avons dit ci-devant amplement des végétaux, et vous
produirez de cet animal un tel soufre vulgaire volatil aussi bien, que
fixe et irréductible, comme nous en avons tiré des végétaux.

C’est de la même manière que vous pouvez procéder avec les


minéraux, et particulièrement avec l’Antimoine qui vous donnera
aussi deux sortes de soufre, l’un volatil, et l’autre fixe, mais il sera
nécessaire, que les flèches et les lances, pour tirer et pour tuer ce
griffon, soient fortifiée et aiguisées un peu d’avantage.

Touchant les métaux, mon très cher, ils veulent être traités encore
d’une autre manière, vu que leur soufre est beaucoup plus fixe, qu’il
n’est dedans les mixtes des deux Royaumes précédant, et qu’il y est
lié si fortement, que ceux qui se voudront mêler de le délivrer de la
prison des métaux, qu’il faudra qu’ils implorent le secours du plus
grand Dieu, de Jupiter et de son fils Mercure, parce que sans l’aide
d’iceux et sans leur assistance ils n’auront jamais la moindre
espérance du monde de jouir de l’aspect de la toison d’or, ni de la
Salamandre résistant au feu à jamais.

FRANÇOIS
Vous avez bien assez clairement démontré par vos propos précédant
de quelle façon qu’on peut produire du soufre commun et un soufre
fixe ou terre, du soufre des végétaux et des Animaux, mais il me
semble (sous votre correction) que vous avez encore dit trop peu, de
quelle façon que le soufre peut être tiré des métaux, et qu’il sera
nécessaire que nous nous entretenions un peu davantage de cette
matière.

VREDERIC
Il est bien vrai ce que vous dites, et il est bien aisé d’en discourir, mais
il est bien difficile à le démontrer : ayez seulement un peu de patience,
et je prendrai la peine et le labeur sur moi, pour vous enseigner assez
clairement, comment que le soufre fixe se sépare des métaux.
CHAPITRE IV

Comment on sépare le soufre fixe des corps des métaux.


Expression du tremblement de terre par le maniement de l’œuvre
des Philosophes. Que le Mercure des Philosophes est la clef des
corps tant solides des Métaux.

Prenez de l’argent, du cuivre, de l’étain, du fer, du plomb, qui soit fort


limé bien fin, ou du vif argent, une once : mettez-le auprès du
Menstrue des Philosophes, autant que savez qu’il est besoin : faites
passer le tout ensemble par la couleur Noire jusqu’à la Blanche, et le
menstrue susdit fera tellement altérer le métal, et le changer de nature,
qu’il laissera peu à peu suivre son soufre fixe métallique au soufre
métallique qui se fixe en même temps dedans le menstrue, et qu’il le
transformera par l’aide du Dieu Mercure en sa propre nature,
tellement que le métal n’en pourra jamais être retiré en forme
métallique.

C’est de cette façon que j’ai procédé avec la plupart de tous les
métaux en particulier, et aussi avec tous les métaux ensemble.

C’est par cette manière de procéder que toutes les opérations


chymiques se font suavement et doucement, sans aucune violence,
dans un même verre, que la solution se fait sans bruit, que la
coagulation se fait magno cum igenio, c’est-à-dire, avec grand esprit,
car en cas qu’on ne procédât pas fort prudemment avec elle, et que le
feu central de notre terre n’est seulement qu’un tant soit peu ému plus
qu’il ne faut par le feu extérieur, il arrive par places en notre terre un
tel écoutement, tremblement, et un tel étonnement, qu’ils ne sont pas
fort dissemblables aux mouvements qui se font au Macrocosme : mais
appris avec perte, qu’il faut environner les métaux avec le Mercure
des Philosophes, comme l’estomac des animaux fait les viandes, et de
les y faire fondre comme il se fait de la glace dedans l’eau, sans que la
solution vienne aucunement à paraître visiblement.
C’est ainsi qu’il se peut faire une putréfaction, une fermentation et une
séparation du pure de l’impure, et des particules subtiles des
grossières ; et c’est par cette manière, et non pas par aucune autre (que
je sache) que le soufre fixe ou la terrestréité peut être découvert et
produit hors des corps métalliques solides où il est très étroitement
enfermé.

Car lorsque vous dissolvez les métaux, avec l’Eau forte, avec de l’eau
Royale, avec de l’esprit de sel, avec de l’esprit de soufre, avec de
l’esprit de vitriol ou par quelque autre corrosif, les métaux ne
laisseront suivre ni séparer d’eux aucun soufre, ni aucune terrestréité,
mais on les pourra toujours faire réduire en des métaux tels qu’ils ont
été quand on les y a mis.

PARACELSE, (faisant mention de la destruction des métaux).

Facilius est construere metalla quam destruere

C’est-à-dire : Il est plus facile de construire les métaux que de les


détruire.

Car il est impossible de détruire les métaux et de les réduire à leurs


principes, (à leurs Sel, Soufre et Mercure) par aucune autre voie que
par le Mercure des Philosophes, qui est l’unique clef qui peut délivrer
le soufre fixe des corps métalliques auxquels il est enfermé et
enchaîné très étroitement ; c’est lui qui possède le Soufre, le Mercure
et le Sel des Philosophes en juste poids et mesure, mais non pas le
Soufre, le Mercure et le Sel commun.

C’est lui qui rend véritable la devise des Philosophes qui dit : Natura
gaudet ; Nature naturam vincit ; Natura naturam retinet.
C’est-à-dire : La Nature se plaît à sa nature ; La Nature survainque la
Nature ; La Nature retient la nature ; puisque le Sel, le Soufre et le
Mercure, qui sont dedans le menstrue des Philosophes, ont le pouvoir
d’attaquer le Soufre, le Sel et le Mercure qui sont dedans les métaux,
de se joindre amiablement et radicalement avec eux, et ainsi s’entre
attirer et s’embrasser ensemble comme l’aimant fait le fer et le fer
réciproquement l’aimant, et de s’unir et s’incorporer si bien les uns
aux autres, qu’a la fin ils se changent entièrement en une même
matière et qu’ils deviennent d’une même nature ; tellement que s’il
arrive que le soufre fixe, qui est dedans le menstrue ou dedans le
Mercure des Philosophes, vienne à s’en séparer, le soufre ou la terre,
qui a été dedans les métaux ; et qui est fixé par le Mercure des
Philosophes, s’en sépare aussi ; et qu’ils ne sont plus à connaître, ni à
distinguer, en couleur, ni en propriété ni en qualité de l’un l’autre, que
de l’eau de pluie est à distinguer de l’eau de pluie.

C’est ainsi qu’avec le mariage, la copulation et la consommation du


Soufre, du Mercure et du sel, qui sont dedans le menstrue des
philosophes, se font avec le Soufre, le Sel et le Mercure qui sont
dedans les métaux, de sorte qu’à la fin il faut (à mon avis) que par des
conversions et transformations itératives des Eléments, qu’il
provienne de cette matière des Philosophes, ce que Trimégiste promet
avec tant d’assurance dans sa Table d’Emeraude, par ces paroles.

Portavit illud ventus in ventre suo. Nutrix ejus est terra. Virtus ejus
integra est si vera suerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a
spisso suaviter et magno cum igenio. Ascendit a terra in coelum,
iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et
inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo a te sugiet omnis
obscuritas. Hoec est totius fortitudinis fortitudo forti quiq vincet
omnem rem subtilem omnemque solidam penetrabit. Sic Mundus
creatus est, etc.
LIVRE QUATRIEME

NOMBRE DE TROIS ;
DES TROIS PRINCIPES :
DU SOUFRE, DU MERCURE ET DU SEL.
ET DU SOUFRE, DU MERCURE ET DU SEL DE LA
MATIERE DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES.
CHAPITRE I

du nombre de Trois. Que les opérations de la Nature dépendent de


la volonté de Dieu. De la naissance du soufre, du Mercure, et du
sel.

FRANÇOIS
Mon très cher ami, nous avons dit ci-devant, que toutes les opérations
des choses, desquelles il se faut admirer, descendent de l’unité par le
nombre de Deux au nombre de Trois, mais non pas plutôt, qu’elles ne
viennent à se relever ensemble en simplicité par le nombre de quatre.

Nous avons traité assez amplement, à ce qu’il me semble, des trois


nombres, savoir de l’unité, du nombre de Deux, et du nombre de
quatre, et nous avons aussi déduit les raisons, pourquoi nous jugeons
que le nombre de quatre doit être préféré à celui de trois, et ce à cause
que le grand Dieu a tenu cet ordre lui-même à la création et à la
production du grand Monde, comme j’ai appris de mon coté ; et
comme vous avez démontré pareillement, qu’il faut que cet ordre soit
observé au cours de l’œuvre des Philosophes : nous irons voir à cette
heure comment le nombre de trois, savoir comment que les Trois
principes viennent à sortir du monde de quatre à savoir les quatre
Eléments en la suite de la création, et de quelle façon que les être
créés et à créer reçoivent d’iceux leur commencement, leur croissance,
leur perfection, leur multiplication et leur déclin, et comment ils se
réduisent à leur premier être, et qu’ainsi le nombre de dix devient à
être parfait et entier.

Vous savez que la volonté opérante dépend de la volonté de notre


grand Dieu et que ça été dès le commencement, et que c’est encore la
volonté du très haut, que les Eléments d’en haut ont du, et doivent
encore opérer incessamment dedans les Eléments qui sont en bas, et
que le Soufre est produit par l’opération que le Feu ou le Soleil fait
dans l’Air.
Que le Mercure s’engendre par l’opération que le Feu et l’Air font
dans l’Eau ; et que le Sel provient par l’opération que le Feu, l’Air et
l’Eau font dans la Terre : tellement que ces Trois Principes, le Soufre,
le Mercure, et le Sel sont des être moyens entre les Quatre Eléments et
les mixtes, comme des seconds Eléments, qui sont progénérés de la
Nature par les opérations des Eléments supérieurs dedans les Eléments
inférieurs, pour d’étendre par iceux et avec eux en trois Royaumes ou
Provinces si puissantes que tout ce qu’il est compréhensible pour
l’Esprit de l’homme sur la terre, et tout ce qui est composé de ces dits
Principes, est compris et compté sous la juridiction d’iceux.

Ces Trois Royaumes sont appelés ; Le Règne des Végétaux, Le règne


des Animaux et le Règne des Minéraux : Mais devant que nous
tachions d’entreprendre notre pèlerinage, jusque là, pour les visiter en
particulier, il sera besoin que nous traitions auparavant un peu plus
particulièrement des Trois Principes chacun à part, faisant notre
commencement du Soufre.
LE HUITIEME DEGRE

DU SOUFRE
ET DU SOUFRE DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I

Le Soufre considéré de deux façons. De la matrice du soufre. Du


Soufre des Météores. Du Soufre des végétaux. Du Soufre des
Animaux. Du Soufre fusible et volatil des Animaux. Du Soufre fixe
des Animaux.

VREDERIC
Le Soufre n’est pas un des moindre des Trois Principes, vu qu’il est
estimé des anciens Sages pour le principal des Trois, comme étant la
principale partie même de la Pierre des Philosophes.

Le Soufre, (à mon avis) doit être considéré de deux manière ;


premièrement comme mouvant et générant, et puis, comme étant
progénéré.

Le soufre mouvant et progénérant est la Lumière ou bien le Soleil,


lequel fait concevoir et produire en perfection toutes sortes de Soufres,
par le moyen des autres Eléments, dedans leurs matrices, soit dans
l’air, soit dans l’eau, dans la terre, dedans les Végétaux, Animaux et
Minéraux ; de sorte que le soufre se trouve abondamment dedans les
trois Royaumes, vu qu’il est possible à l’art d’en faire provenir aussi
bien du Soufre spirituel que du corporel, de la même manière que la
sage mère Nature le fait engendrer.
La matrice, dans laquelle le soufre générant du soleil vient prendre sa
demeure est fort différente et provient subtil ou grossier, spirituel ou
corporel, à proportion des qualités qu’elle possède.

La matrice du Soufre le plus subtil est la circonférence la plus proche


à l’entour du soleil, ou le soufre paraît le plus éclatant comme une
lueur sortante de la lumière, et comme un air allumé, et éternel,
dedans lequel les âmes et les esprits subtils ont leurs résidences à
proportion de leur subtilité et de leur dignité.

La matrice du Soufre des Météores, de l’éclair, et des autres vapeurs


qui conçoivent facilement le feu, est dedans l’air qui environne la
Terre, lequel est subtil ou grossier à proportion que l’air est proche ou
éloigné de la terre.

La matrice du Soufre des Végétaux, des Animaux et des Minéraux est


dessus et dedans l’eau et la Terre, duquel ils nous font livrer trois
sortes par l’Anatomie d’iceux, vu qu’une partie d’icelui est spirituelle
et volatile, une partie corporelle et volatile, et une partie fixe et
résistante au feu.

Les particules spirituelles et volatiles du Soufre des Végétaux


consistent aux âmes et aux esprits d’iceux, comme il est à voir et à
connaître par l’examen de l’esprit de vin et des autres végétaux.

Le soufre corporel et volatile des végétaux consiste en leurs graisses,


huiles et en une matière qui est facile à fondre et à brûler, qu’on
appelle Soufre commun.

Touchant le Soufre corporel fixe et incombustible : ce sont les


particules lesquelles deviennent fixes par les opérations des sels à
l’occasion que les végétaux viennent à être putréfiés et brûlés, lequel
demeure au fond ou dedans le filtre quand on en a dissout le Sel.

Les Soufres spirituels que nous trouvons dedans les Animaux sont les
suivant.
Les Soufres les plus spirituels et les plus volatiles, qu’il y a dedans les
Animaux, ce sont les âmes d’iceux, lesquelles sont les moteurs et les
opérateurs des animaux à proportion de la bonté et de l’excellence
qu’ils possèdent : et comme elles ont reçues leur commencement, leur
accroissement, et leur perfection du moteur général, qui est le soleil, et
comme l’âme est gardée dedans le corps des animaux, et entretenue là
comme dans un réservoir ; elle reprend aussi le lieu de son refuge
(quand elle vient à quitter la demeure qui est son corps) à la lumière
de laquelle elle à eu son origine : L’âme raisonnable de l’homme
même est obligée d’approcher ou de s’éloigner de la Lumière de la
face de Dieu à proportion des grâces qu’elle aura reçue de son
créateur, et à proportion de ses comportements en cette vie.

Le soufre fusible et volatil, que nous trouvons par la séparation


anatomique chymique des corps des Animaux, est l’huile, la graisse,
et les autres matières qui reçoivent facilement le feu, comme il est à
voir à l’opération de la Nature même qui se fait pat la putréfaction, ou
par celle de la Nature aidée par l’art : comme sont la graisse, et le suif
que la Nature fait croître en plusieurs places aux corps des Animaux :
L’huile des cheveux, des ongles et des cornes d’iceux ; comme aussi
le Soufre que nous tirons des parties principales des corps de toutes
sortes d’Animaux.

Le Soufre corporel fixe et incombustible qui se tire des corps des


Animaux est celui, qui se découvre ou par le cours de Nature, ou par
l’art chymique. Il se découvre naturellement, et comme de soi-même,
lorsque l’âme en est séparée (ce qu’on appelle vulgairement la mort
naturelle) et que une étrange fermentation est excitée dedans
l’humidité des corps des animaux leur vie encore durante, et que ces
humidités incitées par les Eléments supérieurs deviennent à se
putréfier et ainsi à être réduites en les mêmes Eléments desquels les
corps étaient composés : car c’est de cette manière que le soufre vient
à se fixer par la longue digestion qui se fait pendant la séparation des
Eléments des corps, et que la matière terrestre devient à s’en séparer
comme une tête morte.
CHAPITRE II

Des Expériences pour faire provenir du Soufre fixe des corps des
Animaux. Du Soufre des Minéraux et des Métaux. Que les
minéraux ont moins et les métaux plus de soufre fixe.

Le Soufre corporel et incombustible des corps des Animaux vient à


paraître de deux sortes de manières : et ce par l’Art chymique.

L’une se fait par une voie humide, et l’autre par la voie sèche : Celle
qui se fait par la voie humide, se fait ou par la digestion avec l’eau
commune seule : ou avec de l’eau par l’addition des sels : ou par des
humidités acides et fortes.

Quand on digère longtemps la plus grande partie des Animaux, avec


de l’eau commune, et particulièrement les parties les plus solubles, il
arrive que les humidités visqueuses et salées, qui résident dedans la
chair, dedans les nerfs, dedans les veines, et autre part, viennent peu à
peu à se dissoudre, et à s’unir avec l’eau, de sorte que cette eau ne
devient seulement de cette façon capable de rendre la chair, les nerfs
et autres tendres, mais qu’elle devient aussi un menstrue qui est propre
de produire leur composition à une séparation, et de fixer avec le
temps leur soufre soluble et volatile en un soufre fixe et
incombustible.

Quand on vient à dissoudre du Sel dedans l’eau commune, et qu’on


digère les parties susdites des Animaux avec un tel menstrue, comme
nous venons de dire de l’eau commune, vous verrez que cette
séparation et fixation du Soufre se fera beaucoup plutôt, à cause que le
menstrue est rendu plus fort et plus puissant pour exécuter ce qu’on lui
demande.

Et quand on se sert des esprits acides et corrosifs au lieu desdits


menstrues, vous trouverez que vous ferez autant d’effet avec eux et
que vous fixerez plus de Soufre soluble et volatile des animaux en peu
de jours que ne pourriez faire par les susdits en plusieurs mois.

Si vous désirez pourtant de rendre tout le Soufre, qui est dedans les
corps des animaux, corporel, palpable et incombustible ; il faudra
dissoudre l’animal tout entier dans un menstrue qui est capable de cet
effet, le digérer son temps avec lui, en tirer alors peu à peu l’humidité,
et cimenter le rémanent tout doucement, jusqu’à que tout le Soufre de
l’animal soit devenu irréductible, et qu’après que vous en aurez
dissout le Sel, qu’il puisse résister au plus grand feu que vous lui
puissiez donner ; et que même vous ne puissiez faire du verre par
l’addition des sels fixes ; voilà la meilleur méthode de fixer le Soufre
volatil, et de le rendre incombustible par la voie sèche.

Après avoir tenu propos du Soufre des végétaux et des Animaux, nous
parlerons à cette heure du Soufre des Minéraux.

Les Minéraux et les métaux ont aussi bien du Soufre volatile et fixe
que les végétaux et les Animaux ; quelques-uns ont moins de Soufre
volatile et plus de fixe, et d’autres plus de volatile et moins de fixe.

Les minéraux, qui sont sur le chemin de parvenir jusqu’à la perfection


des métaux, (non seulement à celle des moindres, mais même des plus
parfaits, comme à celle de l’argent et de l’or) contiennent plus de
soufre volatile que de soufre fixe, mais les métaux ont plus de soufre
fixe que de volatil.

Les minéraux ni les métaux ne se laissent pas dissoudre par l’eau


commune, pour ainsi faire paraître et rendre libre le soufre qu’ils
contiennent, (comme nous en avons fait mention en discourant de la
fixation du soufre des végétaux et des Animaux) vu que l’eau
commune n’a point d’ingrès dedans les minéraux, et encore moins
dedans les métaux, ce pourquoi leur soufre volatil ne peut être produit
par l’eau à un être meilleur, à un soufre fixe, ou à un meilleur minéral
ou métal ; et encore qu’ils ont leur Sel aussi bien que les deux autres
Royaumes, et qu’ils ne peuvent être dissous sans le moyen des sels,
ces sels des minéraux et des métaux sont pourtant d’une nature plus
ferme et plus solide, à cause que les soufres d’iceux, (qui sont la partie
principale des minéraux et des métaux) les embrassent si fort, que les
sels viennent à être changé avec eux, que le sel vient aussi bien
représenter une des principales personnes au royaume minéral, qui ne
sont le soufre et le Mercure, c’est pourquoi qu’il est requis un potentat
plus puissant que l’eau commune pour assaillir ce Royaume.
CHAPITRE III

La clef de toute la Nature. Que le menstrue des Philosophes


dissout tous les métaux sans bruit, comme l’eau fait la glace? Que
le menstrue des Philosophes fait le soufre des minéraux et des
métaux fixe et volatil.

Les Sels dissous peuvent faire quelque peu davantage auprès des
minéraux, mais fort peu de chose auprès des métaux.

Les esprits des Sels ont bien plus de pouvoir, mais ne peuvent à
beaucoup près effectuer auprès les minéraux ce qu’ils peuvent auprès
des végétaux et les Animaux.

Il faut ici la clef de toute la Nature pour ouvrir les cabinets fermés des
minéraux et des métaux, et même de l’argent et de l’or, et pour les
refermer, et manier les trésors de ce royaume, selon son bon plaisir, et
pour en disposer d’une telle manière, que le soufre volatile qui est
dedans les minéraux et dedans les métaux imparfaits vienne à être
rendu fixe et incombustible, et qu’au contraire le soufre fixe des
métaux parfaits soit fait volatile, et puis après que ce soufre fixe
volatilisé soit refixé : selon la maxime de Sendivogius et de plusieurs
autres qui disent : Fac fixum volatile et volatile fixum.

Vous savez, mon très cher, que notre menstrue ou Mercure des
Philosophes ouvre et referme indifféremment tous les minéraux et
tous les métaux, non pas avec violence, ni avec bruit, comme il arrive
quand on dissout les minéraux ou les métaux par les eaux forte,
royales ou autres corrosives ; mais qu’il les dissout suavement, peu à
peu étant gouverné et conduit avec grand esprit, et qu’ils viennent à
s’y fondre comme fait la glace ou le sel dedans l’eau commune ; le sel
et la glace étant d’une telle convénience avec l’eau, qu’il s’entre
acceptent et s’unissent ensemble sans aucune contrariété : que notre
eau des philosophes est aussi d’une même nature avec les minéraux et
les métaux, s’unissant radicalement et fort amiablement avec eux, sans
qu’il se voie la moindre marque de contrariété, sans qu’on puisse
entendre le moindre bruit, les fondant et les dissolvant sans aucune
résistance ; mais il faut que tout ceci se fasse avec grand esprit, aussi
bien au regard de la composition de l’aimant qu’au respect du régime
de l’eau mercurielle, pur y faire baigner les métaux et les minéraux,
pour les y faire laver et purger de leurs immondices, pour y faire fixer
les soufres volatiles, et faire voler les fixes, et pour y faire fixer le vif
argent vulgaire même et de la même pesanteur qu’on l’y met ; en sorte
qu’il soit impossible de le réduire en vif argent coulant, par aucune
voie que ce soit, mais qu’il demeure irréductible comme une matière
la plus incombustible du monde, ce que vous savez aussi bien que
moi, ce pourquoi nous cesserons de discourir davantage du soufre en
ce lieu, n’en réservant que le soufre de notre esprit pour faire étinceler
le propos du Mercure et pour voir quel entretien il supéditera à notre
discours.
LE NEUVIEME DEGRE

DU MERCURE
ET DU MERCURE DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I

Que le Mercure est le réceptacle du Soufre spirituel en général.


Que le Mercure est un moyen de joindre le Soufre avec le Sel. Du
Mercure spirituel. Du Mercure corporel. Dedans les végétaux.
Dedans les Animaux.

FRANÇOIS
Le Mercure ou l’esprit est celui à qui appartient le rang après le Soufre
entre les trois Principes, qui ont leur origine des Quatre Eléments, vu
que le Mercure est engendré et produit par l’opération du Soufre
spirituel, et ce par le moyen de la Lumière, de l’Air et de l’Eau : et
comme l’office du mâle appartient au Soufre, ainsi appartient aussi
l’office de la femelle, au cours de la Nature, au Mercure.

Le Mercure doit être considéré de deux façons : Généralement et


Spécialement.

Considérant le Mercure généralement, on le doit juger d’être un


conservateur du soufre spirituel en général qui proflue de la fontaine
générale de la lumière, et qui voient à se reposer aux flancs de cet
esprit pour l’imprégner de toutes sortes de formes, et c’est de cette
imprégnation ou engrossissement, moyennant le Principe du Sel, que
toutes sortes d’individus, ou des composés différents proviennent.

Et comme toutes sortes de soufres particuliers, desquels nous avons


fait mention ci-devant au traité du soufre, ont leur origine du soufre
général, qui est la Lumière, tout ainsi ont aussi toutes sortes de
Mercures ou esprits leurs profluences de ce Mercure ou de cet esprit
universel susdit, comme d’un magasin inépuisable, et viennent à
paraître dedans les trois Royaumes des êtres composés, aussi bien que
fait le soufre.

Le Mercure est un Médium cojungendi Sulphur cum Sale, c’est-à-dire


un être moyen de conjoindre le Soufre avec le Sel ; et il est impossible
de les unir dans la composition des choses créées, sans l’interposition
du Mercure, comme il est impossible de joindre le Soufre au Mercure
sans le moyen du Sel.

Le Mercure est aussi bien que le soufre, spirituel et corporel.

Le Mercure spirituel conçoit la vie de toutes les créatures par l’activité


de la Lumière dedans l’Air, et la conserve comme une nourrice fidèle
pour la donner, pour en nourrir, et pour en fomenter naturellement, et
par une vertu aimantine, tout ce qui est ordonné et prédestiné de la
Sagesse infinie du grand Dieu à recevoir la vie.

Le Mercure spirituel a sa résidence dans l’Elément de l’Air, par lequel


et avec lequel il vient descendre, (comme par des degrés) du haut de la
Lumière ou du Soleil jusqu’à la circonférence des Planètes et de leurs
satellites, (ou gardes qui les font éclipser) et des autres corps
innombrables, connus et inconnus, visibles et invisibles, vulgairement
appelé des étoiles, et même jusqu’à la circonférence de la Terre ; il y
vient pénétrer l’air le plus grossier par sa forme spirituelle, se mêler
avec lui, comprimer l’Elément de l’Eau avec lui à l’entour et dedans la
Terre, et imprimer comme avec un soufflement la vie aux Eléments
d’en bas, qui sont comme à demi morts et aspirants pour prendre
l’haleine, devenir ainsi peu à peu corporel avec lui et par lui, et
mériter à la fin par les degrés le titre de Mercure qui est volatile, qui
est fixe, qui est Hermaphrodite, igné, aérien, aqueux, Terrestre,
Végétable, Animal, Minéral et Métallique.

Le Mercure corporel à principalement le lieu de sa résidence dedans


l’humidité et se montre pour la plupart en forme humide dedans les
végétaux, dedans les Animaux et dedans les Minéraux, mais plus
humide aux Végétaux et aux Animaux qu’aux Minéraux, encore que
les minéraux ne peuvent être produits sans un mercure humide comme
nous dirons plus amplement quand nous nous entretiendrons de la
génération des minéraux.

Le Mercure corporel dedans les végétaux contient leur soufre et leur


Sel volatiles, comme nous les découvrons fort agréablement par
l’anatomie chymique des plantes, dont la séparation se peut faire aussi
bien de leurs racines, que des écorces, de la moelle, que du bois, des
feuilles, des fleurs, des fruits et des semences ; et ce d’une manière,
que le soufre et le sel volatiles se trouvent combinés ensemble en une
substance humide, et aussi le sel et le soufre fixe à part soi, à avoir,
que les huiles et les sels volatiles des végétaux soient unis
radicalement à leur humidité, et que leur sel fixe avec le soufre fixe (
ou la terre) en soient séparés.

Le Mercure qui est dedans les Animaux contient bien aussi leur
soufres et leurs sels volatils, mais d’une toute autre manière, vu que
leurs soufres les plus subtils, qui sont leurs âmes, ne peuvent être
arrêtés ni prises par aucune voie imaginable quand on fait la
séparation d’iceux d’avec leurs soufres et leurs sels fixes, mais
qu’elles retournent incontinent, après cette séparation de leur corps, à
la périphérie ; au lieu que les âmes des végétaux peuvent être arrêtées
et rendues corporelles, comme nous avons dit.

Nous finirons ici notre discours des âmes des animaux, pour en
raisonner une autre fois plus à loisir, et considérerons en ce lieu,
comment que les soufres et les sels des animaux, qui sont volatils et
fixes peuvent être séparés et unis avec le Mercure.

Le Mercure corporel des animaux contient en soi l’âme des animaux


quand ils sont encore en vie, lesquelles ont leurs assiettes
principalement dans le Mercure du cerveau, et des nerfs, comme il
paraît par les effets prompts de l’obéissance des membres pour
exécuter la volonté de l’âme.
Le Mercure comprend en soi les sens des animaux, comme l’Intellect,
la Volonté, la Mémoire, la Vue, l’Ouïe, l’Odorat, le Goût, et le
Sentiment.

Lorsque les âmes des animaux sont séparées de leurs corps, le


Mercure de ces animaux contient alors en soi les sels et les soufres de
leur corps concreus qui sont volatiles, comme le soufre et le sel volatil
du cerveau, du cœur, du foie, du poumon, des nerfs, du sang, de la
lymphe, de la bile, des cheveux, de la peau, des ongles, de la chair, des
ossements, de la graisse, de l’urine et des excréments ; et le sel fixe
avec le soufre fixe s’en sépare comme une tête morte, soit par une
putréfaction naturelle ; soit par l’art en aidant la Nature, comme nous
avons dit autre part, et comme nous nous étendrons davantage, Dieu
aidant, sur cette matière lorsque nous traiterons de la génération et de
la corruption des Animaux.
CHAPITRE II

Du Mercure dedans les Minéraux et dans les métaux. Que la


proportion du Mercure est la cause de la dureté et de la fusibilité
des minéraux et des métaux. Que le Mercure est fixe et résistant
au feu dedans l’argent et dans l’Or. Que le vif argent vulgaire
peut être fixé par le Mercure des Philosophes si pesant comme un
met dedans. Que le Mercure des Philosophes est la chose la plus
admirable de tout le monde.

Touchant le Mercure des Minéraux et des Métaux.

Le Mercure qui est dedans les Minéraux et dedans les Métaux se


trouve la plupart corporel, mais d’une fixité fort différente.

La présence du Mercure est la principale cause de la fusibilité des


Minéraux et des Métaux : et son absence cause la dureté d’iceux,
comme il est à voir, entre les minéraux, à l’antimoine, aux
marcassites, au zinc et autres : et entre les métaux, au Saturne, au
Jupiter et au Mercure vulgaire ; es quels le Mercure est abondamment,
y causant une fusibilité fort grande, ou on trouve au contraire par son
absence une très grande dureté à l’arsenic, à l’orpiment, à la pierre
calaminaire, à l’aimant et autres ; et entre les métaux principalement le
fer.

Le Mercure des Minéraux et des Métaux est de fort différente nature,


car il est aux uns et aux autres moins volatil ou fixe.

Le Mercure du zinobre ou du vermillon, celui de l’Antimoine, de


l’arsenic, de l’Orpiment, des marcassites et d’autres minéraux est fort
volatil : comme aussi celui des métaux et particulièrement le Mercure
du Plomb, de l’Etain, et de vif argent : mais il est beaucoup plus fixe
dans le Fer, dans le Cuivre, et dans l’Argent ; et dans l’Or le plus
résistant aux injures du feu de tous les métaux ; mais vous savez que
celui, qui sait parfaitement bien préparer le Mercure vulgaire, qu’il
peut facilement rendre tous les Mercures des minéraux et des métaux
incombustibles et d’une durée éternelle.

VREDERIC
Il en est ainsi comme vous dites : Les Mercures des minéraux et des
métaux ne peuvent pas seulement être convertis de la sorte, mais aussi
le Mercure vulgaire, qui est bien naturellement courant et volatil, mais
il peut être privé par notre art de sa nature coulante et volante, et rendu
au contraire fixe, incombustible et tout à fait résistant aux injures des
Eléments.

Le Mercure est le sujet le plus admirable de toute la Nature corporelle,


puisque étant vif il se laisse tuer : étant volatil il se laisse fixer : étant
opaque il se laisse préparer, qu’il est transparent comme un cristal, et
qu’il revient obscur comme une terre : qu’il devient soluble comme u
sel, et puis indissoluble comme une cendre d’os : il se laisse noircir, et
puis se reblanchir, et accepte même toutes les couleurs de tout le
monde : il est parfois le plus grand venin, et quelquefois la plus grande
médecine : il est quelquefois le mari, et puis la femme, et parfois le
mari et la femme tous deux ensemble : il est corps, et puis esprit : il
est visible, et puis invisible : il est parfois en forme de fumée, et puis
du feu, et quelquefois de la fumée et du feu tout ensemble : parfois il
est du feu : parfois de l’air : parfois de l’eau : parfois de la Terre : et
quand il est produit à sa plus haute perfection, il est alors du feu, de
l’air, de l’eau et de la terre tout ensemble, et joint selon le juste poids
de la Nature, fixe, fusible, et pénétrable dans tous les composés des
trois Royaumes, des Végétaux, des Animaux, des Minéraux, et les
amendant, comme telles et quantité d’autres qualités extraordinaires
sont données par les Philosophes au Mercure des Philosophes, comme
nous avons dit assez amplement autrefois, et entre autres quand nous
avons tenu propos de Menstrue des Philosophes.

Je finirai ici ce discours du Mercure en disant avec le Philosophe :

est in Mercurio quicquid quaerunt sapientes.

C’est-à-dire : Tout ce que les Sages cherchent est à trouver dans le


Mercure.
Et qu’aucun composé ne peut être parfait au Royaume des végétaux,
ni es Animaux, ni des Minéraux, sans le Mercure.
LE DIXIEME DEGRE

DU SEL
ET DU SEL DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I

QUE LE SEL EST LA CLEF DU PALAIS ROYAL. QU’IL Y A


PLUSIEURS SORTES DE SELS. QUE LE SEL COMMUN EST
LE PREMIER SEL DE LA NATURE ET QUE D’ICELUI TOUS
LES AUTRES SELS PROVIENNENT. COMME LE
SALPETRE. LE VITRIOL. L’ALUN. LE TARTRE. LE SUCRE.
LES SELS QUI SONT DEDANS LES VEGETAUX, ANIMAUX
ET MINERAUX.

FRANÇOIS
LE SEL EST LA CLEF LAQUELLE REPRESENTE LA troisième
personne entre les seconds Eléments, ou bien entre les trois Principes :
et il est celui qui donne une entrée libre au Palais Royal qui est pourvu
de toutes sortes de choses précieuses.

Le Sel, encore qu’il a sa première origine de la teinture universelle de


la Lumière ou du soleil, aussi bien que les deux autres principes, il
provient pourtant en être par la compression de l’Air et de l’Eau : il
vient descendre dans l’Air en forme spirituelle, et se rendre corporel
dedans l’Eau, laquelle transporte et imbibe le sel dans la terre
spongieuse comme un conducteur ou porteur fidèle, afin que les trois
chefs d’œuvre de la nature de Dieu, les Végétaux, les Animaux et les
Minéraux puissent parvenir par son moyen jusqu’à leur perfection
prédestinée.

Nous entendons par le mot Sel, (étant généralement pris) toutes sortes
de sels qui sont solubles, et qui donnent quelque goût sur la langue,
duquel l’intellect donne par après son jugement, savoir, s’il est salé,
ou sur, ou doux, ou amère, ou de quel goût il est, salé, sure, doux,
amère, ou composé d’iceux.

Sous le mot de sel salé est compris le sel que l’on tire de l’eau de mer,
soit par le moyen de la chaleur du soleil, soit qu’il se coagule par
l’évaporation de l’humidité superflue, qui se fait dessus le feu, et qu’il
soit purifié par des solutions et des coagulations itératives d’une telle
manière qu’il devienne propre et utile pour en saler les viandes, les
poissons et d’autres animaux qui servent de nourriture pour les
hommes, dont l’usage est presque connu à tous les hommes de la terre.

Ce sel ici se trouve peu ou beaucoup dans l’eau de mer à proportion


que le soleil darde les rayons de sa lumière fort ou faiblement dedans
la mer comme nous avons dit autrefois.

Le Sel de montagne est aussi compté entre les sels salés, puisqu’il est
du même naturel d’icelui ; ce sel se tire par des gros morceaux comme
des pierres hors des montagnes, lequel on fait piler menu, et purifier
par l’eau commune de sa matière graveleuse et terrestre pour la laisser
coaguler en sel clair et blanc.

Ce même sel se trouve aussi en plusieurs places, comme lacs, es


rivières, dans les eaux souterraines, dans des puits et dans des
fontaines, et se laisse purifier de la même manière que nous venons de
dire pour le rendre utile à l’usage.

Il y a aussi quantité de végétaux qui croissent dedans et au bord de la


mer qui contiennent beaucoup de ce susdit sel.

Ce même sel est le premier duquel la Nature a imprégné l’Elément de


l’Eau et quelle a rendue corporel dedans l’eau, et c’est de ce sel que
tous les autres sels ont leur origine et leurs sources comme le Salpêtre,
le sucre, le vitriol, le tartre, et les autres sels composés, comme le sel
armoniac, le borax, l’alun, le sel d’urine, le sel alcali ou le sel fixe, et
les sels qui se trouvent dedans les végétaux, dedans les animaux et
dedans les minéraux ; et comme un Carré se laisse former premier
entre les figures Géométriques Régulières que l’Hexagone, et que
l’Hexagone suit successivement le Carré et puis après les autres : tout
de même est ce que tous les autres sels suivent la signature du sel
commun, qui est cubique, et qu’ils ont leur commencement et leur
source du sel commun, et premièrement le Salpêtre.

Le Salpêtre se fait du sel de mer naturellement de cette manière.

Dissolvez du sel de mer avec de l’eau commune, imbibez en des


briques ou des tuiles nouvellement tirées du fourneau, formez-en un
monceau, ou bien maçonnez-en une muraille, qui soit à couvert, et
vous verrez qu’avec le temps il en sortira un sel, en façon d’un frima,
qui sera un sel tout à fait pareil à celui du Salpêtre à toute épreuve ;
par où il est à juger que l’humidité en étant exhalée, le sel est resté
dedans les briques s’est changé en Salpêtre par les influences et par les
opérations des Eléments supérieurs.

Le sel de mer se change d’une autre manière en salpêtre de la manière


suivante.

Prenez de la chaux vive faite de pierres ou d’écailles, faites-la éteindre


dedans de l’eau de mer ou dedans de l’eau où vous avez dissout du sel
commun dedans, servez-vous de cette chaux pour maçonner des
murailles ; ou de quelle façon qu’il vous plaira, et vous trouverez
qu’avec le temps il en sortira comme un frima de sel, qui ne sera rien
autre chose que du Salpêtre : ce qui est assez connu à ceux qui sont
assez malheureux qui se sont servi de la chaux qui a été éteinte par de
l’eau salée ou qui se servent du sable de mer, qui n’a pas été dulcifié
par la pluie ou par l’eau commune, comme l’expérience l’apprend aux
Pays Bas et ailleurs, qui ne sont pas éloigné de la mer.

Le sel de mer est encore changé d’une autre sorte en Salpêtre, et ce en


peu d’heures de temps.

Dissolvez du sel de mer dedans une cornue, ajoutez-y la portion deux


d’un esprit de nitre, tirez en toute l’humidité par la distillation, et le
rémanent qui restera dedans la cornue sera tout changé en Salpêtre, et
fera toutes les même opérations que le Salpêtre, duquel l’esprit a été
tiré, aurait pu faire ; par où on peut voir clairement que le Salpêtre a
son origine du sel commun de mer, comme je vous en pourrais bien
donner encore une quantité de démonstrations autres que les susdites,
lesquelles prendraient trop de temps pour en faire le détail en ce lieu.

Ce n’est pas seulement le salpêtre qui a son origine du sel commun,


mais le vitriol en a aussi sa source, lequel ayant plusieurs espèces
différentes, n’est autre chose qu’un minéral ou un métal qui est dissout
par une eau ou par un esprit de sel comme il est évident par sa
signature ; car le vitriol étant dissout avec de l’eau commune et puis
évaporée jusqu’à une cuticule, il se forme des corpuscules carrés en
forme de pyramides la pointe en bas, qui se précipitent au fond du
vase, quand on poursuit l’exaltation de l’humidité de la solution du
vitriol ; un signe très évident que la signature du vitriol vient à
descendre de la signature du Carré, et du corps cubique, qui est la
vraie signature du sel de mer purifié, et que le vitriol n’acceptera sans
doute la signature cubique après qu’il sera déchargé de sa vertu
minérale.

L’expérience nous enseigne que le vitriol à sa source du sel commun


de mer, vu que le sel commun étant dissout avec de l’eau commune,
dissout peu à peu le cuivre, le fer ou autre métal ou minéral calciné ou
mis en poudre, quand on les digère quelque temps avec cette solution ;
et lorsque la solution est faite, et l’humidité évaporée, il se coagule un
sel, qui n’est rien autre chose qu’un vitriol d’une telle nature qu’à été
le minéral ou le minéral que le sel aura dissout.

Le vitriol se fait encore plus aisément par le moyen des esprits acides
et corrosifs, que par la solution des sels comme nous dirons à son lieu.

L’alun peut aussi être dit, à bon droit, avoir son origine du sel
commun, et pourra être compté aussi entre les espèces de vitriol, vu
qu’il est aussi doué d’une qualité astringente minérale.

Le tartre à de même sa source du sel commun, à cause qu’il est


provenu d’une eau minérale qui a séparé le tartre du suc de la vigne,
premièrement par la circulation qu’il se fait dedans le vin, vu que le
Salpêtre a été premier du sel commun, qui a été changé par la rotation
des Eléments supérieurs en la nature du Salpêtre, qui est un sel qui est
agréable aux végétaux et qui les fait augmenter en qualité et en
quantité.

Le sucre, le miel et tous les autres sels doux ont aussi leur
commencement généralement du sel de mer, vu que l’acrimonie
d’icelui se change premièrement, par la circulation de l’eau de pluie,
et de la rosée (qui sont imprégnées de la teinture universelle du soleil)
en Salpêtre, et que cette humidité nitreuse se transforme puis après,
par la circulation qu’elle fait avec le suc des cannes de sucre et
d’autres végétaux, par des degrés, jusqu’à une telle matière douce
laquelle se laisse purifier par l’art, et coaguler en sucre parfait.

Pareillement faut-il entendre que tous les sels, qui se trouvent dedans
les végétaux, dedans les animaux et dedans les minéraux ont leur
origine du sel commun de la mer, lequel (comme nous avons dit) vient
à se métamorphoser, (par des degrés de circulations que la Nature fait
toujours de l’humidité) en Salpêtre et en vitriol, lesquels viennent à se
changer avec le temps, par la motion et par la fermentation continuelle
que se fait avec l’humidité qui est dedans les végétaux, animaux et
minéraux, en un sel, qui est d’une telle qualité et d’un tel goût, que
leur en a doué le créateur, et que la Nature leur a confié pour exécuter
la sainte volonté de Dieu.

Les sels doivent être considérés de deux façons : l’une comme étant
aigre ou corrosive, et l’autre comme alcali, qui sont aussi volatils et
fixes.

Les sels susdits, le sel commun, le Salpêtre, le vitriol et l’alun sont


tous des sels âcres et corrosifs, à cause que l’on en tire des grands
corrosifs, car du sel commun on tire un esprit de sel qui est fort acide
ou âcre : du Salpêtre on tire un esprit fort corrosif vulgairement appelé
l’Eau forte : et du vitriol et de l’alun on distille une eau fort corrosive
communément appelé de l’huile de vitriol.
CHAPITRE II

Que tous les acides ou corrosifs peuvent être changés en des alcalis
par le soufre. Expérience que les Acides dissolvent le Soufre.
Dissolution du soufre noire par un corrosif. Des autres
expériences.

Du tartre il se tire aussi un esprit acide très subtil, mais son sel se
change par cette opération en un sel tout à fait contraire à son esprit à
cause que d’un sel acide il devient un sel alcali ou fixe, vu que le
Soufre végétable, qui est dedans le tartre, vient à tuer son acrimonie,
et que le soufre devient à être fixé.

Il est à remarquer ici en passant, que tous les acides ou corrosifs


peuvent être changés en alcali, et que tous les alcalis peuvent être
changés en acides au moyen du Soufre ; et que tous les alcalis peuvent
être changés en acides par le moyen des acides, comme nous
montrerons ici ensuite.

VREDERIC
Je soutien bien la même chose avec vous, mais vous savez pourtant
que le sentiment des naturalistes vulgaires à été ordinairement tel, que
les alcalis ou les sels fixes ne se trouvaient nulle part que dedans les
cendres des végétaux brûlés, lesquels s’en tirent par de l’eau
commune pour en obtenir les sels fixes après l’évaporation de
l’humidité : Mais l’expérience nous à apprise au-delà de cette
soutenue, que les sels fixes se font par les acides et des acides même,
et que les acides peuvent être préparés, qu’ils sont capables de
dissoudre le soufre plus facilement, et en bien plus grande quantité
que ne peuvent faire les sels alcalis, et que les alcalis ne sont préparés
par d’autres voies que par le moyen des acides et du soufre, comme je
vous ferai comprendre très parfaitement par l’expérience suivante.

Prenez du soufre vulgaire en poudre fine, ou des fleurs de soufre tt. 1.


mêlez ce soufre avec un sel, qui est fait et composé d’un esprit de
vitriol très subtil et du sel commun dissout avec de l’eau de pluie, dont
vous aurez tiré l’humidité par la cornue, pilez le sel qui demeure au
fond de votre verre dans un mortier de verre, ou bien broyez le sur une
pierre de porphyre avec le soufre susdit, en sorte et si bien que vous ne
puissiez distinguer le soufre d’avec le sel, mais que la matière paraisse
d’une seule couleur : mettez de cette matière dans un bon creuset
autant qu’il soit environ à demi plein, mettez-le dans un fourneau à
fondre, couvrez votre creuset d’un couvercle, donnez peu à peu du
feu, faites fondre votre matière, et prenez garde qu’elle ne bouille,
laissez-la fondre son temps, puis versez en la matière dans un bassin
de cuivre échauffé, et laissez refroidir le creuset, et vous verrez qu’il
sera au fond couvert d’une matière brune comme du verre : mettez la
matière, que vous avez versé dedans le bassin de cuivre, dans un
mortier de cuivre chauffé, pillez-la menue et mettez dans un verre,
versez de l’eau de pluie dessus afin qu’elle en puisse dissoudre le sel
sur un bain de sable, filtrez en la solution, et votre solution ne passera
pas au travers du papier d’une couleur d’eau commune, comme était la
solution de votre sel devant la conjonction avec le soufre ; elle ne sera
non plus d’une couleur rouge, telle qu’est la couleur du souffre dissout
pas une lessive de sel fixe, mais elle sera noire comme de l’encre à
écrire selon l’aspect extérieur ; vous trouverez dans votre papier une
matière noire comme du charbon pulvérisé, laquelle vous dulcifierez
tant que l’eau passe comme l’avez versé dessus, et sans goût, et vous
verrez alors que cette matière sera en toutes choses pareille à une
poudre de charbon de bois, aussi bien au regard de sa couleur qu’au
respect de toutes ses autres qualités, et elle n’est aussi en effet rien
autre chose qu’une poudre de charbon mêlée de quelques cendres, vu
que la matière du charbon de bois n’est aussi rien autre chose qu’une
matière composée d’un soufre volatil commun mêlé d’un peu de
soufre fixe vulgairement appelé des cendres ou de la terre, sans être
séparé de l’un l’autre, et l’humidité noire qui est passée au travers le
papier n’est autre chose qu’une lessive comme une huile de tartre, qui
est imprégnée de soufre que ce sel corrosif à dissout dans la fonte par
le feu.

Pour vérifier encore davantage ce que nous venons de dore, vous


pourrez plus particulièrement prendre garde à ces quatre choses.
Premièrement : A la matière qui demeure dedans le creuset.

Secondement : A la matière qui est versée hors du creuset.

Tiercement : A la matière qui est passée au travers le papier.

Et en quatrième lieu : A la matière qui est resté dedans le papier.

Touchant la Première ; savoir la matière qui est restée dedans le


creuset, et qu’elle est une matière comme un verre rougeâtre il paraît
par-là que les esprits acides, qui ont été concentré dedans notre sel
susmentionné, n’ont pas attaqué seulement le soufre commun, qu’ils
l’ont dissout en ayant été fondu avec lui, qu’ils n’ont pas agi
seulement sur le soufre, mais que le soufre a aussi agi de même sur les
esprits acides, et que le soufre a eu tant de pouvoir sur les acidités
qu’il leur a fallu s’arrêter auprès le soufre ; et que les esprits acides ont
autant triomphé du soufre qu’il lui a fallu se laisser fixer par ces
esprits dedans ce combat ; de sorte qu’il s’est fait une matière fixe et
incombustible de ces deux volatiles, qui étaient le soufre et l’acidité
concentrée.

Pour ce qui est du deuxième point : à savoir la réflexion qu’on doit


prendre à la matière quand elle est versée hors du creuset : il est à
remarquer que cette matière attire l’air humide à soi avec avidité,
(quand elle est refroidie) plus qu’aucun Sel de tartre ou aucun sel
alcali ne peut faire, et que la matière est noire de couleur, brûlante sur
la langue, d’une odeur et d’un goût comme un œuf pourri, ou comme
une lessive de la poudre à canon.

Touchant la Troisième : Il est à observer que la matière qui est passée


au travers du papier est premièrement noire de couleur, et puis
secondement d’un goût comme est le soufre dissout par un alcali.

Pour ce qui est de la couleur, en cas que cette solution avait été
blanche quand elle est passée au travers du papier, le soufre n’aurait
assurément été attaqué du sel, mais puisqu’elle a été noire de rougeur
comme de la poix, c’est un signe très assuré et infaillible que l’acide a
donné un coup, mortel au soufre, et qu’il a englouti son sang pour
exalter son corps à être vitrifié et incombustible.

Pour ce qui regarde son goût : il est tel que nous avons déjà dit ; à
savoir brûlant sur la langue, et quasi en tout semblable aux solutions
qui se font par les sels alcali ou fixes qui sont connu.

Touchant la Quatrième réflexion : Il est à remarquer que la matière qui


est demeurée dedans le papier, n’est autre chose qu’une matière
comme de la composition du charbon, laquelle étant anatomisée n’est
rien que du soufre commun volatile mêlé d’un peu de cendres ou de
soufre fixe ou terre, laquelle est fixée par l’acidité durant la fusion et
la dissolution du soufre avec le sel corrosif, cependant le peu de temps
qu’ils ont souffert ensemble au feu, car toute la matière du soufre n’a
pas pu être fixée en si peu de temps par le sel, ce qui aurait été fait en
cas que la conjonction de ce soufre avec ce sel corrosif avait durée et
continuée longtemps dedans le feu.

La façon de préparer le sel fixe des cendres de bois vous pourra servir
d’une autre expérience.
Le sel de tartre d’une autre.

Le sel Nitre qui est le sel fixe du Salpêtre et la manière de le préparer


vous pourra servir d’une autre expérience.

Et vous pourrez encore prendre un autre exemple à la façon de


préparer la liqueur des cailloux, et d’autres, desquels nous parlerons
(Dieu aidant) plus particulièrement, quand nous instituerons notre
propos de la génération et de la corruption des Végétaux, des
Animaux et des Minéraux ; qu’il suffise ici que nous avons
palpablement démontré, que le soufre et le sel commun de mer
viennent à causer les sels alcalis ou fixes, nonobstant que le soufre
commun et le sel de mer soient tous deux volatils et corrosifs.

FRANÇOIS
Vous l’avez démontré clair comme le jour, et ces expériences ne
serviront pas mal contre ceux, qui soutiennent que la Terre a été de
toute éternité comme nous entreprendrons de réfuter plus au long en
son lieu : ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas croire ce que nous
venons de dire, ils se pourront donner la peine d’en prendre les
épreuves comme nous avons fait, et comme nous les pouvons encore
démontrer à tout moment : mais avançons notre propos, et examinons
un peu si vous plaît de quelle façon que les sels doivent être
considérés les volatils aussi bien que les sels fixes.
CHAPITRE III

Que les sels sont naturellement volatils. Et qu’ils deviennent fixes


par accident. Que les sels sont tout à fait fixes dans l’or et l’argent.
Qu’on peut faire une belle comparaison de l’œuvre des
Philosophes à la création du monde. Et aussi au grand mystère de
Jésus Christ.

VREDERIC
Je vous le dirai : Les sels sont volatils ou fixes à proportion qu’ils sont
rendus volatils ou fixes, soit par la Nature soit par l’art.

Tous les Sels sont naturellement volatils, vu qu’étant purifiés de leur


limon ou de leur terrestréité, il peuvent être transformés et changés en
esprits, comme il paraît aux distillations de l’esprit de sel, de l’esprit
de vitriol, de l’esprit de nitre, de l’esprit de tartre, de l’esprit d’urine,
et des autres sels, desquels nous ne donnerons pas la description en ce
lieu, vu que Béginus et d’autres en ont écrit assez bien.

Les sels et les esprits d’iceux deviennent à se fixer à proportion qu’ils


viennent à rencontrer les soufres des Végétaux, des Animaux et des
Minéraux, soit par les opérations naturelles, soit par celles de l’art, et à
proportion que les solutions et les coagulations se font souvent ou peu
souvent dedans les corps composés, à proportion que les sels ou les
esprits d’iceux viennent à être liés, et fixé auprès d’eux ; auprès de
quelques-uns pour une partie comme auprès les Végétaux, les
Animaux et Minéraux, et auprès des autres tout entièrement, comme il
arrive auprès les métaux, et principalement auprès l’argent et l’or, où
les sels ou leurs esprits sont emprisonnés et enchaînés pour jamais, ou
jusqu’au temps que se sera la volonté du Seigneur de les redélivrer de
leur prisons au jour du jugement, et de les métamorphoser avec leurs
frères le Soufre et le Mercure en des êtres glorieux et spirituels.

FRANÇOIS
Vous prononcez là quelques paroles qui font descendre mon âme en
des pensées bien profondes, et qui me font rêver, comment on ne
pourrait pas faire seulement une fort belle comparaison de notre œuvre
des Philosophes à la création du grand Monde, mais aussi même à
l’accroissement d’icelui, à son entretien, à sa fin (communément cru et
appelé anéantissement) et à sa résurrection ou glorification : et que
plus est, qu’il s’en pourrait faire une fort belle comparaison au
commencement ou transformation des Microcosmes à des êtres
meilleurs et glorieux.

VREDERIC
On ne pourrait pas seulement faire les comparaisons que vous dites,
mais on pourrait même approcher assez plausiblement, par le
traitement de l’œuvre des Philosophes, à la comparaison d’icelui avec
le mystère supernaturel de l’histoire de notre Seigneur Jésus Christ, à
sa conception et nativité d’une vierge, à sa passion, à sa crucifixion, à
sa mort, à sa résurrection de la mort, et à sa glorification ou ascension
au ciel.

FRANÇOIS
Vous en avez déjà fait mention au commencement de ce Traité quand
vous avez tenu propos de ces trois paroles Deus Jesus et Maria.

VREDERIC
Il est bien vrai ce qu’il vous plaît de dire, j’ai eu pour alors mes
pensées sur la Signature des lettres de ces trois mots, et cette
spéculation n’a été fondée que sur des démonstrations Géométriques
d’un point et des lignes ; mais ce que je vous dirai à cette heure sera
rapporté par les démonstrations Stéréométriques et par des corps
palpables.

Nous avons traité ci-devant assez amplement de la Création du


Macrocosme, encore que nous en aurions bien pu avoir dit davantage
qui n’aurait peut être pas été désagréable au lecteur.

Nous dirons aussi (Dieu aidant) à peu près ce qu’il faut au Traité des
composés, ce que c’est des commencements et de l’exaltation ou
glorification des Microcosmes ou des mixtes, mais nous tacherons de
finir ce Traité par une comparaison que nous ferons de ce grand œuvre
des Philosophes à l’histoire sanctifiante de notre sauveur, et de fermer
ainsi le nombre de dix et la porte de la Première partie de
l’ESCALIER DES SAGES par la clef du Sel.
CHAPITRE IV

Que les Prophètes ont pu prédire l’histoire de Jésus Christ par la


connaissance de l’œuvre des Philosophes. La Conception. La
Passion. La crucifixion. La mort. La Résurrection et l’Ascension.

FRANÇOIS
Les Prophètes et d’autres élus de Dieu, n’auraient-ils pas bien pu
savoir et prédire les grands mystères de l’histoire de notre Seigneur
par la connaissance qu’ils ont eu du mystère de l’œuvre des
Philosophes ?

VREDERIC
Assurément l’ont ils pu savoir pour une grande partie : car, outre les
influences qu’ils en ont eu du Saint Esprit, ils ont pu connaître par ce
mystère sa conception par une vierge pure, sa passion, sa crucifixion,
sa mort, sa résurrection et sa glorification, comme je vous enseignerai
ici par ordre.

Vous savez que les Prophètes et tous ceux qui ont possédé le secret
des anciens sages ont pu connaître et comprendre la conception par la
connaissance de ce grand mystère, vu qu’ils ont vu que l’imprégnation
de leur pure vierge, qui est la matière immaculée des Philosophes,
attirait les rayons spirituels et invisibles du soleil d’une plus grande
avidité qu’aucune personne du monde du sexe féminin pouvait être
désireuse de concevoir la semence virile : et devant que cette
conception se pouvait faire commodément, ils ont aussi bien su qu’il
fallait que leur aimant fut purifié auparavant au plus haut degré, et
qu’elle était inhabile de concevoir et de produire le fruit parfait des
Philosophes en cas qu’elle ne fut très bien lavée de toute impureté et
saleté noire, et que cette matière ne fut exaltée et sublimée à une
matière luisante et blanche.
Comme il en va avec la conception ou l’imprégnation de l’enfant pure
des Philosophes, il en a été de même avec la conception du fils de
Dieu dedans la matrice de la Sainte vierge Marie ; car comme la
matrice de la Pierre des anciens Sages est purifiée de ses impuretés,
devant qu’elle a pu être propre et capable d’attirer et de concevoir la
semence astrale et spirituelle du soleil : ainsi la Sainte vierge s’est elle
rendue auparavant propre et digne par son humilité, par sa contrition,
par une purification de ses péchés, et par ses prières ardentes à son
créateur, pour entendre cette Annonciation de l’ange, qu’elle attirerait,
par une vertu aimantine, du Saint Esprit la semence spirituelle de Dieu
le Père, et qu’elle la concevrait comme il en est écrit.

Spiritus Domini superveniet in te et virtus altissimi adumbrabit tibi.


C’est-à-dire : Le St. Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très haut
vous couvrira de son ombre.

Or les possesseurs du grand secret des Philosophes on bien su aussi,


que la semence Philosophale qui est tirée de la teinture générale du
soleil par le moyen de l’air, doit demeurer et rester son temps dans sa
matrice, pour se pouvoir incorporer peu à peu avec la nature minérale
et métallique, et qu’ils ont bien pu juger par-là comment il a fallu que
la semence divine Spirituelle devait demeurer dedans la matrice de la
vierge, afin que la Nature divine pu être unie et comme entée à
l’humaine, et qu’ainsi la nature humaine jointe à la divine put être
produite, au temps de la nativité, en forme d’un enfant humain.

FRANÇOIS
Mais cette conception susdite de la semence spirituelle du soleil et la
conception spirituelle de la semence de Dieu, n’auraient elles pas pu
arriver d’une manière plus facile et plus naturelle, vu que tous les
autres composés aussi bien que les métaux ont leur origine du soleil ?
et puisque tous les hommes sont créés de Dieu ; pourquoi ne pourrait
aussi bien naturellement l’enfant Philosophal être produit par les
métaux comme le sont les métaux ? et le sauveur aussi bien du genre
humain que les hommes ?

VREDERIC
Je vous donnerai des raisons là-dessus qui sont bien solides :
Premièrement : pour ce qui regarde la Teinture des Philosophes.
Savoir, Que la Teinture des Philosophes pourrait être produite des
métaux par l’opération de la Nature seule.

Je vous réponds : que notre grand Dieu a donné des telles bornes à la
Nature, qu’elle a bien du pouvoir, qu’elle peut perfectionner le soufre,
le Mercure et le Sel Spirituels, non seulement en soufre, Mercure et en
sel corporels, et en des corps qui sont composés de ces Principes aux
Royaumes Végétable, Animal et Minéral, et parfaire même les
métaux, si ne sont interrompus par des accidents, jusqu’à la plus haute
perfection de l’Or ; mais les ayant produit jusqu’à ce degré de
perfection, le grand Dieu a fait arrêter là son cours, et a voulu, que, ce
que la Nature n’a pu faire avancer davantage, que cela se pourrait faire
par l’aide de l’art, et par l’industrie de ceux qui sont relevé en esprit,
en vertus, en sciences et en sagesse, afin que ce que la Nature ne peut
produire qu’à la perfection de l’or, puisse être exalté par l’art, venant
au secours de la Nature, à un être beaucoup plus parfait et glorieux, et
qu’au lieu qu’il n’est donné à l’or, que ce qu’il a très nécessaire pour
représenter les qualités que le Créateur a voulu qu’il possède, que ce
même or puisse être exalté, par l’application des choses naturelles et
compatibles à sa nature, jusqu’à un si haut degré de perfection, qu’il
puisse pénétrer tous les corps composés comme un esprit, et
transformer les métaux en sa propre nature et perfection.

Mais devant que cet or puisse parvenir et monter jusqu’à un tel degré
de perfection, il faut croire que cela ne se peut, sans des grandes
rencontres et difficultés :

Car il faut qu’il soufre in Ponto, c’est-à-dire dans la mort.

Il faut qu’il soit crucifié. Il faut qu’il meure.

Il faut qu’il soit enterré.

Il faut qu’il descende aux enfers.


Qu’il soit à ressusciter de la mort à la vie, afin étant glorifié et après sa
résurrection, il ait la puissance de modifier ses frères, (les métaux
imparfaits) de leurs tâches et immondices, et de les transformer avec
lui jusqu’à la perfection des être éternellement durables.

Je viens de dire, il faut que l’or vienne à souffrir in Ponto : qui est à
dire devant la mer, entendez la mer des philosophes qui est faite ou
des esprits des sels; c’est-à-dire, qu’il faut ou qu’ils soient ou la soit
attaqué de tous cotés des esprits soufreux ou et mercuriels imparfaits
et puants et vénéneux, et qu’ils sont les plus grandes anxiétés des
enfers.

Il faut qu’il soit crucifié :


Entendez que lorsque le sel de la mer est produit à une telle perfection,
que ces esprits coaguler viennent à représenter un corps
Stéréométriques cubique, qu’il faut que l’or soit alors crucifié, ou bien
cloué à la croix, couronné d’une couronne d’épines ; qu’il faut qu’ils
soient arrosés avec du sel et du vinaigre.

Qu’il faut qu’il soit percé d’une lance, que sang et eau coulent de son
coté : ce que vous pourrez entendre de cette façon :

Le crucifiement de l’or se fait par la conjonction d’icelui avec les


esprits des sels coagulés, (lesquels viennent à former une figure
cubique comme nous avons dit.)

Or vous savez que je vous ai démontré ci-devant par les lignes de ces
trois mots DEUS JESUS et MARIA que lorsqu’on les joint ensembles
en six carrés il s’en fait six planes, que six planes sont une croix,
lesquelles, étant pliés ensemble, viennent à former un corps cubique,
selon l’aspect extérieur, n’étant composé que des lignes et des figures
planes : mais l’or vient ici à être tellement incorporé réellement avec
le sel, qu’il vient bien véritablement à être crucifié par lui, vu qu’il ne
vient pas seulement l’environner et le couronner d’aiguille et d’épines
de la longueur d’un doigt, et plus, mais aussi qu’il le vient blesser en
telle sorte, qu’il sorte du sang et de l’eau, par les blessures j’entends
du phlegme et une liqueur rouge, qui est une solution radicale de l’or.
Il faut aussi que l’or meure : c’est-à-dire : que l’or se fonde dedans le
menstrue des Philosophes, comme la glace se fond dans l’eau
commune, et qu’il s’unisse tellement avec lui, qu’ils ne paraissent plus
jamais de l’or corporel.

Il faut que l’or soit enterré :

C’est-à-dire, qu’il soit enterré dedans la terre métallique des


Philosophes, et tellement qu’il ne soit pas à distinguer de la terre
Philosophale, ce qui arrive :

Premièrement : par la Putréfaction dans laquelle l’or reçoit la couleur


noire et véritablement morte de la terre avec elle.

Puis par la solution : dans laquelle l’Or vient à paraître avec la terre
métallique d’une couleur blanche comme du lait, et tout de même
comme du lait caillé.

Et qu’après cela l’or devienne la terre des Philosophes, par la


coagulation, d’une couleur rouge, comme une cendre rouge : mais il
ne suffit pas que ce Médiateur, qui doit aider les métaux imparfaits à
parvenir jusqu’à la perfection de l’or même, vienne à pâtir de la
manière, à être crucifié, à mourir, et à être enterré.

Il faut aussi qu’il descende aux enfers ; Entendez : qu’il faut que le
soufre et le Mercure combustibles et volatils, qui sont ajoutés à l’or
pour le tourmenter et pour le vaincre, qu’il faut, dis-je, qu’ils soient
réduits par le sel spirituel des Philosophes, à un être incombustible
avec l’or, en sorte qu’ayant quitté ensemble leur nature volatile,
combustible et corruptible, ils viennent à recevoir un corps glorieux,
éternel et tout pénétrant, par où la résurrection glorieuse et
triomphante est assez à comprendre.

Finalement : Les possesseurs de ce dit haut mystère ont aussi pu


prévoir par-là, qu’il fallait, que l’Ascension glorieuse du Seigneur se
fit : et ce par l’exaltation et par la multiplication infinie qui se fait de
la qualité et de la perfection de la Pierre des Philosophes : comme
aussi de la métamorphose des corps corruptibles en des corps
incorruptibles, que se fait la projection de leur teinture ou de la poudre
de projection sur les métaux imparfaits lesquels étant préparés et
rendus dignes pour la réception de la teinture, viennent à être
transmués en un moment, ou en Or, ou en teinture approchante
l’universelle en vertu.
CHAPITRE V

Que la Nature ne peut pas passer les limites que le Créateur lui a
donné. Que Dieu a donné aussi bien des limites à l’homme qu’a
l’or. Quel doit être le Médiateur entre Dieu et l’homme. De la
fragilité de l’homme qui est créé pour exécuter la volonté de son
créateur.

Vous avez donc entendu, mon très cher, de quelle façon que notre
grand Dieu a donné des bornes à la Nature, comment il n’est pas
permis à la Nature de surpasser ces limites, comme aussi, comment et
quand ceux, qui sont doués de Dieu de la connaître de Dieu et de sa
Nature, doivent venir secourir au cours de la Nature, et en un quel
degré de perfection, au Royaume minéral, que l’or peut être produit
par l’art servante à la Nature, et quelles opérations merveilleuses
peuvent être procurées par cet être tellement exalté et glorieux.

Touchant votre seconde demande ; Si le Sauveur du genre humain


n’avait pu être produit aussi bien de la semence humaine que de la
semence de Dieu même ;

Je vous réponds que cela ne se peut nullement ;

A cause que Dieu le tout puissant a donné à l’homme aussi bien qu’a
l’or des limites lesquelles il ne peut pas passer non plus : car la nature
humaine a bien été douée, dès le commencement, de la connaissance
du bien et du mal, mais il s’est tellement éloigné du bien par sa
désobéissance, qu’il est chassé par un glaive ardent du Paradis, où il
n’y avait que de l’éternité et de la béatitude, et est si pénétrament
châtié par ce glaive de son créateur, qu’au lieu d’avoir pu posséder la
béatitude éternelle, il a été tellement blessé de la corruptibilité, qu’il
lui a fallu se rendre sujet aux changements des Eléments, et se laisser
réduire en un état si misérable, qu’il a fallu obéir avec toute sa
postérité à la solution et à la séparation de son corps en les Eléments
changeant, comme ses successeurs y seront sujet tant que le Monde
durera.

Ces hommes misérables qui se sont tellement éloigné de la


connaissance du bien d’avec le mal, et qui sont tellement abâtardis,
qu’ils ne se connaissent presque plus eux-mêmes, qui ne savent
presque ce que c’est que Dieux, ou Diable, n’y ce que c’est du Ciel ou
de l’Enfer, s’il y aura après cette vie un bonheur ou un malheur éternel
: ces hommes qui ne savent quelquefois par devant pourquoi ils sont
vivants par derrière, et dont ceux sont estimés bien des savants qui
savent réduire es composés en leurs Principes et s’acquérir par-là
quelque connaissance de la Divinité, car il faut qu’ils cherchent le
reste de leur science hors les livres, et qu’ils croient ce que les autres
ont cru et écrit devant eux, ce qui leur est encore bien difficile à
comprendre, de sorte que tout ce que l’homme le plus savant, le plus
sage et le plus parfait peut faire, consiste en cela, qu’il puisse
apprendre à connaître Dieu son Créateur, et soi-même, qui est sa
créature, et qu’il vienne à se rendre en quelque façon digne et
participant des grâces de Jésus Christ :Comment dis-je un tel homme
pourrait-il aider d’autres personnes à parvenir à la béatitude éternelle,
où il ne se peut aider soi-même.

Adam (translaté) est à dire autant que Terre rouge. Si les descendant
d’Adam ont hérité tous cette macule terrestre de leur premier père, et
si faut qu’ils la retiennent tant que le monde dure ; par quel homme
pourra être effacé une telle macule, et changé en une nature glorieuse
et céleste ? il est impossible à l’homme à le faire et la semence
corruptible de l’homme ne le peut : mais il faut que ce soit un homme
sans macule qui est engendré de Dieu même, et il faut qu’un tel soit le
médiateur pour réconcilier l’homme avec Dieu : car il faut
nécessairement, qu’un homme, qui a Dieu même pour son père, et une
vierge pure pour sa mère, soit participant aussi bien de la nature divine
que de l’humaine, et une telle nature double est propre et suffisante
pour pouvoir partir sous Ponce Pilate (comme l’Or in Ponto) afin que
le genre humain puisse voir et connaître, qu’il faut que les hommes
souffrent semblablement, et qu’il faut qu’ils tachent à suivre son
exemple en tout, car il faut que le royaume des cieux ou la béatitude
éternelle souffre violence, et que se soient les violents qui l’occupent ;
à savoir les violents en pénitence ; en humilité, en bénignité, et en
prières ; et il es est si éleigné que l’homme peut approcher de Dieu
sans souffrances et sans bonnes œuvres, comme il est impossible,
qu’un soufre volatil et flambant puisse être transformé en une terre
fixe et incombustible sans les sels, ou sans les esprits corporels
d’iceux : car si quelqu’un pouvait avoir espoir de parvenir à la
béatitude éternelle sans souffrances et sans bonnes œuvres, il serait de
nécessité nécessitante qu’il fut sans péchés, mais puisqu’il n’y a né
homme au monde sans péché, il ne peut arriver auprès de la Divine
Majesté, qu’il ne se purifie par ses pâtissements, par des mortifications
de ses péchés, par des pénitences, par des prières ardentes et par des
bonnes œuvres, et qu’il ne se prépare pour devenir participant de la
teinture de Jésus Christ par l’aide de sa grâce et de sa miséricorde ; et
ce à proportion qu’il vienne à obéir à la doctrine, et à suivre l’exemple
de la vie et de la passion de notre sauveur et seigneur.

Jésus Christ, ne dit-il pas lui-même à ses disciples allant à Emaüs


après la résurrection :

Ne saviez-vous pas qu’il fallait que ce Jésus pâtit auparavant qu’il


pouvait entrer en sa gloire ?

Si fallait, que Jésus Christ, qui est né, qui a vécu et qui est mort sans
péché, pâtit avant que de pouvoir entrer dans sa gloire : savoir
s’acquérir par-là son corps glorieux, et pour transformer ainsi, par sa
passion et par sa mort à l’arbre de la croix, son corps corruptible,
humain et composé des Eléments, en un corps céleste et divin ?
Combien plus ne faudra il pas que nous pauvres pêcheur souffrions,
vu que nous sommes conçus, et né en péché, que nous vivons et
mourons en péché, et que ne sommes créés que pour obéir et pour
exécuter la volonté de notre créateur, combien dis-je, ne nous faudra il
donc souffrir davantage devant que nous puissions devenir participant
de la gloire éternelle vu que la différence de nos corps à celui de notre
Seigneur Jésus Christ est plus grande que n’est celle du corps
imparfait du soufre commun à celui du corps très parfait et glorieux de
la Pierre des Philosophes ; tellement qu’il nous est tout autant
impossible de jouir de la clarification et de la gloire éternelle de nos
corps sans la grâce et sans la miséricorde de Dieu comme il est
impossible que les métaux imparfaits peuvent être transformés en or,
ou l’or en teinture sans la Sage direction d’un bon artiste, et sans la
projection de la teinture, laquelle consiste au pouvoir et à la grâce de
celui qui la possède.

Voyez, mon très cher, en peu de paroles ma soutenue de quelle façon


les anciens Philosophes, comme Trimégiste, Moïse, Maria
Prophétissa, les Prophètes et quantité d’autres hommes saints et sages
ont pu savoir et prédire des mystères du Sauveur à venir, et ce par la
connaissance et par le maniement du grand secret des Sages : et
considérez aussi, si vous plaît, combien acceptable qu’est la
comparaison, que je viens de faire entre la conception, la vie, la
passion, le crucifiement, la mort et la résurrection glorieuse de notre
Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et l’histoire de la conception, de la
passion, de la mort et de la résurrection glorieuse de l’Or des
Philosophes.
CHAPITRE VI

Différence entre la vertu teignante de Jésus Christ et celle de la


Pierre des Philosophes. Confession de l’anéantissement de
l’homme et admonition pour la vertu. Souhait de l’Auteur.

FRANÇOIS
Tout est fort bien, mon ami, et il me semble que vous seriez bien
capable de fournir une assez bonne matière pour la confirmation du
bâtiment de notre religion et de notre foi Chrétienne : mais il me
semble aussi (sous votre correction) que le discours, que vous avez
fait de la teinture du Sauveur et notre Seigneur Jésus Christ, est un peu
trop matériel, vu que vous le comparez à la teinture corporelle des
Philosophes, laquelle il faut, à mon avis qu’elle cesse avec sa vertu
transmuante, encore qu’elle soit exaltée ou rehaussée en sa qualité et
quantité d’autant qu’elle le puisse être, et que les grâces et les vertus
transformantes de Jésus Christ sont à cette heure et seront au Jour du
Jugement infinie et sans cesse.

VREDERIC
Vous admonétez fort bien : car les grâces et les vertus transmuantes de
Jésus Christ sont et seront toujours d’une telle nature et d’une
propriété telle, qu’il est et qu’il sera en toute éternité le même Christ
glorifié sans être sujet au moindre changement du monde : et comme
le soleil fait continuellement étendre à l’entour de lui ses vertus et ses
qualités luisantes, échauffantes, et générantes sans se diminuer
aucunement en sa grandeur ; tout de même est ce à entendre de la
vertu profluante du Sauveur des hommes, qui rend participant des ces
grâces tous ceux qui font de leur âme un aimant qui puisse attirer à soi
ses vertus béatifiantes, sans lesquelles en diminuent aucunement : et la
vertu et la propriété de Jésus Christ sera telle au jour du jugement,
qu’il jugera et glorifiera les vivants et les morts à proportion de la
pureté de leurs tabernacles, sans que par une défluxion telle ses vertus
se viennent aucunement à diminuer, ni à changer : vous dites fort bien
que c’est tout autre chose avec la qualité transmuante de la teinture
des Philosophes, laquelle vient à se diminuer et à finir quand toute sa
vertu transformante est étendue dedans les métaux par la projection.

Il faut aussi que vous sachiez, si vous plaît, que c’est tout autre chose
de la vertu et des opérations du Créateur de tout, que de celles des
créatures, lesquelles peuvent être exprimées avec la plume et avec la
langue, au lieu que la cent millième partie des autres ne peut être
comprise des esprits de toutes les créatures vivantes de la Terre encore
qu’elles fussent toutes assemblées et fondues ensemble.

FRANÇOIS
Ce pourquoi considérant notre chétivité, humilions-nous comme des
vers de terre, apprenons par les dix degrés de cet Escalier des Sages à
connaître notre Dieu, notre Sauveur et nous-mêmes, étudions-nous à
faire la volonté de Dieu et à obéir à ses commandements, et tâchons de
fortifier et d’aiguiser l’aimant de notre intellect et de nos âmes par des
prières si ardentes, que nous ne soyons pas seulement attiré et sublimé
par les puissantes vertus du Saint Esprit, mais que nous soyons même
tout entièrement transformé et glorifié par lui et en lui.

C’est là, mon très cher, le désir zélé de mon âme, lequel soit ouvert et
conduit avec le double nombre de dix, et avec le dixième degré de
sapience des Anciens Sages à savoir avec la clef su Sel, jusqu’au pied
du Trône de la Divine Majesté, et ce même souhait soit refermé par la
clef de l’Unité de Dieu : de qui, en qui, par qui et à qui sont toutes
choses.

VREDERIC
Il semble, à vous entendre, que vous êtes d’intention de finir déjà ce
Traité et de fermer la porte à notre discours avec la clef du sel qui
représente le dixième degré de notre Escalier : il nous commencera
seulement à paraître l’aspect de la terre de promesse des Trois
Royaumes, selon l’intention de notre pèlerinage, et que nous ne
ferions que commencer à éveiller et à aiguiser nos esprits et nos autres
sens en les faisant occuper à l’aspect et à, l’examen des composés, vu
que les trois Royaumes de la Nature ne comprennent pas seulement le
centre et la superficie, mais aussi le corps de la Terre toute entière :
mais devant que d’entreprendre ce voyage tant spacieux, je ne puis
m’empêcher à vous dire, que la très Sainte Trinité ne viendrait pas mal
non plus en comparaison de ces Trois Principes susdits, vu que le
soufre ne serait pas mal comparé à la personne de Dieu le Père ; Le
Sel à la personne de Dieu le Fils, et le Mercure à celle du saint Esprit,
car Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit sont
consubstantiellement un même Dieu en Trois Personnes, comme le
Soufre, le Mercure et le Sel sont consubstantiellement un composé en
Trois Principes, qui comprennent une Ame, un Esprit et un corps.

FRANÇOIS
Vous m’excuserez, si vous plaît : ne n’ai pas mis en oubli le dessein
que nous avons entrepris pour faire un voyage au travers des trois
Royaumes de toute la Nature, et ce que j’ai dit de la clef du sel et de
l’Unité, je l’ai fait à cette intention et à cause que le sel vient à
représenter et à finir le dixième et dernier degré de notre Escalier, et
qu’il nous donne ouverture et entrée pour approcher les trésors desdits
Royaumes, pour afin, que, les ayant bien contemplé et bien anatomés,
nous tachions à la fin de retourner à l’Unité de Dieu.

VREDERIC
C’est fort bien fait : et pur parvenir heureusement à notre intention, et
afin que nous puissions obtenir le bonheur de pouvoir employer avec
utilité le peu de temps de notre vie à la contemplation des merveilles
de notre grand Dieu, je ferai un souhait du profond de mon âme:

Que notre intellect puisse être illuminé pour cette fin de la Lumière de
la Majesté divine !

Que notre volonté soit entièrement faite conforme à la très sainte


Volonté de Dieu !

Que notre mémoire soit fortifiée pour pouvoir retenir tout ce qui peut
tendre à l’augmentation de la gloire de notre créateur.

Que nos yeux puissent être éclairés, pour pouvoir regarder les
créatures, et les composés avec un œil de connaissance et de sapience,
et pour y considérer leur Premier Etre, les Deux Qualités contraires,
les Quatre Eléments et les Trois Principes ou Second Eléments.

Que les oreilles de nos âmes puissent être purifiées afin de pouvoir
entendre avec attention le son de la voix des hommes Saints et sages
par laquelle ils nous viennent donner une connaissance parfaite de
Dieu et de ses créatures.

Que les membres sensibles de nos corps soient déchargés de tous les
obstacles qui puissent donner de l’empêchement à toucher, à tenir, à
manier et anatomer les composés des Végétaux, des Animaux et des
Minéraux, pour les anatomer pour les admirer et pour exclamer par
haute voix ;

O Seigneur qui es seul Dieu, seul éternel, seul bon, seul grand, seul
tout puissant, seul sage, seul incompréhensible, seul infini, seul le tout
en tout, et le Principe radical de tous les êtres ! aidez-nous qui ne
sommes que des créatures misérables composées, créées à votre
image, qui ne peuvent subsister un moment sans la lumière de vos
grâces, mais qui sommes par le moyen d’icelle des instruments et des
machines propres pour faire votre sainte et divine volonté ! veuillez
nous rendre prompts à les faire et à les exécuter par une obéissance
telle, comme une main ou autre partie des membres de notre corps est
prête pour obéir aux commandements de nos âmes, afin que nous
puissions apprendre à vous connaître par vos créatures comme notre
Dieu et notre créateur ; que nous puissions apprendre à nous
approcher de vous par la connaissance de la génération et de la
résolution d’icelles, et que par l’Ascension des dix degrés de sapience,
nous puissions entièrement être résolus et transformés en vous notre
Premier Etre éternel. Amen.

Si tantum valemus ab UNO est.